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Chroniques régulières

Et si le réel était le masque du songe ?, Gilles Plazy, par Michel Host

Ecrit par Michel Host , le Mercredi, 29 Juin 2016. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

Et si le réel était le masque du songe ?, Gilles Plazy, éd. La Sirène étoilée, avril 2016, 37 pages, 15 €

L’objectif inobjectif

« Venu tard à la photographie, je fus vite pris pour elle d’une passion compulsive, déclenchant tous azimuts en argentique et m’enfermant avec délices dans la chambre noire du tirage. Puis ce fut le temps digital, en abondance encore et dans l’ouverture de nouveaux possibles, me confirmant dans cette incertitude que l’évidence ne nous livre que la peau des choses » (Gilles Plazy)

Le premier à y penser fut – si j’en crois mon encyclopédie – un allemand nommé Johann Wilhelm Ritter, physicien de son état. Sa quête : comment tirer une image de la chambre noire ? Rendez-vous compte, c’était en 1801. Waterloo n’avait pas eu lieu. Baudelaire ne naîtrait que dans vingt ans. On ne parvint à rien, et à presque rien avec les suivants, les anglais Wedgwood et Humphry Davy. Puis, unissant leurs efforts, Louis Daguerre et Nicéphore Niepce firent la découverte décisive (1829), l’ionisation de la plaque de cuivre argenté (selon un procédé très complexe) et sa fixation, offrant une image parfaitement visible et proche de « la perfection picturale ».

La Méditerranée : entre mer Rouge et mer Morte, par Kamel Daoud

Ecrit par Kamel Daoud , le Mardi, 28 Juin 2016. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

L’actualité est terriblement mythologique : « comment traverser la mer ? ». Si on le fait seul, cela s’appelle un clandestin, un immigré, un noyé, un pêcheur, un pécheur. Si on le fait avec un peuple, cela s’appelle l’exode ou le récit biblique. Cela fonde une religion, un peuple. Si on le fait en groupe, cela s’appelle un flux, un boat people, une fuite. La mer, mais pas toute la mer : il faut qu’elle soit rouge ou blanche. La Méditerranée : berceau et tombeau. Siège des Dieux ou des midis parfaits. Lieu de l’homme ou du surhomme. Souvenir d’une conférence à Avignon, sur la Méditerranée à repeupler ; étrange sensation à écouter les autres parler d’un souvenir (la Méditerranée des Grecs), alors que je pensais à un présent (la mer des réfugiés ou des migrants) : on ne vit pas la mer de la même façon, vue par un touriste ou par un homme du Sud. Pour l’un, elle est ouverture, infinie, exotisme, prémisse, première marche, entame et prologue, plaisir, possibilité d’île ou suspension du temps. Pour l’autre, elle est mur, obstacle, elle est en dents, compte à rebours et non pas temps suspendu.

Vivre avec un inconnu, Miettes philosophiques sur les chats, Florence Burgat (par Michel Host)

Ecrit par Michel Host , le Vendredi, 24 Juin 2016. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

Vivre avec un inconnu, Miettes philosophiques sur les chats, Florence Burgat, Rivages Poche, Petite bibliothèque n°866, mai 2016, 87 pages, 5,10 €

 

« […] il fallait que mes yeux fussent pour elle [la chatte Moumoutte chinoise] des yeux, c’est-à-dire des miroirs où sa petite âme cherchait anxieusement à saisir un reflet de la mienne… En vérité, ils sont effroyablement près de nous, quand on y songe, les animaux susceptibles de concevoir de telles choses… »

Pierre Loti, Le Livre de la pitié et de la mort (cité par Florence Burgat)

 

Le lecteur se pose cette question par exemple : que reste-t-il de la « petite âme » de la chatte Moumoutte ? Et la suivante : « Et de ma grande… belle… atroce ou lucide âme, que reste-t-il ? » Au moins ce témoignage de nos existences qui se croisèrent. Voilà le fond de l’affaire : nos destinées, nos personnes se croisent (que le veuillent ou non ceux pour qui il n’est aucune personne dans un animal.) Nos vies aussi : elles filent et disparaissent. Moumoutte laisse un souvenir éphémère, nous en laissons un aussi, et, rarement, une œuvre digne de ce nom…

Orphée du fleuve, Luc Vidal (5) - L’Osalide ou « les Printemps extasiés »

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Mardi, 21 Juin 2016. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

Orphée du fleuve, Luc Vidal, éditions du Petit Véhicule, 1999, trad. géorgien Anne Bouatchidzé, 197 pages, 18 €

 

5. L’Osalide ou « les Printemps extasiés »

L’Osalide désigne dans la chaîne du livre et le circuit éditorial, le dernier Bon à tirer, avant la fabrication d’un livre.

L’Osalide ici – dans le deuxième temps de l’Orphée du Fleuve, après Le Fleuve et l’Île et avant Au bord du Monde figure le Départ.

L’Osalide s’écrira donc sur le seuil, avec les attributs dont on pare les divinités de la lumière (« Les sentinelles » aux « yeux constellés » de l’amour, préservées dans « la mémoire des braises», sœurslumineuses), avec « les accessoires du temps dans les marges aventureuses de / l’amour », déesses des passages et des transitions (Les Printemps extasiés, Le chemin des hirondelles) à l’heure des migrations amoureuses.

Carnets d’un fou, XXXIX - Avril 2016, par Michel Host

Ecrit par Michel Host , le Samedi, 18 Juin 2016. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

« Le Dieu nommé est un masque de nous-même. À travers l’admiration que nous lui portons, c’est nous-même que nous adorons. Fascinés par notre propre grandeur, notre bonté, notre sagesse, nous ne sommes jamais qu’un Narcisse pourrissant ».

Frédérick Tristan, L’anagramme du vide

 

#. Il pleut. Il pleut. Il pleut. La moelle de mes os moisit. Mon cerveau peut-être aussi. Je ne vaux pas grand-chose – Croyez bien que je ne joue pas les faux modestes ! ̶ , bientôt je ne vaudrai plus rien. C’est bien la preuve qu’Il a une dent contre moi. Qu’Il n’existe pas. S’il existait, pourquoi serait-il méchant à ce point ?

#. Pourquoi aussi cet intérêt constant pour Dieu ? Réponse : Il faut bien en vouloir à quelqu’un. Autant que ce ne soit pas à un humain qui, c’est probable, souffre tout comme moi ?

Le 2/IV/16