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Je selfie donc je suis, Elsa Godart

Ecrit par Marjorie Rafécas-Poeydomenge , le Vendredi, 30 Septembre 2016. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Albin Michel, Essais

Je selfie donc je suis, mai 2016, 209 pages, 16 € . Ecrivain(s): Elsa Godart Edition: Albin Michel

 

Faut-il s’inquiéter des selfies ? De ce moi jetable et de toutes ces émotions capturées dans des images standardisées ? Derrière le phénomène superficiel du selfie, se cache en réalité un changement radical de notre rapport au monde et aux autres. Elsa Godart tente de décoder dans ce livre ce que nous révèle l’ère des selfies, cette nouvelle communication facile et instantanée, qui nous rend immanents dans l’espace et le temps, mais qui peut appauvrir dangereusement notre capacité à communiquer de façon rationnelle et critique.

Dans le virtuel, l’espace et le temps sont enfermés dans nos téléphones, ce qui réduit notre monde à deux dimensions. Le lointain est devenu le proche, le tout à l’heure est devenu le maintenant et l’invisible est devenu le visible (avec Skype). Le temps virtuel ne connaît que l’immédiateté. Elsa Godart appelle ce phénomène le « hic et nunc ». Cette immédiateté, certes attractive, peut néanmoins sérieusement mettre à rude épreuve notre capacité à supporter la frustration et à s’ouvrir aux autres.

La jeune fille et Gainsbourg, Constance Meyer

Ecrit par Marjorie Rafécas-Poeydomenge , le Jeudi, 02 Juin 2016. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Récits

La jeune fille et Gainsbourg, Archipoche, janvier 2016, 165 p. 6,80 € . Ecrivain(s): Constance Meyer

C’est l’histoire (vraie) d’une jeune fille qui, « la tête remplie de rêves » en 1985, eut l’audace de laisser une longue lettre sous la porte de l’hôtel particulier du 5 rue de Verneuil. Serge Gainsbourg fut alors immédiatement séduit par l’authenticité et la puissance de ses mots, de ces « petits riens » qui embellissent la vie, même les plus exceptionnelles, y compris celle d’un albatros aux ailes de géant. C’est ce petit bout de jeune fille qui lui inspira le mot « constance » dans ses chansons à partir de 1986. « Constant dans l’inconstance, tu ne sais pas où tu vas », lui susurre Charlotte dans la chanson Plus doux avec moi. La vie est souvent à la croisée d’heureux hasards. Encore faut-il savoir saisir ces instants. Constance sut tout de suite que Serge était une âme amie : « Je me sens déphasée avec un je-ne-sais-quoi de proximité. Cet inconnu m’est bizarrement très familier ».

Constance Meyer a attendu 25 ans avant d’oser raconter son histoire extraordinaire avec cet être hors norme qu’était Serge Gainsbourg. Suite à la parution de ce témoignage en 2010, elle a pu rencontrer et échanger avec des proches de l’icône française, ses biographes, le patron du Galant Verre ainsi que son ancien voisin Jean-Jacques Debout (auteur compositeur marié avec Chantal Goya) qui a très bien connu Serge mais qui ignorait que la mystérieuse « étudiante » était en fait sa gentille voisine, Constance.

Une Anglaise à Paris, Nancy Mitford

Ecrit par Marjorie Rafécas-Poeydomenge , le Samedi, 14 Mai 2016. , dans La Une Livres, Payot, Les Livres, Critiques, Iles britanniques, Récits

Une Anglaise à Paris, 2008 (trad. française Jean-Noël Liaut) et 2010 (version poche), 153 pages, 6,60 € . Ecrivain(s): Nancy Mitford Edition: Payot

 

Dans Une Anglaise à Paris, Nancy Mitford, écrivain et femme du monde anglaise née en 1903, nous offre un voyage inédit dans le temps pour découvrir le Paris d’après-guerre, à travers ses chroniques écrites entre 1948 et 1968. Il est toujours enrichissant d’observer son pays à travers le regard d’un étranger pour apprendre à mieux se connaître, surtout lorsque ce regard est coloré d’humour anglais.

Si comme dans les années 50, les bouquinistes assurent encore une présence rassurante sur les quais de Seine, on ne peut désormais plus surprendre un vitrier qui parcourt Paris avec une lourde vitre sur le dos ou encore mieux, un troupeau de chèvres que l’on trait sur le trottoir. Heureusement les intérieurs des taxis ont changé « depuis la bataille de Marne » (surtout depuis qu’Uber est arrivé). Et nous n’entendons plus les voix assassines des téléphonistes qui disent « Allô ! J’écoute… ». A cette époque, les plus prometteurs des écrivains étaient Mme Colette et Mr Cocteau. Picasso était le peintre incontournable et on allait se distraire dans les pièces de théâtre de Mr Guitry.

D’après une histoire vraie, Delphine de Vigan

Ecrit par Marjorie Rafécas-Poeydomenge , le Lundi, 21 Mars 2016. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Jean-Claude Lattès

D’après une histoire vraie, novembre 2015, 479 pages, 20 € . Ecrivain(s): Delphine de Vigan Edition: Jean-Claude Lattès

 

Après le Renaudot qui a consacré ce roman comme l’un des meilleurs crus de l’année 2015, que dire de plus sur ce bijou littéraire à la confluence de la fiction et l’autofiction, rythmé par le suspense d’un thriller psychologique et saupoudré d’une fine description des sentiments qui sonne si juste, que l’on a l’impression d’avoir vécu les mêmes expériences que l’auteur ? Eh bien si, nous pouvons encore nous arrêter sur ce roman qui ouvre des voies multiples à explorer : la vie des romans est-elle si différente de la réalité ? N’avons-nous pas tous en nous une « L. » qui nous vampirise et qui nous empêche de nous réaliser ? Et accessoirement, comment se remettre d’un succès et rester créatif face à la peur de la page blanche ?

Dans cette « fiction », Delphine de Vigan se met en scène : le personnage principal s’appelle Delphine, a connu un succès retentissant grâce à un livre écrit sur sa mère (Rien ne s’oppose à la nuit) et sort avec un critique littéraire renommé (François Busnel). Jusque-là, le roman semble démarrer sur un mode autobiographique. Mais, il se passe peu à peu des choses étranges. Elle rencontre une femme prénommée « L. », très soignée et attentionnée lors d’une soirée. Elles deviennent très vite amies et inséparables. L. la fascine car elle semble parfaite, le genre de femme que Delphine n’est pas (et aurait peut-être aimé être).

Conversations d’un enfant du siècle, Frédéric Beigbeder

Ecrit par Marjorie Rafécas-Poeydomenge , le Mercredi, 03 Février 2016. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Essais, Grasset

Conversations d’un enfant du siècle, septembre 2015, 371 pages, 20 € Edition: Grasset

 

Après les titres légèrement anxiogènes, Dernier inventaire avant liquidation et Premier bilan après l’apocalypse, Frédéric Beigbeder nous invite cette fois-ci à venir partager une ambiance chaleureuse et décontractée où crépitent des grands vins et des esprits brillants.

Conversations d’un enfant du siècle nous permet de prendre part à 27 conversations décomplexées entre des écrivains renommés (majoritairement de sexe masculin) et Frédéric Beigbeder, réalisées entre 1999 et 2014, dans le cadre d’articles de presse. Précisons que certains de ces auteurs sont décédés depuis, comme Bernard Franck ou James Salter. Il y règne une connivence bienveillante qui permet de favoriser une « maïeutique » originale. Les questions posées peuvent parfois paraître superficielles mais leur apparente légèreté permet de mieux découvrir les aspirations profondes des écrivains interviewés : Bernard Frank, Philippe Sollers, Jean-Jacques Schuhl, Guillaume Dustan, Antonio Tabucchi, Umberto Eco, Gabriel Matzneff, Chuck Palahniuk, Catherine Millet, Jay McInerney, Albert Cossery, Françoise Sagan (un rendez-vous manqué), Simon Liberati, Tom Wolfe, Alain Finkielkraut, Michel Houellebecq, Jean d’Ormesson, Bernard-Henri Lévy, Frédéric Beigbeder (lui-même), Bret-Easton Ellis, Paul Nizon et James Salter. Frédéric Beigbeder arrive même à faire parler les morts à travers deux conversations imaginées avec Francis Scott Fitzgerald et Charles Bukowski.