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Le testament de Nicolas, Bessora

Ecrit par Theo Ananissoh , le Samedi, 07 Janvier 2017. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Poésie

Le testament de Nicolas, La Margouline, septembre 2016, 178 pages, 13 € . Ecrivain(s): Bessora

 

Le testament de Nicolas est un flux de conscience. C’est au présent, et, parce que même très intimes et silencieuses, nos pensées envisagent une oreille compréhensive et bienveillante, ça s’adresse à une petite sœur – à l’être proche et innocent.

« J’ai dix ans quand tu débarques dans le monde.

C’est drôle, depuis que je n’ai plus peur de mourir, les souvenirs me remontent sans arrêt. (…)

Une nuit, je te donne le biberon. C’est mignon. Tu me regardes avec des yeux angéliques. J’y lis que je suis ton héros ».

Nicolas, dix-sept ans, se raccroche à sa sœur Salomé, dix ans, tout le long du chemin inexorable et vertigineux qui le mène vers… vers quoi ?

Tunisian yankee, Cécile Oumhani

Ecrit par Theo Ananissoh , le Lundi, 21 Novembre 2016. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman, Elyzad

Tunisian yankee, septembre 2016, 284 pages, 19,90 € . Ecrivain(s): Cécile Oumhani Edition: Elyzad

 

La couverture du livre est composée de photos d’époque. Un bateau, un paquebot – et nous pensons non pas à une croisière mais aux migrations transatlantiques d’autrefois ; deux portraits, deux visages, une femme, un homme qui nous fixent à un siècle de distance. Étonnants regards francs, sans a priori. Des photos pour ainsi dire silencieuses, à l’image d’un récit calme, attentif qui ne dissimule pas une empathie pour le personnage principal. Mais ne nous y trompons pas, le propos est ambitieux et ample : la Tunisie sous le protectorat français au début du XXè siècle, le statut d’indigénat qui semble annoncer l’apartheid, la société tunisienne elle-même et certaines tares désolantes, la migration en Amérique donc, la Première Guerre mondiale en ses détails sanglants… Trois continents ; des situations historiques (Guerre mondiale, colonisation…) qui, chacune, suffisent à faire un roman. Dawood Casey, soldat américain blessé grièvement en cette dernière année de la Grande Guerre, se meurt lentement dans un hôpital des environs de Paris malgré les efforts médicaux pour le sauver. Que fait-on quand on est alité et qu’on devine dans le regard du médecin le doute quant à ses chances de s’en sortir ? On pense aux siens, à ceux qu’on a aimés ou qu’on aime, à son enfance, au chemin de vie parcouru jusque-là, aux sacrifices consentis pour accéder au bonheur.

L’amour a le goût des fraises, Rosamund Haden

Ecrit par Theo Ananissoh , le Mercredi, 19 Octobre 2016. , dans La Une Livres, Afrique, Critiques, Les Livres, Roman, Sabine Wespieser

L’amour a le goût des fraises, mai 2016, trad. anglais (Afrique du Sud) Diane Meur, 399 pages, 24 € . Ecrivain(s): Rosamund Haden Edition: Sabine Wespieser

 

La disposition des personnages dans L’amour a le goût des fraises fait penser (parallèle peu littéraire, concédons) au tirage au sort qui précède une compétition sportive. Deux têtes de série regroupent chacune autour d’elles plusieurs autres personnages secondaires : Françoise d’un côté et Stella de l’autre. Et, fédérant tout ce monde, l’artiste Ivor Woodall et son atelier où tous viennent pour une raison ou une autre.

Le récit s’ouvre et s’achève avec deux faire-part de décès à propos du même Ivor Woodall. Pour ainsi dire, il meurt une première fois subitement à l’âge de quarante-deux ans ; puis une seconde fois à soixante-trois ans, qui plus est en 2022. Le premier décès est le fait singulier et étrange du roman autour duquel s’organise une narration calme et minutieuse. Dans son atelier du Cap (Afrique du Sud) qui est aussi son domicile, Ivor donne des cours de dessin pour des jeunes et de moins jeunes amateurs. Françoise, la vingtaine, est un des modèles qu’Ivor engage pour ce faire. Françoise est une réfugiée rwandaise ayant pu fuir juste à temps le génocide qui a ravagé son pays en compagnie de sa petite sœur Doudou. Elle voudrait bien faire des études, mais il lui faut gagner de quoi vivre ou survivre comme caissière dans un supermarché et comme modèle donc malgré sa forte réticence à poser nue devant des inconnus.

L’apaisement, Lilyane Beauquel

Ecrit par Theo Ananissoh , le Samedi, 02 Juillet 2016. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman, Gallimard

L’apaisement, mai 2016, 215 pages, 17 € . Ecrivain(s): Lilyane Beauquel Edition: Gallimard

 

D’emblée et de bout en bout, une haute qualité de phrase et d’esprit :

« J’ai quitté la France et suis venu vivre dans ce pays pour ses cinquante façons de désigner la pluie. Je traduisais, je dessinais, j’ai rencontré Itoé, nous avons eu un enfant, Kyō. Je m’occupais peu de lui, je voulais que rien ne soit grave : une vie d’approximation.

Depuis la Vague, ce temps est fini ».

Un sens de la description nette et vraie :

« … avalés routes, maisons, bateaux.

Culbutés les vivants, les lents, les pressés, les attablés, les incrédules.

Emportés les imprudents, les perchés, les curieux, les fuyards.

Engloutis les sérieux, les consentants, les croyants.

L’oragé, Douna Loup

Ecrit par Theo Ananissoh , le Jeudi, 23 Juin 2016. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Mercure de France, Biographie, Roman

L’oragé, août 2015, 222 pages, 17 € . Ecrivain(s): Douna Loup Edition: Mercure de France

 

La quatrième de couverture le résume on ne peut mieux : « La liberté absolument ».

« “C’est toi qui dois chausser le monde.

Pas l’inverse. Et ta poésie sera en partie cette façon unique, spécifique que tu auras de le chausser.

Sans ta liberté, ton regard

il n’y a que matière magnifique et porteuse, explosive, incohérence pure. Toi seul as la responsabilité de ta cohérence”.

Rabe écoutait les lettres d’Esther et ça le dépassait.

Il ne comprenait pas pleinement, mais il avait la capacité d’écouter. Alors il écoutait et ça entrait dedans ».