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Roman

Khalil, Yasmina Khadra (par Belkacem Meghzouchene)

Ecrit par Belkacem Meghzouchene , le Mercredi, 17 Octobre 2018. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Maghreb, Julliard

Khalil, août 2018, 260 pages, 19 € . Ecrivain(s): Yasmina Khadra Edition: Julliard

 

Quand on esquive la nébuleuse

Dans son dernier roman Khalil, l’écrivain algérien Yasmina Khadra (de son vrai nom Mohammed Moulessehoul), enfile la salopette d’un kamikaze d’origine marocaine, prénommé Khalil de surcroît, vivant à Molenbeek, pour écosser la psychologie d’un laissé-pour-compte maghrébin déterminé à se faire sauter dans le RER parisien la soirée d’une joute footballistique. Contre toute attente suicidaire, la ceinture explosive qui lui ceint le corps échoue à ensanglanter la foule compacte. Pris de panique, sans le moindre sou, amusé que les soixante-douze houris lui tournent le dos édénique, Khalil prend contact avec son ami d’enfance, Rayan, pour le rapatrier dare-dare en Belgique. Ignorant le sort de ses trois autres acolytes, l’ayant covoituré à Paris pour perpétrer aussi un bain de sang, il n’arrive pas à comprendre pourquoi il n’y a pas eu déflagration, le privant du coup du statut de martyr ! Rayan ne sachant rien des intentions autodestructrices de son copain, le dépose chez sa sœur à Mons. Khalil y cache sa ceinture non explosive, à l’insu de sa frangine divorcée.

Les enfants de Lazare, Nicolas Zeimet (par Catherine Dutigny/Elsa)

Ecrit par Catherine Dutigny/Elsa , le Mercredi, 17 Octobre 2018. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Jigal

Les enfants de Lazare, septembre 2018, 296 pages, 19 € . Ecrivain(s): Nicolas Zeimet Edition: Jigal

 

« Et le mort sortit, les pieds et les mains liés de bandes, et le visage enveloppé d’un linge. Jésus leur dit : déliez-le, et laissez-le aller ». Ce passage de L’Évangile selon Saint Jean contant la résurrection de Lazare nous interroge sur la possibilité d’une vie après la mort, sur la frontière ténue entre l’état conscient et l’arrêt définitif des fonctions cérébrales. Par extension, il nous interpelle également sur les expériences de mort imminente (EMI) avec ses visions, ses sensations de « décorporation ».

Sujet de réflexion aux frontières de la philosophie et du mysticisme, que l’on soit croyant ou non, sujet d’interrogation pour les médecins et les scientifiques qui peinent toujours à définir de manière précise le passage de la vie à la mort, mais aussi un sujet fort tentant pour des auteurs de romans policiers, de thrillers ou de fantastique.

Nicolas Zeimet s’en empare en privilégiant l’enquête journalistique, l’empathie avec les victimes et l’entêtement du héros principal dans la recherche de la vérité au détriment de ce qui aurait pu n’être qu’une exploration clinique supplémentaire du phénomène, colorée de suspense plus ou moins sanguinolent.

Le Train d’Erlingen ou La métamorphose de Dieu, Boualem Sansal, par Gilles Banderier

Ecrit par Gilles Banderier , le Mardi, 16 Octobre 2018. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Maghreb, Gallimard

Le Train d’Erlingen ou La métamorphose de Dieu, août 2018, 248 pages, 20 € . Ecrivain(s): Boualem Sansal Edition: Gallimard

Très rares sont les écrivains qui, dès le seuil de leur œuvre, acceptent de reconnaître leurs dettes à l’égard de leurs prédécesseurs. En général, les auteurs entendent surtout que l’on admire leur puissante originalité créatrice. Dès lors, c’est le travail – plutôt ingrat – de la critique littéraire et de l’exégèse universitaire, que d’indiquer les « sources » auxquelles l’auteur a bu, les influences subies, qu’elles aient ou non été conscientes.

Boualem Sansal salue Thoreau, Baudelaire, Kafka, Gheorghiu, et Buzzati : du beau monde, comme on dit. Certains passages du Train d’Erlingen sont des commentaires de leur œuvre, qui feraient honneur à un critique professionnel. Le roman entrelace de façon subtile deux histoires, aussi fictives, mais pas aussi vraisemblables, l’une que l’autre. Boualem Sansal est un authentique créateur – un des derniers ? – qui ne se réfugie pas derrière la tentation facile de la biographie écrite ou filmée. Les protagonistes sont deux femmes (le mot « héroïne » ne leur convient guère) que tout sépare : le lieu, la fortune (aussi bien la richesse que le destin), le statut social. Riche héritière d’un conglomérat alimentaire, Ute von Ebert vit à Erlingen, une de ces bourgades allemandes où le temps semble s’être arrêté, désormais en proie à une fièvre obsidionale.

Le Devoir de violence, Yambo Ouologuem, par Fedwa Ghanima Bouzit

Ecrit par Fedwa Ghanima Bouzit , le Mardi, 16 Octobre 2018. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Afrique, Seuil

Le Devoir de violence, mai 2018, 304 pages, 19 € . Ecrivain(s): Yambo Ouologuem Edition: Seuil

La malédiction est enfin levée sur Le Devoir de violence de Yambo Ouologuem

La première fois que je lisais Yambo Ouologuem, c’était une retranscription d’un entretien où il tente d’expliquer son processus d’écriture : « Je crois que la plume est à l’écrivain ce qu’est à l’aveugle son bâton. C’est-à-dire qu’un objet inerte devient un instrument opératoire dans lequel vient se loger la sensibilité qui s’y prolonge. De même que l’aveugle qui marche à tâtons sait où il va, en gros, dans son idée, mais ne sait pas les embûches qu’il va trouver. De même, je pense qu’il y a une loi de l’écriture qui fait que l’on sent confusément en soi des zones de ténèbres épaisses que l’on voudrait, non pas élucider, mais pénétrer, à travers lesquelles on voudrait se frayer une voie… ».

Intriguée par son approche à l’écriture, je voulais immédiatement le lire. Seulement, impossible de le trouver en librairie alors. Je peux enfin le lire en cette année 2018 car son chef-d’œuvre, Le Devoir de violence, a été réédité par Le Seuil au mois de mai. C’est que ce roman et son auteur ont été frappés d’une malédiction cinquante ans durant. Avec cette réédition, nous pouvons enfin relire Le Devoir de violence et lui redonner toutes ses lettres de noblesse comme l’un des romans phares de la littérature africaine.

Les jours de silence, Phillip Lewis, par Fanny Guyomard

Ecrit par Fanny Guyomard , le Mardi, 16 Octobre 2018. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Belfond

Les jours de silence, août 2018, trad. américain Anne-Laure Tissut, 448 pages, 22 € . Ecrivain(s): Phillip Lewis Edition: Belfond

 

Quête du père, quête de l’autre et des mots pour exprimer l’amour. Avec sa plume sensible et élégante, Phillip Lewis offre un magnifique roman qui interroge les silences de notre enfance, les questions demeurées insolubles sur nos pères impénétrables dont on cherche la reconnaissance.

Comme ces romans qui se déroulent sur plusieurs décennies, Les jours de silence convoque un puissant et tendu sentiment de nostalgie. Nous ressentons les sept années qui ont été nécessaires pour écrire ce roman, ce temps qui infuse l’écriture et qui la fait traverser plusieurs phases.

Le regard enchanté de l’enfant narrateur devient lors de son exil le récit d’une longue déchéance, d’une errance destructrice. Un déni du passé, qui ne cesse pourtant de resurgir. Car en fuyant et en s’oubliant, le narrateur ne fait que redevenir ce père alcoolique. Il devient (involontairement ?) son double, comme pour mieux le comprendre. Et dans cette quête s’exprime en filigrane l’essence ambivalente de la littérature : elle est autant force d’illusion que de désillusion.