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Jeunesse

Mauvais fils, Raphaële Frier

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Lundi, 30 Novembre 2015. , dans Jeunesse, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Talents Hauts

Mauvais fils, août 2015, 96 pages, 7 € . Ecrivain(s): Raphaëlle Frier Edition: Talents Hauts

 

Les éditions Talents Hauts s’engagent à défendre des valeurs d’égalité, de liberté et en particulier, le droit de chacun et chacune à être qui il/elle est, dans ses particularités, ses différences. Ce roman en est un nouvel exemple. Fort, incisif et sans fioritures, comme les autres titres de la collection Ego. Mauvais fils relate comment un jeune homme nié dans ce qu’il est par ses parents, parvient à s’extraire de cette gangue familiale pour faire éclore l’homme qu’il est profondément.

Ghislain se laisse lentement couler, il ne va plus que rarement au lycée, hantant les parcs et se réfugiant dans la fumette. Ses parents forment un couple à la dérive qui ne se supporte plus mais reste viscéralement uni.

« Ça gueule derrière ma porte. Mon père dans son rôle de looser, plus de boulot depuis six mois, conquis par le règne de l’immobilité, télécommande en main, tout va bien… Ma mère, furax, crevée de sa journée à gratter des papiers, elle voudrait la jeter par la fenêtre, la télécommande. La broyer dans son mixer et la liquider dans le vide-ordures ».

L’Ogre et Marguerite, Raphaële Frier, Solenn Larnicol

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Samedi, 28 Novembre 2015. , dans Jeunesse, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Talents Hauts

L’Ogre et Marguerite, octobre 2015, 25 pages, 13,90 € . Ecrivain(s): Raphaële Frier, Solenn Larnicol Edition: Talents Hauts

 

L’Ogre et Marguerite propose un récit à hauteur et mots d’enfant où se croisent un archétype des contes, l’ogre, de multiples métamorphoses animales, des sentiments lus à travers les sensations et l’observation de l’autre, pour dire la peur de l’inconnu, du changement et la force d’y faire face.

À travers les yeux de Marguerite, nous entrons dans un univers à la fois intime et familier : sa chambre emplie d’un sympathique bric-à-brac fait de souvenirs divers cueillis, glanés, trouvés dans la nature, des dessins, des livres, des peluches. Tout un monde concentré en quelques mètres carrés. Puis son jardin où l’on imagine d’infinies possibilités de jeux, de surprises et de cachettes. Et enfin son arbre préféré, « le grand cerisier du fond », « sa place à l’écart du monde ». Un poste d’observation idéal, un refuge magique et gourmand. Mais l’équilibre de ce petit monde vacille lorsqu’un nouveau venu fait son entrée dans cet univers rassurant.

« Du haut de son perchoir, Marguerite est un petit oiseau. Les feuilles la cachent, les feuilles la caressent. Elle voit tout. Sa maman s’approche de son arbre. Elle tient la main d’un monsieur. Petit Oiseau ne bouge pas, souffle coupé, tétanisé »0

Nocturno Petite fabrique à rêves, Isol

Ecrit par Marjorie Rafécas-Poeydomenge , le Vendredi, 27 Novembre 2015. , dans Jeunesse, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Amérique Latine, Editions Syros

Nocturno Petite fabrique à rêves, octobre 2015, 32 pages, 15,90 € . Ecrivain(s): Isol Edition: Editions Syros

 

Ce livre objet est une formidable trouvaille pour aider vos enfants à s’endormir et illuminer leurs rêves. Les dessins de ce livre ont la particularité d’être phosphorescents et peuvent être utilisés comme une veilleuse. Nocturno permet d’instaurer un cérémonial du coucher pour aider son enfant à apprivoiser la nuit, tout en valorisant les rêves pour chasser les cauchemars.

Ce livre se présente comme un plaidoyer du rêve, car il met en exergue la diversité des rêves et leur richesse : « Les rêves qui nous font vivre de grandes aventures, ceux qui sont un peu ridicules » et ceux qui nous font grandir. Une nuit, c’est tout sauf ordinaire ! Cette petit fabrique à rêves favorise l’endormissement tout en stimulant l’imagination, « le rêve d’avoir un copain secret », « le rêve du pêcheur distrait », « le rêve de la porte qu’il est interdit d’ouvrir ». Et à la fin, le rêve que l’enfant peut dessiner…

Comment l’utiliser ? Votre enfant sélectionne le rêve qu’il souhaite visualiser pour s’endormir. Comme les papillons, il suffit d’approcher le livre sous une lumière très forte pendant 5 minutes, puis le placer face au lit, éteindre la lumière, et la magie de la nuit commence.

Le dernier voyage, Le Docteur Korczak et ses enfants, Irène Cohen-Janca

Ecrit par Laetitia Steinbach , le Jeudi, 19 Novembre 2015. , dans Jeunesse, Les Livres, Critiques, La Une Livres

Le dernier voyage, Le Docteur Korczak et ses enfants, éd. Les éléphants, septembre 2015, illustrations Maurizio A.C. Quarello, 60 pages, 18 € . Ecrivain(s): Irène Cohen-Janca

 

Une belle découverte que nous propose la jeune maison d’édition Les éléphants : un album, aux couleurs sépia le plus souvent, qui évoque avec délicatesse, simplicité et tact la figure paternelle et charismatique du docteur Korczak ; un album qui parle avec justesse de ces enfants du ghetto de Varsovie disparus dans la tourmente nazie.

Le livre s’ouvre sur une double-page au fusain qui résume le récit : un vieil homme à l’allure décidée, qui, les bras ouverts, protège de jeunes enfants au regard noyé. L’homme est nu-tête, désarmé, et semble n’avoir à offrir que sa bonté et sa fermeté. Cet homme, c’est le docteur Korczak, Pan Doktor, un homme célèbre, un pédagogue dont les méthodes éducatives ont inspiré la rédaction de la Convention Internationale des Droits de l’Enfant.

« C’est un grand médecin, un savant, un écrivain. Il a soigné les gens les plus riches et les plus puissants, il a donné des conférences dans le monde entier, il a écrit beaucoup de livres pour les grands et les petits, et même autrefois il parlait à la radio ».

Pierrot ou les secrets de la nuit, Michel Tournier

Ecrit par Didier Bazy , le Jeudi, 29 Octobre 2015. , dans Jeunesse, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Folio (Gallimard), La rentrée littéraire, Contes

Pierrot ou les secrets de la nuit, Michel Tournier, Images Danièle Bour, 48 pages . Ecrivain(s): Michel Tournier Edition: Folio (Gallimard)

Ecrire n’importe quoi n’est pas très difficile. On peut même traîner en longueurs ennuyeuses. Les contes sont souvent tristes. La langueur les plombent et les lecteurs plongent, injustement contristés. Michel Tournier, écrivain soi-disant tardif, prend du temps pour écrire. Du long, bien connu. Du court, et même très court.

Avec Pierrot, on est contristé. Ça ne peut plus durer. Ça ne va pas durer. Parce que c’est dans la dure durée que toute vie change vite de modes. En 40 pages moins les images, à peine 20 pages, Michel Tournier nous initie, dès l’âge de 8 ans, à Spinoza. Tout simplement. Tournier l’a signalé. Plusieurs fois. En plusieurs endroits. Non sans fierté ou fausse modestie. En quelques phrases, le mythe de Pierrot la lune est élucidé et, dans le même temps, l’Ethique de Spinoza frappe comme un éclair.

Spinoza n’est pas plaqué sur le conte pour le raccourcir. L’éthique est (re)découverte par le traitement que Tournier opère à la chanson. Et c’est le raccourci, balai de sorcière, qui renvoie à Spinoza tout entier. Tournier prend Pierrot au pied du four de sa boulangerie nocturne. La pâte est posée, la Substance repose. Le mode de vie de Pierrot est tout entier à la pâte. Pierrot n’est pas la Substance mais déjà, il est installé à l’orée divine. C’est sa chance : il sent et expérimente qu’il est éternel. A condition de persévérer dans son être. Ce qu’il semble condamné à faire : pétrir ou périr.