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Critiques

Le Marin rejeté par la mer, Yukio Mishima (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mardi, 27 Septembre 2022. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Folio (Gallimard), Japon

Le Marin rejeté par la mer, Yukio Mishima, trad. japonais, Gaston Renondeau, 183 pages Edition: Folio (Gallimard)

 

 

Relire ce monument littéraire c’est – forcément – un moment de rencontre avec soi-même quand un demi-siècle sépare les deux lectures. C’est aussi l’étonnement d’un regard nouveau, car Mishima fait partie de ces écrivains qu’on ne relit jamais deux fois de la même façon : au magnifique roman d’amour et de folie haineuse s’est substitué un manifeste, celui de l’écrivain le plus incroyable du XXème siècle, celui dont la vie fut une fiction et, ici, dont la fiction est la vie. Mishima, l’homme qui a vécu hors du réel, dans des « forêts de symboles » qui l’enfermèrent dans des idéaux intraitables et qui voua sa vie, son corps, son esprit à ces idéaux jusqu’au sacrifice suprême, comme un héritier intouchable des samouraïs : solitude, culte de l’héroïsme, culte et sacrifice du corps vécu comme enveloppe et outil dans le chemin du héros, exaltation de l’âme et des vertus de courage.

Mrs Dalloway, Virginia Woolf (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Lundi, 26 Septembre 2022. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Iles britanniques, Roman, Folio (Gallimard)

Mrs Dalloway, Virginia Woolf, Folio Bilingue, mai 2022, trad. anglais, Marie-Claire Pasquier, 512 pages, 11,90 € . Ecrivain(s): Virginia Woolf Edition: Folio (Gallimard)

 

Cette journée de juin 1923 vécue par Clarissa Dalloway est bien connue, cette dichotomie ressentie entre Mrs Dalloway et Clarissa, entre les conventions à respecter et maintenir et les sentiments à faire taire voire effacer, entre les angoisses et le désir de plénitude, entre le passé et le présent, dans un Londres déambulatoire à la temporalité rythmée par Big Ben : tout l’art de Virginia Woolf y resplendit, dans un flux de conscience émouvant et perturbant. L’occasion est toujours belle de se baigner à nouveau dans ce flux, pour y ressentir des émotions contradictoires en apparence mais jamais univoques. Dont acte avec le présent volume, présentant l’avantage d’une mise en regard du texte original en anglais avec le texte traduit en français, traduction plus récente que celle lue il y a vingt ans environ chez Flammarion.

Jacques et le haricot magique, Philippe Lechermeier, Bérengère Delaporte (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Vendredi, 23 Septembre 2022. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Jeunesse, Gallimard Jeunesse

Jacques et le haricot magique, Philippe Lechermeier, Bérengère Delaporte, juin 2022, 32 pages, 12,90 € Edition: Gallimard Jeunesse

 

L’enchantement

Philippe Lechermeier (né à Strasbourg en 1968, écrivain récompensé par de nombreux prix), s’empare de ce récit très connu, Jack et le Haricot magique, dont on ne connaît pas précisément l’origine, mais auquel on suppose des racines britanniques. Réédité à de nombreuses reprises, le conte a été mis en image par des artistes célèbres, tels que George Cruikshank, Walter Crane ou Arthur Rackham.

Dans cet album jeunesse, Philippe Lechermeier donne une nouvelle interprétation de Jacques et le haricot magique, tout en gardant la structure traditionnelle du conte. L’histoire commence assez mal pour un petit enfant roux, prénommé Jacques, dont le destin se situe à mi-chemin entre Poil de Carotte, Perrette et le pot au lait et le Petit Poucet. Notre jeune héros, gourmandé par sa mère, est contraint de se rendre au marché et de traverser prairies et forêt.

Voilà comme j’étais, Marie-Paule Farina (par Jean-François Mézil)

Ecrit par Jean-François Mézil , le Mercredi, 21 Septembre 2022. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Biographie

Voilà comme j’étais, Marie-Paule Farina, Éditions des Instants, avril 2022, 276 pages, 19 € . Ecrivain(s): Marie-Paule Farina

 

Il fallait une longue et solide amitié entre Marie-Paule Farina et Sade – assortie d’une étroite intimité (avouable s’entend) – pour qu’un tel livre vît le jour. Car s’il n’avait tenu qu’au divin marquis, nous en aurions été privés. N’a-t-il pas écrit en effet : « De la fiction, de la fiction, jamais de mémoires ni de confessions, c’est mon credo ! ».

À l’instar de Diogène, Marie-Paule Farina a donc cherché un homme dans le tonneau de ses écrits et les traces qu’on trouve de lui. Elle y réussit on ne peut mieux, et l’on se surprend à penser que ce témoignage de vie n’aurait pas été aussi authentique, oserais-je dire aussi sadien, si Marie-Paule n’avait tenu la plume à Donatien Alphonse François.

Les personnages sont campés comme au théâtre. Le tragique se mêle à la farce. Côté farce, Monsieur de Sade, imitant en cela Figaro, se presse de rire de tout, de peur d’être obligé d’en pleurer. Philosophe quoi qu’il advienne, il prend le contrepied de la réalité (« De la fiction, de la fiction », n’oublions pas). Dieu sait pourtant quelles avanies il s’est vu infliger – avec à la manœuvre, en coulisses, Marie Madeleine Masson de Plissay, sa belle-mère. Concentrant en elle autant de haine que les trois Harpyes réunies, elle va, sa vie durant, s’acharner sur son gendre.

La Destruction libératrice, Herbert George Wells (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Mercredi, 21 Septembre 2022. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Iles britanniques, Roman, Le Cherche-Midi

La Destruction libératrice, Herbert George Wells, Le Cherche Midi, avril 2022, trad. anglais, Patrick Delperdange, 334 pages, 19 € Edition: Le Cherche-Midi

 

Herbert George Wells a composé une œuvre immense en volume et publié des dizaines de livres – romans, essais, nouvelles – qui ont pour la plupart sombré dans l’oubli. Subsistent des ouvrages de « science-fiction » tels que La Guerre des mondes, La Machine à explorer le temps ou L’Île du docteur Moreau, dont l’intérêt est avant tout historique. Du fait de sa double allégeance, la science-fiction est un genre très délicat car, aux difficultés sur lesquelles risque d’achopper tout écrivain (composition, vraisemblance, psychologie des personnages, style, etc.) s’ajoutent les problèmes propres au développement scientifique. Même l’œuvre d’un auteur aussi éminent qu’Arthur C. Clarke a en partie été invalidée par la suite des événements (la conquête spatiale ne fut pas lancée par les Anglais depuis l’Australie). Dans le cas de Wells, l’idée d’une invasion extraterrestre venue de Mars a été pulvérisée depuis qu’on s’est avisé que la « planète rouge » n’hébergeait, dans le meilleur des cas, que des bactéries.