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Critiques

La Fabrique de la France, 20 ans d’archéologie préventive, Dominique Garcia (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Lundi, 24 Janvier 2022. , dans Critiques, Les Livres, Essais, La Une Livres, Flammarion

La Fabrique de la France, 20 ans d’archéologie préventive, Dominique Garcia (dir.), Flammarion/Inrap, octobre 2021, 320 pages, 29 € Edition: Flammarion

 

Créé en 2001, l’Inrap (Institut national de recherches archéologiques préventives) a pour objectif de mettre au jour les trésors enfouis dans le sol français (cela se fait aussi à l’échelle européenne) avant que de quelconques travaux d’aménagement (voirie, construction, etc.) les endommagent voire les fassent disparaître tout à fait. Partout où le sol est creusé, la question se pose de savoir ce qu’il contient relatif à l’histoire de l’humanité, et ce que ce contenu peut aussi dire sur notre présent – étudier la façon dont le sol a été exploité à d’autres périodes permet ainsi d’envisager la façon dont il pourrait l’être à l’avenir, dans la perspective d’une meilleure gestion écologique.

Le présent ouvrage, placé sous la direction du président de l’Inrap, Dominique Garcia, est à la fois un bilan de vingt années de fouilles préventives, une histoire épisodique de l’occupation du sol français, de la préhistoire à la Seconde Guerre mondiale, mais aussi une présentation à destination du néophyte des méthodes et enjeux de l’archéologie au XXIe siècle (qui s’est diversifiée au contact de domaines scientifiques tels que la botanique ou la biologie).

La Vie derrière soi, Fins de la littérature, Antoine Compagnon (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Lundi, 24 Janvier 2022. , dans Critiques, Les Livres, Essais, La Une Livres, Editions des Equateurs

La Vie derrière soi, Fins de la littérature, septembre 2021, 382 pages, 23 € . Ecrivain(s): Antoine Compagnon Edition: Editions des Equateurs

 

Toute vie se termine un jour, la nôtre, aussi bien que celle de Mozart ou de Thersite. L’évidence et la prévisibilité absolues de cette fin ne la rendent pas moins inquiétante (les seules questions, pour nous qui vivons encore et en dehors d’une décision délibérée, étant celles du lieu, du moment et de la manière).

Même si l’exercice est vain, on ne peut s’interdire de se demander ce que Mozart eût encore donné au monde s’il n’était pas mort à trente-cinq ans (et de quoi meurt-on à cet âge-là ?). Une réponse possible consisterait à dire qu’il aurait achevé son Requiem, mais aurait-il pu écrire quelque chose de plus grand (interrogation corollaire : peut-il exister quelque chose de plus grand ?) ?

La question se pose également pour les créateurs qui, à l’inverse de Mozart, reçurent la grâce d’une longue vie et parfois même celle de l’Uralter, l’âge au-delà de la vieillesse (Fontenelle, Jünger) : que valent les œuvres écrites en l’hiver d’une existence ?

Une Sorcellerie, Valentin Retz (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Vendredi, 21 Janvier 2022. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Gallimard

Une Sorcellerie, octobre 2021, 240 pages, 19 € . Ecrivain(s): Valentin Retz Edition: Gallimard

« Certains gouffres ne sont pas faits pour être mesurés ; ni certains yeux, pour scruter l’innommable. En tout cas, moi, j’aurais voulu ne jamais voir le visage des démons qui nous haïssent et nous abusent, depuis que l’homme est appelé à se trouver et à se perdre ».

Une Sorcellerie est un roman divin, qui comme le fit Dante dans la Comédie, traverse l’Enfer et ses sorcelleries, pour ensuite laisser le Paradis l’illuminer. L’écrivain poursuit cette immersion dans l’Enfer, déjà à l’œuvre dans Noir parfait. Le narrateur de ce roman inspiré et troublant se voit littéralement projeté, il sort de son corps, dans l’esprit d’un sorcier, le maléfique Daxull, un personnage aux mille ressorts et perversions, et qui jette mille sorts mortifères sur ses disciples dans des messes noires dont il est le grand ordonnateur. Le narrateur se retrouve immergé dans ce théâtre orgiaque de la destruction radicale de l’Être, par les yeux d’un démon qui manipule les âmes, les corps, et la science. Cet écart, ce basculement, ce bouleversement, que subit le narrateur, se déroule en 2015, quelque temps avant les attentats islamistes visant le Stade de France, les cafés et restaurants de Paris, et le Bataclan, probablement, comme si le Diable y rodait. De cette immersion dans la tête d’un autre, d’un ange déchu, de cette fantaisie diabolique et échevelée, le narrateur reviendra transformé et avide de lumière et de Lettres. L’obscurité, les forces du mal, les terreurs et les humiliations ne peuvent longtemps l’habiter et le contaminer.

La Gouvernante italienne, Iris Murdoch (par Marie-Pierre Fiorentino)

Ecrit par Marie-Pierre Fiorentino , le Jeudi, 20 Janvier 2022. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Iles britanniques, Roman, Folio (Gallimard)

La Gouvernante italienne, Iris Murdoch, Folio, 1964 (première publication en français en 1967, réédition de septembre 2001), trad. anglais, Léo Lack, 220 pages, 6,90 € . Ecrivain(s): Iris Murdoch Edition: Folio (Gallimard)

 

La Gouvernante italienne… Ce titre devient de plus en plus intrigant au fil de la première moitié du roman où le personnage éponyme, entrevu au début, reste quasiment invisible. Murdoch sait créer le suspense avec des riens. D’ailleurs, cette gouvernante italienne est-elle réellement un individu ou bien un genre ?

Giulia, Gemma, Vittoria, Carlotta et à présent Maria, surnommée Maggie, se sont succédé dans la maison de Lydia, laissant aux enfants qu’elles ont élevés des impressions douces et protectrices toutes confondues dans cette fonction qui sonne comme un nom : la gouvernante italienne, sévèrement vêtue et coiffée, logée au dernier étage mais maîtresse dans la cuisine et la lingerie pour veiller silencieusement au confort de tous.

Ne détient-elle cependant pas des pouvoirs qui vont se révéler, en quelques jours, décisifs dans l’existence de la famille Narraway, réunie pour les obsèques de Lydia ?

Les meilleures nouvelles de Sherwood Anderson, Sept nouvelles inédites (par Mona)

Ecrit par Mona , le Mercredi, 19 Janvier 2022. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, USA, Nouvelles

Les meilleures nouvelles de Sherwood Anderson, Huit nouvelles inédites, Editions Rue Saint Ambroise, édition établie par Bernardo Toro, novembre 2021, 342 pages, 16,50 €

Sherwood Anderson, l’énigmatique

Les Éditions Rue Saint Ambroise publient de nouvelles traductions de vingt-quatre des meilleures nouvelles, dont huit inédites, de Sherwood Anderson. Mentor de Faulkner et Hemingway, encensé par Henry Miller, Amos Oz et Philip Roth pour son art de nouvelliste incisif, souvent considéré à tort comme un écrivain régionaliste avec son recueil, Winesburg-en-Ohio (1926), qui décrit sur un mode intimiste les frustrations et solitudes des petites gens du Midwest américain, Sherwood Anderson demeure assez méconnu en France. Pourtant, au-delà de mettre en scène de pauvres bougres taiseux, l’écrivain évoque sa confrontation au « silence déraisonnable du monde », donne une épaisseur métaphysique à des histoires simples et, par son art de l’allusif et de l’élusif, pose la question de l’écriture. Ses narrateurs mêlent leurs pensées au récit et les personnages vivent une expérience saisissante de révélation : un instant de vérité du moi, prise de conscience bouleversante qui apparaît comme acceptation vitaliste de la totalité du monde.