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Les Chroniques

Carnets d’un fou XLVI Novembre 2016, par Michel Host

Ecrit par Michel Host , le Mardi, 24 Janvier 2017. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

« Avez-vous remarqué que, dans ce monde, Dieu se tait toujours »

(A. Gide, Les Faux-monnayeurs)

« On ne voit pas à quoi pourrait penser un dieu ?

Et si créer lui est peu de chose… »

(P. Valéry, Mauvaises pensées & autres)

#. Selon la bergère protestante qui sur France Culture ce dimanche matin m’enseigna la prière par temps difficiles et vents contraires, si Dieu ne répond pas et, qui plus est, ne répond jamais, c’est qu’il m’invite à la patience. Je ne dois pas me contenter de croire, je dois avoir foi en lui. Le prophète Habacuc m’y inviterait lui aussi. La seule fois de ma vie où je l’ai prié, parce que la nécessité était vitale – la survie d’une enfant à peine née en était l’enjeu – il n’a rien voulu entendre. La camarde a effacé cette vie, et c’était ma vie. Au fait, il s’en fout. Il ne s’abaisse pas aux tâches ménagères. Depuis, prier me semble une stupidité. Lui n’a plus aucune raison de ne pas faire la sourde oreille. Dieu est un faux-semblant, un trompe-l’œil. L’INUTILE.

D’Eurêka Springs, écrit sur une véranda de bois et de brume, par Kamel Daoud

Ecrit par Kamel Daoud , le Jeudi, 19 Janvier 2017. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

« La route à partir de Kansas City était si longue qu’elle a tout découragé : les dernières villes, maisonnées, baraques, des stations-service puis la lente montée des collines. Ici, le monde s’est épuisé pour moi, au bord d’une véranda de bois, face à la forêt, dos à un feu. Pas une forêt morte, mais un sombre peuple d’arbres qui a des bruits d’animaux et des immobilités de sagesses anciennes : ours, cerfs et panthères. Les derniers vivants vus étaient de vieux paysans américains, silencieux dans un Mac Do aux odeurs de fritures froides. L’Amérique profonde. Celle qui fait la force de cet empire et sa cécité sur le reste du monde. Habillés grossièrement, réunis en famille. Que savent-ils de nous ?

Sur la véranda, face à l’abrupte falaise, il y a des arbres dessinés sur le papier diaphane de la brume ; la forêt arrive peu à peu, comme en marchant dans les airs. Des feuilles rouges, rouille ou vert-gris qui donnent l’impression d’une saison unique qui joue avec des nuances. Le bruit des pluies éparses sur la toiture fait scintiller les branches mortes avec des gouttelettes. Le silence est pourtant parfait, malgré le ventilo de la chaudière en dessous des lattes de bois. Des écureuils viennent sautiller puis s’éclipsent dans un autre règne.

Brûlots poétiques (Etudes et échos), Ilda Tomas, par Michel Host

Ecrit par Michel Host , le Mercredi, 18 Janvier 2017. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

 

Brûlots poétiques (Etudes et échos), Ilda Tomas, Éditions Hermann, Coll. Vertige de la langue, avril 2016, 195 pages, 13 €

 

« … l’approfondissement de la lecture personnelle et du plaisir qu’on y prend réside précisément dans la découverte de la complexité intarissable d’un texte en lui-même et de ses relations multiples avec le monde, l’histoire, le langage et l’être », Ilda Tomas

 

Grâces éparses et rencontres

Dictionnaire de la controverse, Cincinnatus, volume 4, de Q à Z Abécédaire de la bêtise (éditions de Londres)

Ecrit par Michel Host , le Mercredi, 04 Janvier 2017. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

6 extraits du Dictionnaire de Cincinnatus (vol. 4)

Suivis, en fin de document, de quelques mots de Michel Host

 

I) Radicalisation

nom commun ; exemples : il y aurait en France cinq cents jeunes radicalisés dans les collèges et les Lycées.

Radicalisation est le nouveau mot à la mode. Hasard de l’ordre du dictionnaire, il se situe entre « Qatar » et « Rafale ».

La radicalisation est présentée comme tenant du pathologique. Être radicalisé, c’est comme se faire mordre par un vampire ; la radicalisation, c’est la vampirisation.

Pendant qu’il neige : le secret véritable de la chronique, par Kamel Daoud

Ecrit par Kamel Daoud , le Mardi, 03 Janvier 2017. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

« C’est comme un chien dans ma tête : il aboie et j’écris. Sauf que ce n’est pas si simple. Il me semble que c’est moi qui suis au bout de sa laisse, qu’il me promène parfois durant une demi-heure par jour, me laisse gambader dans son univers puis me ramène vers mon angle mort qui est ma vie de tous les jours. Je m’explique donc : c’est un chien immense, composé d’étoiles dans une obscure nuit qui lui sert de peau sans fond. Il aboie en Alphabet et j’écris. Parfois bien, parfois mal, quand il va trop vite et que ne me restent que des bouts de phrases. Il est grand, le chien noir qui m’enjambe pour aller boire, à l’autre bout du monde, son eau et revenir. C’est comme ça que je peux décrire les choses qui se passent dans ma tête. Car dehors, pour ceux qui me voient de dehors, il ne se passe rien. Je suis penché sur un gros cahier plein de ratures, devant un micro, en train de tabasser un clavier et j’écris sans cesse, sans cesse et toujours. Un scribe dans un journal où je suis payé au mois pour faire semblant d’être courageux.