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Arts

Hans Silvester, Pétanque et jeu provençal (Texte d'Yvan Audouard)

Ecrit par Philippe Chauché , le Samedi, 12 Décembre 2015. , dans Arts, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Le Rouergue

Hans Silvester, Pétanque et jeu provençal, texte d’Yvan Audouard, octobre 2015 . Ecrivain(s): Hans Silvester Edition: Le Rouergue

Les sphères exercent une irrésistible fascination sur les habitants du globe terrestre. Elles suscitent spontanément une « gestuelle » et un imaginaire… J’ai la prétention de croire que, sur un terrain de boules, s’exprime une civilisation plus ancienne, plus complète, plus riche, plus sage (Yvan Audouard).

Face à nous des livres de photos et de grands tirages en noir et blanc de joueurs de Pétanque et de jeu provençal, dans la lumière du noir et blanc. Les photos de Hans Silvester saisissent ces regards des joueurs, sourires, tensions, doutes. Ils s’élancent, les bras se balancent, les corps dansent, on fixe la boule, des cercles se forment, c’est « un théâtre populaire où les hommes se retrouvent pour jouer et regarder ». Sous nos yeux, les ombres des joueurs et des arbres, ces platanes qui ombrent les images de Hans Silvester comme ils ombraient les romans de Jean Giono et les poésies de René Char. Le photographe lit les deux écrivains depuis les années 60, depuis son arrivée à Marseille et son installation dans cette maison ouverte sur les collines du Luberon. « Une ruine achetée pour la moitié du prix d’une 2 CV, aujourd’hui cela serait impossible ».

À fendre le cœur le plus dur, Jérôme Ferrari & Oliver Rohe

Ecrit par Benoît Artige , le Lundi, 30 Novembre 2015. , dans Arts, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Inculte, Histoire

À fendre le cœur le plus dur, octobre 2015, 88 pages, 13,90 € . Ecrivain(s): Jérôme Ferrari & Oliver Rohe Edition: Inculte

 

 

Comment représenter la guerre et la violence qui en résulte ? Pour tenter de répondre à cette question, Jérôme Ferrari et Oliver Rohe ont choisi de prendre comme point de départ les photographies prises par Gaston Chérau, écrivain et reporter, lors du conflit qui a opposé de 1911 à 1912 sur le territoire libyen les Italiens à l’Empire ottoman. Parmi les centaines de clichés, l’exotique et le banal (paysages d’oasis, militaires au repos, vie quotidienne des populations locales) côtoient l’effroi et le macabre : la mise en scène glaçante de pendaisons en place publique. En permettant à des journalistes de couvrir les évènements, le but des colonisateurs est très clair : faire passer les Libyens pour des barbares sanguinaires mus par une violence pure. Ainsi, par son reportage, Gaston Chérau, consciemment ou non, légitime le projet colonial et participe à la fiction que l’armée italienne souhaite imposer dans l’esprit de l’opinion : celle d’un Etat qui, de son plein droit, opère « une chasse aux assassins, aux criminels et aux vagabonds, sur un territoire qui lui [revient] depuis toujours ».

Récits de paysage, ouvrage collectif autour de tableaux de Jérémy Liron

Ecrit par Benoît Artige , le Mardi, 24 Novembre 2015. , dans Arts, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres

Récits de paysage, ouvrage collectif autour de tableaux de Jérémy Liron, éditions Nuit Myrtide, avril 2014, 96 pages, 20 €

 

Il existe des héros des temps modernes dont personne ne parle parce qu’ils ne claironnent pas, ne barrissent pas, ne se font entendre dans la société hurlante que par le bruit de livres feuilletés. Ces héros, ce sont les éditeurs. Pas les « grands », mais les tout petits, qui ont la taille que les « grands » devaient avoir à leurs débuts, à qui la croissance importe peu, qui veulent en rester là, à ce stade artisanal, parce que c’est ainsi que se produit le beau, l’intelligible, le sensible et que l’on imagine dans leur cuisine, dans un coin de leur salon, au fond de leur grenier aménagé travaillant sans relâche pour atteindre la perfection qui est la leur : un livre de qualité.

L’ouvrage collectif Récits de paysages publié chez Nuit Myrtide est de ceux-là. Il a été demandé à plusieurs auteurs d’écrire autour des œuvres de Jérémy Liron, artiste dont on peut présumer, même sans le connaître par le regroupement d’écrivains de si haute tenue autour de son œuvre, que celle-ci doit contenir en elle un irrésistible pouvoir d’aimantation. Ou plutôt, comme le rappelle le titre de l’exposition dont sont extraites les toiles choisies, « hypnagogique ».

La Hante, Eric Pessan & Patricia Cartereau

Ecrit par Marie-Josée Desvignes , le Jeudi, 12 Novembre 2015. , dans Arts, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Contes, L'Atelier Contemporain

La Hante, octobre 2015, 176 pages, 25 € . Ecrivain(s): Eric Pessan & Patricia Cartereau Edition: L'Atelier Contemporain

 

Hante (N.F.) : Fréquentation/Lieu où l’on vit/Endroit pour les bêtes (Dictionnaire du Moyen Français)

C’est un enfant et c’est son grand-père, c’est un lieu, la forêt, une cabane, celle des chasseurs, et c’est une activité destinée aux adultes : la chasse… quoique… le petit d’homme aussi aime traquer toutes sortes de choses dès l’enfance, la peur du loup dans la forêt, les secrets des adultes, le corps des femmes, les choses de la vie, l’univers tout entier et son mystère et puis le mensonge, l’illusion du monde…

L’enfant ne croit pas à ce monde pas plus qu’à ses mensonges, du genre de ceux de Jonas dans le ventre de la baleine. Mais la chasse, ce sont des images terrifiantes, « chairs à vif », « mises à mort furieuse », « cris », la chair crue et nue, celle du gibier et celle des femmes sur les posters dans la cabane, qu’il explore en cachette.

L’univers de la chasse, c’est celui du grand-père et de ses amis, mais aussi celui de la femme qui cuisine le gibier, « salmis de palombe, faisans », c’est aussi le plomb que l’on retrouve après la cuisson dans l’assiette, la chevrotine. Cette présence brute et brutale du grand-père taiseux, dans la traque c’est le silence, les traces des pattes dans la boue, c’est cet état à l’affût, c’est le gibier, la proie.

Nathalie Savey, Philippe Jaccottet

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Vendredi, 30 Octobre 2015. , dans Arts, Les Livres, Critiques, La Une Livres, L'Atelier Contemporain

Nathalie Savey, Philippe Jaccottet, novembre 2015, 136 pages, 30 € . Ecrivain(s): Nathalie Savey , Philippe Jaccottet Edition: L'Atelier Contemporain

 

Dans le cœur insituable du silence

Que sait-on, sans mot dire, du silence ? Le langage en n’est que l’érection relative, il est mâle. Le silence est féminin car absolu. Présent en toutes choses il est son dé-lié. Ainsi peut-il se dire absolu surtout lorsqu’une artiste s’en empare. Nathalie Savey devient l’Ange de l’Eveil (messagère du silence) qu’accompagne le poète (Jaccottet). Il veille à sa nuit et à son aube en émissaire du Levant. Si le langage est à la nature de l’être, l’image surgit avec l’artiste comme sa transnature. Tandis que le langage du poète est distance, la créatrice peut évoquer autrement que de loin le silence qui est coïncidence.

Nathalie Savey exalte une langue fœtale qu’elle fait fructifier. Elle donne au silence un autre sens, une autre vue. Tandis que l’homme des mots sera toujours celui de la limite, la créatrice participe à ce qui est infiniment plus qu’elle : elle la franchit animée d’un souffle prénatal que proposent ses images. Il faut en effet que l’être soit déserté de lui-même pour qu’il se sente habité par le silence dont personne n’est le gardien.