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La Foule Divinatoire des Rêves, Catherine Gil Alcala (par Claire Neige Jaunet)

Ecrit par Claire-Neige Jaunet 18.04.19 dans La Une Livres, Critiques, Arts, Les Livres, Poésie

La Foule Divinatoire des Rêves, éditions La Maison Brûlée, mars 2018, 116 pages, 15 €

Ecrivain(s): Catherine Gil Alcala

La Foule Divinatoire des Rêves, Catherine Gil Alcala (par Claire Neige Jaunet)

 

La Foule Divinatoire des Rêves, de Catherine Gil Alcala, est un recueil de 39 rêves illustrés de dessins en noir et blanc où grimacent des figures tenant de l’humain, du diabolique, de la fantasmagorie, du monstrueux, et de l’animalité. Cette animalité est omniprésente dans les rêves, où le monde se disloque : des morceaux d’arc-en-ciel tombent, les aiguilles d’une montre tournent à l’envers, le ciel se remplit du « zonzonnement des extra-terrestres », « des larmes galactiques tombent » sur le dormeur, « une femme décapitée porte sa tête entre ses mains »… On y rencontre toute l’humanité et de tous les temps, une simple vieillarde, mais aussi une dame qui « joue au bilboquet aztèque », un homme au visage d’Etrusque, un homme qui joue « un air ancestral » sur son oud, Adam lui-même… et aussi Eros, et aussi « des voix intemporelles », et les dieux de l’Iliade… Et les rêves accueillent aussi bien le téléphone et le réfrigérateur que « la porte en ogive d’un temple » ou la guerre de Troie. Dans cet univers hétéroclite toutes les métamorphoses sont possibles, celle d’un morceau d’arc-en-ciel en « petit chien bleu », celle d’un homme en « statue de bois », de chaussures bleues en « deux oies blanches ensanglantées », ou de chouettes en fauves.

Le malaise qui en ressort est amplifié par le bestiaire qui y grouille : « un chat borgne », un poisson qui « se désagrège dans l’eau », des blattes et des coquillages qui couvrent le sol, un rat « qui sirote sa vacherie de tequila », une poule rose, une « murène ensorcelée », « des papillons de cendre », un ver luisant dont « l’éclat fêlé » éclaire le repas, des scorpions tapis dans l’ombre, un bassin où nagent pêle-mêle « des poissons, des dauphins, des tigres, des loups, un crabe jaune… ».

A ces visions étranges s’ajoutent les cris : le « rire inquiet » de l’orfraie, des hululements, « des chuchillements de serpents », un « miaulement rauque », les froufrous des oiseaux de proie semblables à un « babil enfantin », le « tilt haletant des serpents à sonnettes », les « cachinnations des hyènes »… autant de bruits où l’homme et l’animal fusionnent, et qui font partie intégrante d’une cacophonie hallucinée faite de « voix zinzinulant », de « lallations de fées », des « fers des étoiles filantes qui s’entrecroisent », ou du « vacarme du dieu-chien »… Ainsi s’abolissent les catégories, les espèces, les délimitations corporelles : ici un « homme au corps de serpent », là « ma peau de chat de gouttière »… Et cette osmose gagne l’intériorité : « le dolorisme d’une frelon lézarde ma tête », « les puces des pensées versatiles sautent sur des ressorts », et le sur-moi a des « ailes congelées ». Ce chaos n’est autre que « la réverbération d’un paysage intérieur » avec des images rencontrées sur les chemins de l’introspection. Les rêves s’ouvrent ainsi à « la trame apocalyptique du destin », des réminiscences opaques font surgir « le spectre d’un homme défenestré » qui peut aussi prendre la forme d’un homme « recouvert d’un voile blanc » (un homme qui est aussi « une partie de moi »), les morts reviennent avec le « mutisme des défunts », des morts auxquels la parole poétique redonne une voix (« l’onde écervelée des morts parle à travers moi »…). « La trame apocalyptique du destin » est faite aussi de prémonitions violentes, d’annonces de pythonisse.

39 rêves et 18 dessins pour « déplacer les frontières de l’impossible ».

 

Claire-Neige Jaunet

 


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A propos de l'écrivain

Catherine Gil Alcala

 

Catherine Gil Alcala a longtemps navigué entre plusieurs disciplines, la poésie, le théâtre, la performance, la musique, les arts plastiques… Expérimenter en toute liberté pour traduire le langage de l’inconscient, des rêves, de la folie… qui sont ses obsessions, ses thèmes de prédilection.
Depuis quelques années, elle privilégie l’écriture, plusieurs de ses textes ont été joués au théâtre ou ont fait l’objet de performances musicalo-poétiques.

 

A propos du rédacteur

Claire-Neige Jaunet

 

Claire-Neige Jaunet écrit régulièrement des chroniques de poésie pour Mobilis (pôle régional de coopération des acteurs du livre et de la lecture en Pays de la Loire).