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Arts

Day for Night, Richard Learoyd

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Lundi, 11 Janvier 2016. , dans Arts, Les Livres, Critiques, La Une Livres

Day for Night, Richard Learoyd, éd. Fraenkel Gallery, San Francisco, novembre 2015

 

Les photographies en couleurs de Richard Learoyd sont créées à partir d’un des plus vieux processus photographiques : celui de la camera oscura. Dans une pièce est installé son appareil, dans une autre séparée de la première par une lentille, le « sujet » de sa prise. L’image est des plus précises, simples et directes. Elle augmente ce que l’œil perçoit de manière commune. L’artiste photographie dans son studio à Londres et parfois dans la campagne anglaise chargée de toute l’histoire de l’art.

L’aventure photographique est spectaculaire mais dans le bon sens du terme. Elle agit et de manière uniquement poétique loin de toute version post pop d’un fétichisme du portrait. Learoyd réinvente toute une économie symbolique des signes iconiques. Il les métamorphose à l’état de rébus très éloignés de la simple compréhension formelle de reconnaissance. C’est pourquoi l’œuvre échappe à tout potentiel mimétique. L’éloquence visuelle, le velouté éventuel des surfaces, le mouvement et les directions des formes, le jeu des vides, la vulnérabilité paradoxale, la légèreté dominent des ensembles qui renvoient à une série d’interrogations.

Nathalie Savey, Philippe Jaccottet, Michel Collot, Héloïse Conésa, Yves Millet

Ecrit par Marilyne Bertoncini , le Mercredi, 06 Janvier 2016. , dans Arts, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie, L'Atelier Contemporain

Nathalie Savey, Philippe Jaccottet, Michel Collot, Héloïse Conésa, Yves Millet, novembre 2015, 129 pages, 30 € Edition: L'Atelier Contemporain

 

On entre dans le monde de Nathalie Savey comme sur la pointe des pieds, avec des yeux d’enfant ; chaque double page de ce livre au format presque carré, présente, dans le cadre d’une immense marge blanche au papier glacé, un court texte tiré de l’œuvre de Philippe Jaccottet, en regard d’une remarquable reproduction de photo en noir et blanc, dont on imagine le somptueux tirage original.

L’importance laissée à cet espace vierge – instituant une sorte d’écart, de mise à distance, de no man’sland blanc, que le regard (et la pensée) doivent franchir – me fait penser inéluctablement à Roland Barthes et sa Chambre Claire (Seuil, 1980). Dans ce livre, consacré à l’étrangeté de l’image fixée par le grain d’argent sur le papier, le philosophe explore et théorise son expérience extatique de la photo, délivrée du verbiage ordinaire (technique, politique…) qui l’accompagne. Le propos de Nathalie Savey, qui en appelle, elle, à Jaccottet (poète qui accompagne depuis toujours sa démarche :

Hans Silvester, Pétanque et jeu provençal (Texte d'Yvan Audouard)

Ecrit par Philippe Chauché , le Samedi, 12 Décembre 2015. , dans Arts, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Le Rouergue

Hans Silvester, Pétanque et jeu provençal, texte d’Yvan Audouard, octobre 2015 . Ecrivain(s): Hans Silvester Edition: Le Rouergue

Les sphères exercent une irrésistible fascination sur les habitants du globe terrestre. Elles suscitent spontanément une « gestuelle » et un imaginaire… J’ai la prétention de croire que, sur un terrain de boules, s’exprime une civilisation plus ancienne, plus complète, plus riche, plus sage (Yvan Audouard).

Face à nous des livres de photos et de grands tirages en noir et blanc de joueurs de Pétanque et de jeu provençal, dans la lumière du noir et blanc. Les photos de Hans Silvester saisissent ces regards des joueurs, sourires, tensions, doutes. Ils s’élancent, les bras se balancent, les corps dansent, on fixe la boule, des cercles se forment, c’est « un théâtre populaire où les hommes se retrouvent pour jouer et regarder ». Sous nos yeux, les ombres des joueurs et des arbres, ces platanes qui ombrent les images de Hans Silvester comme ils ombraient les romans de Jean Giono et les poésies de René Char. Le photographe lit les deux écrivains depuis les années 60, depuis son arrivée à Marseille et son installation dans cette maison ouverte sur les collines du Luberon. « Une ruine achetée pour la moitié du prix d’une 2 CV, aujourd’hui cela serait impossible ».

À fendre le cœur le plus dur, Jérôme Ferrari & Oliver Rohe

Ecrit par Benoît Artige , le Lundi, 30 Novembre 2015. , dans Arts, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Inculte, Histoire

À fendre le cœur le plus dur, octobre 2015, 88 pages, 13,90 € . Ecrivain(s): Jérôme Ferrari & Oliver Rohe Edition: Inculte

 

 

Comment représenter la guerre et la violence qui en résulte ? Pour tenter de répondre à cette question, Jérôme Ferrari et Oliver Rohe ont choisi de prendre comme point de départ les photographies prises par Gaston Chérau, écrivain et reporter, lors du conflit qui a opposé de 1911 à 1912 sur le territoire libyen les Italiens à l’Empire ottoman. Parmi les centaines de clichés, l’exotique et le banal (paysages d’oasis, militaires au repos, vie quotidienne des populations locales) côtoient l’effroi et le macabre : la mise en scène glaçante de pendaisons en place publique. En permettant à des journalistes de couvrir les évènements, le but des colonisateurs est très clair : faire passer les Libyens pour des barbares sanguinaires mus par une violence pure. Ainsi, par son reportage, Gaston Chérau, consciemment ou non, légitime le projet colonial et participe à la fiction que l’armée italienne souhaite imposer dans l’esprit de l’opinion : celle d’un Etat qui, de son plein droit, opère « une chasse aux assassins, aux criminels et aux vagabonds, sur un territoire qui lui [revient] depuis toujours ».

Récits de paysage, ouvrage collectif autour de tableaux de Jérémy Liron

Ecrit par Benoît Artige , le Mardi, 24 Novembre 2015. , dans Arts, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres

Récits de paysage, ouvrage collectif autour de tableaux de Jérémy Liron, éditions Nuit Myrtide, avril 2014, 96 pages, 20 €

 

Il existe des héros des temps modernes dont personne ne parle parce qu’ils ne claironnent pas, ne barrissent pas, ne se font entendre dans la société hurlante que par le bruit de livres feuilletés. Ces héros, ce sont les éditeurs. Pas les « grands », mais les tout petits, qui ont la taille que les « grands » devaient avoir à leurs débuts, à qui la croissance importe peu, qui veulent en rester là, à ce stade artisanal, parce que c’est ainsi que se produit le beau, l’intelligible, le sensible et que l’on imagine dans leur cuisine, dans un coin de leur salon, au fond de leur grenier aménagé travaillant sans relâche pour atteindre la perfection qui est la leur : un livre de qualité.

L’ouvrage collectif Récits de paysages publié chez Nuit Myrtide est de ceux-là. Il a été demandé à plusieurs auteurs d’écrire autour des œuvres de Jérémy Liron, artiste dont on peut présumer, même sans le connaître par le regroupement d’écrivains de si haute tenue autour de son œuvre, que celle-ci doit contenir en elle un irrésistible pouvoir d’aimantation. Ou plutôt, comme le rappelle le titre de l’exposition dont sont extraites les toiles choisies, « hypnagogique ».