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Arts

Hans Silvester, Pétanque et jeu provençal (Texte d'Yvan Audouard)

Ecrit par Philippe Chauché , le Samedi, 12 Décembre 2015. , dans Arts, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Le Rouergue

Hans Silvester, Pétanque et jeu provençal, texte d’Yvan Audouard, octobre 2015 . Ecrivain(s): Hans Silvester Edition: Le Rouergue

Les sphères exercent une irrésistible fascination sur les habitants du globe terrestre. Elles suscitent spontanément une « gestuelle » et un imaginaire… J’ai la prétention de croire que, sur un terrain de boules, s’exprime une civilisation plus ancienne, plus complète, plus riche, plus sage (Yvan Audouard).

Face à nous des livres de photos et de grands tirages en noir et blanc de joueurs de Pétanque et de jeu provençal, dans la lumière du noir et blanc. Les photos de Hans Silvester saisissent ces regards des joueurs, sourires, tensions, doutes. Ils s’élancent, les bras se balancent, les corps dansent, on fixe la boule, des cercles se forment, c’est « un théâtre populaire où les hommes se retrouvent pour jouer et regarder ». Sous nos yeux, les ombres des joueurs et des arbres, ces platanes qui ombrent les images de Hans Silvester comme ils ombraient les romans de Jean Giono et les poésies de René Char. Le photographe lit les deux écrivains depuis les années 60, depuis son arrivée à Marseille et son installation dans cette maison ouverte sur les collines du Luberon. « Une ruine achetée pour la moitié du prix d’une 2 CV, aujourd’hui cela serait impossible ».

La Hante, Eric Pessan & Patricia Cartereau

Ecrit par Marie-Josée Desvignes , le Jeudi, 12 Novembre 2015. , dans Arts, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Contes, L'Atelier Contemporain

La Hante, octobre 2015, 176 pages, 25 € . Ecrivain(s): Eric Pessan & Patricia Cartereau Edition: L'Atelier Contemporain

 

Hante (N.F.) : Fréquentation/Lieu où l’on vit/Endroit pour les bêtes (Dictionnaire du Moyen Français)

C’est un enfant et c’est son grand-père, c’est un lieu, la forêt, une cabane, celle des chasseurs, et c’est une activité destinée aux adultes : la chasse… quoique… le petit d’homme aussi aime traquer toutes sortes de choses dès l’enfance, la peur du loup dans la forêt, les secrets des adultes, le corps des femmes, les choses de la vie, l’univers tout entier et son mystère et puis le mensonge, l’illusion du monde…

L’enfant ne croit pas à ce monde pas plus qu’à ses mensonges, du genre de ceux de Jonas dans le ventre de la baleine. Mais la chasse, ce sont des images terrifiantes, « chairs à vif », « mises à mort furieuse », « cris », la chair crue et nue, celle du gibier et celle des femmes sur les posters dans la cabane, qu’il explore en cachette.

L’univers de la chasse, c’est celui du grand-père et de ses amis, mais aussi celui de la femme qui cuisine le gibier, « salmis de palombe, faisans », c’est aussi le plomb que l’on retrouve après la cuisson dans l’assiette, la chevrotine. Cette présence brute et brutale du grand-père taiseux, dans la traque c’est le silence, les traces des pattes dans la boue, c’est cet état à l’affût, c’est le gibier, la proie.

Nathalie Savey, Philippe Jaccottet

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Vendredi, 30 Octobre 2015. , dans Arts, Les Livres, Critiques, La Une Livres, L'Atelier Contemporain

Nathalie Savey, Philippe Jaccottet, novembre 2015, 136 pages, 30 € . Ecrivain(s): Nathalie Savey , Philippe Jaccottet Edition: L'Atelier Contemporain

 

Dans le cœur insituable du silence

Que sait-on, sans mot dire, du silence ? Le langage en n’est que l’érection relative, il est mâle. Le silence est féminin car absolu. Présent en toutes choses il est son dé-lié. Ainsi peut-il se dire absolu surtout lorsqu’une artiste s’en empare. Nathalie Savey devient l’Ange de l’Eveil (messagère du silence) qu’accompagne le poète (Jaccottet). Il veille à sa nuit et à son aube en émissaire du Levant. Si le langage est à la nature de l’être, l’image surgit avec l’artiste comme sa transnature. Tandis que le langage du poète est distance, la créatrice peut évoquer autrement que de loin le silence qui est coïncidence.

Nathalie Savey exalte une langue fœtale qu’elle fait fructifier. Elle donne au silence un autre sens, une autre vue. Tandis que l’homme des mots sera toujours celui de la limite, la créatrice participe à ce qui est infiniment plus qu’elle : elle la franchit animée d’un souffle prénatal que proposent ses images. Il faut en effet que l’être soit déserté de lui-même pour qu’il se sente habité par le silence dont personne n’est le gardien.

En regard sur Lino de Giuli, Alain Marc

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Mardi, 06 Octobre 2015. , dans Arts, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie, Éditions Dumerchez

En regard sur Lino de Giuli, août 2015, 59 pages, 20 € . Ecrivain(s): Alain Marc Edition: Éditions Dumerchez

 

« Lino de Giuli voudrait tenir les deux fils du vide et des interstices », cite l’exergue placé sur le rabat de la quatrième de couverture de ce bel ouvrage publié par les éditions Dumerchez. Tandis que la page de garde pose la question du poète : « Tenter de répondre à cette question : / les mots, le poème, sont-ils capables de traduire au plus près, le visuel ? »

Cette mise en regard des créations (peintures, sculpture, installation) du peintre-plasticien Lino de Giuli, et des créations du poète Alain Marc (auteur de plus d’une dizaine de livres), cette rencontre où les mots du poète posent leurs regards et leur langue (poétique) sur les représentations créatives de l’art(-iste) visuel, relance la question permanente des vases communicants entre poésie et création artistique.

Les éditions Dumerchez proposent ainsi ces livres de belle facture au contenu de haute qualité, livre d’artiste justement défini par Bernard Noël comme le carrefour d’un échange à trois personnages :

Artist and her model, Elina Brotherus

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Lundi, 05 Octobre 2015. , dans Arts, Les Livres, Critiques, La Une Livres

Artist and her model, éd. Le Caillou Bleu, Waterloo, 2012, 224 pages . Ecrivain(s): Elina Brotherus

 

Elina Brotherus : anti-mémoires

Des premières séries les plus intimes et narratives, l’artiste Elina Brotherus est passée de l’autoportrait au portrait par l’intermédiaire d’un modèle comparable à ce qu’il représente pour un peintre classique. La photographe Elina Brotherus reprend l’esthétique et les thématiques (principalement le portrait) de la peinture figurative. Mais travaillant autant la lumière et les couleurs que la composition, l’artiste pousse plus loin les questions fondamentales de l’image. Si la « décoration » où elle situe son modèle garde une importance, chaque photographie recèle bien d’autres buts que l’ornemental. Et si l’esthétique demeure identique dans les deux « temps » chronologiques des créations, néanmoins le propos a évolué. Dans des photographies telles que I hate sex ou Divorce Portrait, surgissait une histoire induite par le titre. Désormais – et avec des titres plus anonymes (Fille aux fleurs, Horizon, L’artiste et son modèle) – Elina Brotherus s’oriente vers une critique d’un art jusque-là aux mains des hommes. Chez eux la nudité était propre au modèle, et l’habit réservé à l’artiste masculin en induisait une forme de soumission chez la femme. La créatrice se réapproprie ce qui avait été volé à la femme.