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Arts

Venise, Jean-Paul Bota et David Hébert

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Jeudi, 17 Janvier 2013. , dans Arts, Les Livres, Recensions, La Une Livres

Venise, « été-hiver 2009-été 2010, automne 2011-printemps 2012 », texte Jean-Paul Bota, dessins David Hébert, Éditions des Vanneaux, Carnets nomades, 2012, 48-[48] p. 15 € . Ecrivain(s): Jean-Paul Bota et David Hébert

 

Une Venise musicale

 

Ce très beau petit livre est le premier né de la nouvelle collection Carnets nomades aux éditions des Vanneaux. Cette collection consiste en l’irruption du tracé de l’écriture sensible, qui donne à la pensée sa voix, d’un écrivain, en un lieu singulier, une ville à chaque fois différente. Avec comme compagnon de route, au trait frémissant, David Hébert.

Ce premier volume est une vraie réussite. Destination Venise donc. Et c’est un bonheur pour le lecteur, qui se découvre à son tour voyageur par les mots, par les traits conduits qui sont autant de façons de donner au visible, à son cours, tout le noir et le blanc qu’il recelait en lui-même. Il s’agit de donner au visible qui était comme ignorant de lui-même sa vraie musicalité. Contenue, mais perceptible à chaque pas qu’il fait dans la lumière, ou dans la nuit, quand les yeux sont vraiment là pour être ce qui, en étant chevillé à l’émotion, est chevillé au plus intime de soi.

100 crimes contre l'art, Karin Müller

Ecrit par Valérie Debieux , le Vendredi, 14 Décembre 2012. , dans Arts, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Récits

100 crimes contre l’art, Editions L’Ecailler (Documents), novembre 2012, 256 p. 18 € . Ecrivain(s): Karin Müller

 

Du plateau de Gizeh en 1378 après J.-C., en passant par l’Acropole d’Athènes en 1687, puis par le Musée de l’Ermitage à Leningrad en 1985, ou encore, beaucoup plus près de nous, par le Musée Kunsthal de Rotterdam en octobre 2012, force est de constater que rares sont les musées, salles d’expositions, églises, couvents, bibliothèques, monuments historiques ou cimetières qui ont échappé au vol, à la déprédation ou à la destruction. Actes volontaires ou accidentels pour certains, ils mettent en scène des peintures, des sculptures, des vitraux, des icônes, des ouvrages anciens, autant d’éléments appartenant au patrimoine culturel de l’humanité.

Que le lieu où elles sont exposées bénéficie ou non d’un degré de surveillance high-tech élevé, tout peut arriver, même et surtout l’impensable. Le visiteur a l’air normal et soudain, tout bascule. Et là, naît le cauchemar ou, au mieux, le casse-tête des personnes en charge d’assurer la protection des œuvres d’art. Comment conjuguer le partage de l’art avec sa sécurité, le plaisir des yeux avec la protection de l’œuvre et la liberté de mouvement avec le périmètre de sécurité ? Le problème, une intégrale à plusieurs dimensions avec des bornes composées de plusieurs variables ; le résultat, une démonstration à solutions non définies.

Hopper, l'horizon intra muros, Franz Bartelt

, le Jeudi, 13 Décembre 2012. , dans Arts, Les Livres, Recensions, La Une Livres

Hopper, l’horizon intra muros, Editions Invenit, collection Ekphrasis, 50 p. 12 € . Ecrivain(s): Franz Bartelt

Peut-on parler d’un tableau ? La question mérite d’être posée. Puisqu’il est souvent pris pour acquis que l’analyse des œuvres augmente celles-ci d’autant, les dote d’un bel appareillage. On peut aussi arguer que le bourdonnement qui les entoure finit par les rendre invisibles, inaudibles. Ainsi de certaines si connues, comme les Nighthawks de Edward Hopper, qu’elles semblent ensevelies sous le commentaire, et qu’elles suscitent la crainte plutôt que l’admiration.

Heureusement, il existe plusieurs manières de parler d’un tableau. En parallèle de l’exposition Hopper au Grand Palais, qui combine des tableaux du grand peintre américain avec des œuvres de ses maîtres ou de ses contemporains, l’écrivain Franz Bartelt, prix Goncourt de la nouvelle en 2006, se fend d’un exercice d’admiration pour cette image qui hante notre imaginaire.

Et c’est tant mieux. Au lieu de tomber dans l’écueil de la critique d’art et de son vocabulaire, Franz Bartelt fait ce qu’on fait avec des mots : raconter. Il met en récit, il nous récite son amour pour ce tableau. Comment tout a commencé ? Par une carte postale au dos de laquelle il était reproduit. « En général, quand on reçoit une carte postale, on ne prête qu’une attention bénigne à l’illustration, pressé qu’on est d’identifier, parmi nos connaissances, laquelle a pris la peine de nous adresser une pensée choisie, une estimation climatique, ou une vantardise de touriste du bout du monde ».

Françoise Sagan, ma mère, Denis Westhoff

Ecrit par Arnaud Genon , le Lundi, 03 Décembre 2012. , dans Arts, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Biographie, Flammarion

Françoise Sagan, ma mère, novembre 2012, 224 p. 35 € . Ecrivain(s): Denis Westhoff Edition: Flammarion

De Quoirez à Sagan : des images au-delà des clichés

 

La vie et l’œuvre de Françoise Sagan ont souvent, trop souvent été réduits à des clichés. Alcool, drogue, voitures, vitesse, jeux, argent, amis… Bien sûr, s’ils ont la peau dure, c’est que l’écrivain les a elle-même nourris, malgré elle, parfois. Les stéréotypes saganesques ont cela de fascinant qu’ils sont tout à la fois ceux auxquels on l’a réduite et contre lesquels elle ne s’est jamais véritablement défendue, ou de manière timide, amusée, légèrement agacée, au pire.

Les clichés photographiques ici donnés à voir, à lire ne démentiront pas cette image. Françoise Sagan a en effet eu cette enfance bourgeoise non dénuée cependant d’une certaine originalité due notamment à la figure paternelle. Les liens familiaux étaient solides et l’intimité qu’elle noua avec son frère Jacques ne fut jamais démentie. Elle a très tôt été happée par la littérature. Stendhal, Proust, Camus ou Sartre furent ceux pour lesquels elle voua une véritable admiration. Elle connut la gloire à vingt ans mais la vécut sans jamais la prendre au sérieux, avec un certain détachement, une ironie qu’incarnent si bien certains de ses personnages. Oui, elle aima les voitures et ce, dès son plus jeune âge, comme prédisposée…

Lubie : le peintre des fleurs et son grain de folie, Frédéric Clément

Ecrit par Valérie Debieux , le Vendredi, 23 Novembre 2012. , dans Arts, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Albin Michel

. Ecrivain(s): Frédéric Clément Edition: Albin Michel

Frédéric Clément est de retour avec un nouvel album, Lubie. Ce nouvel opus transporte le lecteur au cœur du XVIIe siècle, en compagnie d’un jeune artiste peintre, Jan Breughel, fils de l’illustre « Pieter Breughel, dit l’Ancien ».

Pas facile d’être le « fils de » pour ce jeune orphelin, qui n’a de cesse de peindre des paradis où apparaissent des « lions à côté d’antilopes, des loirs douillettement endormis entre les serres de faucons » ou encore des « chats lovés entre les pattes de chiens, le tout parsemé de fleurs, plumeuses comme des oiseaux ». Toute la noblesse se précipite pour acheter ses « bagatelles ». Tout semble lui réussir. Pourtant. Jan a une hantise : à chacun de ses anniversaires, « aux premières chaleurs de l’été et aux premiers coquelicots », surgit Lubie, « démone aux ailes cramoisies ». Coquine, elle se faufile alors par le couloir de son oreille, se cale sur son col et lui souffle des diableries.

Puis, imperceptiblement, l’érosion des ventes fait son œuvre, le temps prend son temps. « Un an passe. Deux ans filent. Trois ans coulent. Cinq ans courent. Dix ans fuient comme de l’eau glisse entre ses doigts et ses pinceaux. Dans son atelier, les bouquets fleurissent, les paradis paradent. Mais les gens d’Anvers passent et repassent en souriant sans acheter le moindre tableau ».