Identification

Arts

Dans l’ombre de Charonne, Désirée et Alain Frappier

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Samedi, 01 Novembre 2014. , dans Arts, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Histoire

Dans l’ombre de Charonne, éd. du Mauconduit, préface de Benjamin Stora, 136 p. 18,50 € . Ecrivain(s): Désirée et Alain Frappier

Fils d’Israël, souvenez-vous du bienfait dont je vous ai comblés. Je vous ai mis au-dessus des mondes

Le Coran, Sourate II, la vache, (47, trad. Jean Grosjean, 2008)

 

Ressouvenir : un carnage organisé

 

Un pan de l’Histoire occulté

C’est un véritable travail d’historienne auquel s’est livrée Désirée Frappier, qui a mené une enquête auprès de plusieurs interlocutrices et interlocuteurs, dont certains furent présents et témoins au moment du drame évoqué. Depuis la préface de Benjamin Stora, lui-même concerné par la guerre d’Algérie, auteur de nombreux ouvrages cités, jusqu’au témoignage individuel de l’héroïne principale, le récit se densifie avec les annexes – les lettres des enfants de rescapés, des coupures de presse relatant cette « sauvagerie criminelle » (cité par J. Derogy, p.126) et le travail d’archiviste des époux Frappier.

Le Tao du Toreo, André Velter et Ernest Pignon-Ernest

Ecrit par Philippe Chauché , le Jeudi, 25 Septembre 2014. , dans Arts, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Actes Sud, La rentrée littéraire

Le Tao du Toreo, édition bilingue, traduction espagnole de Vivian Lofiego, septembre 2014, 80 p. 26 € . Ecrivain(s): André Velter et Ernest Pignon-Ernest Edition: Actes Sud

 

« Tu possèdes la magie d’une question sans réponse,

Question à la vie et à la mort

Qui renaît au sable des arènes

Entre une ligne d’ombre et un sas de soleil ».

 

Une date, le 16 septembre 2012, comme un sas de soleil qui monte de l’ovale de Nîmes. Un sas de mots et une ligne noire. Des mots et des lignes de fusain qui se croisent comme se croise José Tomás. Un dimanche matin inspiré, le torero s’avance sur le sable pour un solo, laissez-moi seul, seul face à six toros, pour à son tour dire le je ne sais quoi.

Yvonne, l’enfant château, Delphine Vaute

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Mercredi, 24 Septembre 2014. , dans Arts, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Jeunesse

Yvonne, l’enfant château, Delphine Vaute, éditions Vide Cocagne, septembre 2014, 80 pages, 16 € . Ecrivain(s): Delphine Vaute

 

Dans une ambiance presque proustienne, se dévoilent des enfants et leurs expériences lors d’un été à la campagne : une petite fille isolée qui rêve, un garçon qui prend des photos, un autre garçon qui allait devenir un ours. Les uns et les autres pratiquent la collection : animaux morts, photos d’animaux morts ; la chasse au Dahu, à la mouche ou au lapin ; la solitude et la tristesse ; l’incompréhension face au monde des adultes.

« Après le repas de midi j’aimais bien m’asseoir devant la maison au soleil.

Je rêvais qu’un cheval débarquait au triple galop dans la cour.

Un cheval indomptable que seule ma petite personne arrivait à maîtriser.

Je n’utilisais même pas cette magnifique monture pour m’enfuir

vers d’autres contrées où je pourrais vivre

de fabuleuses aventures comme dans les livres ».

Tu ne mourras pas, Bénédicte Heim, Edmond Baudoin

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Samedi, 29 Mars 2014. , dans Arts, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Récits, Les Contrebandiers

Tu ne mourras pas, 128 pages, 25 € . Ecrivain(s): Bénédicte Heim, Edmond Baudoin Edition: Les Contrebandiers

 

La rencontre. Le choc. La stupeur. L’éblouissement. Le lâcher-prise, jamais entièrement quitté par les difficultés. L’amour.

Livre après livre, Bénédicte Heim relate, avec une infinie délicatesse et une infinie précision, et une ferveur ardente devenue phrases, ce moment où les âmes, entrant en contact, au mépris de toutes les convenances, de l’attendu, font advenir ce feu qui les embrase, et les fait fondre suffisamment, pour que naisse de ce contact une seule âme, sans que jamais les deux morceaux qui la composent se voient voler une part de leur identité, de leur singularité.

Et cette façon qu’ont les deux âmes de s’embrasser au point de ne pouvoir décoller, l’une de l’autre, leurs lèvres, est toujours liée à une déflagration de la douceur et de la découverte. Et de l’envolée sur place. Au plus profond de l’autre.

Dans mes yeux, Bastien Vivès

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Mardi, 25 Mars 2014. , dans Arts, Les Livres, Critiques, La Une Livres

Dans mes yeux, Bruxelles/Paris, KSTR, 2009, 133 p. 16 € . Ecrivain(s): Bastien Vivès

 

Cette BD est un coup de maître, plus précis que Le Goût du chlore, mais sans atteindre toutefois au magistral qu’est Polina.

Le lecteur est invité à être dans les yeux d’un garçon, qui rencontre une fille sur les bancs de la BU. Et qui, peu à peu, se rapproche d’elle. Au point d’être son amour.

Bastien Vivès, dont le travail est toujours intéressant, parvient, tout en brutalisant les codes narratifs de la BD traditionnelle, à brosser avec beaucoup de justesse, par petites touches sensibles, très colorées et floues, jouant sur les silences, sur l’implicite, ne tombant jamais dans le piège de l’explicitation, la psychologie d’une jeune femme ordinaire. C’est-à-dire extraordinaire, pour qui la sait voir.

En proie aux contradictions. En proie à la joie, à l’instant, au désir de sérieux. À la confiance et au doute. À l’insouciance. Et à la mélancolie.

Et c’est, en définitive, un parfum de tristesse qui, peu à peu, monte de ces pages.