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Impossible Ici, Sinclair Lewis

Ecrit par Didier Smal , le Jeudi, 25 Août 2016. , dans USA, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Editions de la Différence

Impossible Ici, version française de Raymond Queneau, août 2016, 377 pages, 20 € . Ecrivain(s): Sinclair Lewis Edition: Editions de la Différence

Publié en 1935, Impossible Ici (It Can’t Happen Here dans la version originale) est un roman de Sinclair Lewis (1885-1951) destiné à mettre en garde les incurables optimistes, dont la foi en la démocratie toute puissante pourrait devenir aveugle face aux dérives politiques potentielles. L’auteur américain était marié à Dorothy Thompson, brillante journaliste qui parvint à approcher Adolf Hitler dès 1931 et en a retiré de l’effroi. A partir de cette rencontre, elle tenta par tous les moyens journalistiques de mettre en garde les Etats-Unis contre la possibilité que le fascisme (au début des années trente, c’est bien de fascisme qu’il faut parler concernant Hitler) traversât l’Atlantique ; son mari, pour faire bref, décida de mettre sa plume romanesque au service de cette cause en racontant l’arrivée au pouvoir d’un pur démagogue, Berzelius « Buzz » Windrip, dans une Amérique située à peine dix ans plus tard, à laquelle est imposé un pouvoir fort et omniprésent. Ce roman a vocation de sonnette d’alarme, et est présenté comme tel dans une préface qui prend clairement position : ce livre doit être lu comme un avertissement, aujourd’hui encore, puisque « la candidature de Donald Trump qui a d’abord été prise sur le ton de la farce constitue désormais une dérive alarmante ». En bref, la lecture de ce roman devrait être obligatoire pour empêcher l’avènement d’un régime d’obédience fasciste – mais nous passerons sur le fait que le fascisme, ce croque-mitaine convenu, possède une définition historique à laquelle aucun parti politique actuel ne correspond.

Avenue des mystères, John Irving

Ecrit par Sylvie Ferrando , le Mercredi, 24 Août 2016. , dans USA, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Seuil

Avenue des mystères, mai 2016, trad. anglais (USA) Josée Kamoun, Olivier Grenot, 528 pages, 22 € . Ecrivain(s): John Irving Edition: Seuil

 

Certains romans parlent au lecteur, entrent en résonance avec son intimité en lui évoquant immédiatement des univers. Ce nouveau roman de John Irving, foisonnant et dépaysant à souhait, entre dans cette catégorie.

Toutefois, quelque chose a changé : du ton souvent épique ou dramatique des grands romans des débuts de la célébrité, Le monde selon Garp ou L’hôtel New Hampshire, on passe au ton burlesque de ce roman de l’écrivain vieillissant.

« Quand on a sauté une prise de bétabloquants, comment ignorer deux femmes comme elles ? »

Certes, le personnage principal de l’ouvrage est un romancier d’origine mexicaine nommé Juan Diego, mais un romancier infirme et malade, claudiquant, diminué par une absence de pics d’adrénaline due à la prise régulière de bétabloquants et compensant une supposée baisse d’érection par la prise irrégulière de Viagra.

Yaak Valley, Montana, Smith Henderson

Ecrit par Catherine Dutigny/Elsa , le Mardi, 23 Août 2016. , dans USA, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Belfond

Yaak Valley, Montana, août 2016, trad. américain Nathalie Perrony, 500 pages, 23 € . Ecrivain(s): Smith Henderson Edition: Belfond

 

Début des années 80 aux États-Unis, alors que la bataille entre Jimmy Carter et Donald Reagan pour l’élection du prochain président à la Maison-Blanche bat son plein, Pete Snow, assistant social, œuvre au quotidien à Tenmile dans l’État du Montana pour venir en aide aux plus déshérités, en priorité à leurs enfants. Et du travail, il n’en manque pas dans cette population de marginaux venus se terrer dans la Yaak Valley, loin des mégapoles, pour cacher leur misère et tenter d’oublier dans l’alcool et la dope leur mal de vivre. Dès les premières pages, Smith Henderson dresse un portrait au vitriol de ceux et celles que son principal personnage côtoie :

Les familles éclatées, les mères défoncées au speed, vivotant des allocations chômage qu’elles dépensent en drogue, à défaut de subvenir aux besoins élémentaires de leurs petits : « On la croisait en ville, toute poudrée de blanc, les lèvres barrées de rouge et des traînées bleuâtres autour des yeux, un drapeau américain abstrait, un commentaire vivant sur son propre pays, ce qu’elle était d’une certaine manière » (p15).

Derniers Feux sur Sunset, Stewart O’Nan

Ecrit par Didier Smal , le Samedi, 20 Août 2016. , dans USA, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, L'Olivier (Seuil), La rentrée littéraire

Derniers Feux sur Sunset, août 2016, trad. anglais (USA) Marc Amfreville, 396 pages, 23 € . Ecrivain(s): Stewart O’Nan Edition: L'Olivier (Seuil)

L’annonce d’un nouveau roman de Stewart O’Nan (1961) est une bonne nouvelle, si l’on veut bien laisser de côté le plutôt mitigé Joueurs (2013) : que ce soit par son hommage à Stephen King (avec qui il a coécrit une nouvelle, Un Visage dans la Foule, 2014), le puissant Speed Queen (1998), par son grand roman sur les séquelles de la guerre du Vietnam (conflit au sujet duquel il a publié une anthologie définitive en 1998, The Vietnam Reader : The Definitive Collection of Fiction and Nonfiction on the War, qui n’a malheureusement pas encore trouvé traducteur), Le Nom des Morts (1999), par son beau diptyque sur la vieillesse, Nos Plus Beaux Souvenirs (2005), et Emily (2012), ou encore par son intense roman sur l’Amérique d’après la Guerre de Sécession, le percutant Un Mal qui Répand la Terreur (2001), cet auteur a régulièrement démontré un grand talent de raconteur capable d’aller au fond des choses, d’extraire de sa matière narrative un sens auquel se confronte le lecteur.

Lorsqu’on apprend de surcroît que le nouveau roman de Stewart O’Nan s’intitule Derniers Feux sur Sunset, et raconte l’expérience hollywoodienne de Francis Scott Fitzgerald (1896-1940), on se réjouit de cette rencontre entre deux grands auteurs : certains romans sur la littérature sont de franches réussites, on pense en particulier à L’Auteur ! L’Auteur, de David Lodge, sur l’expérience dramaturgique de Henry James, et au Voyage de Shakespeare, de Léon Daudet, sur l’éveil artistique du Barde, et on n’en attend pas moins de celui-ci.

American Housewife, Helen Ellis

Ecrit par Christine Perrin-Lorent , le Samedi, 09 Juillet 2016. , dans USA, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Nouvelles, La Martinière

American Housewife, juin 2016, trad. anglais (USA) Sophie Brissaud, 208 pages, 18 € . Ecrivain(s): Helen Ellis Edition: La Martinière

 

La première des 12 nouvelles qui composent ce recueil, Ce que je fais de mes journées, détaille d’emblée la frénésie de la journée d’une new-yorkaise résidente de l’Upper East Side. Courses, tâches ménagères, réceptions, banalités d’usage, photos et vacheries sur le physique de quelques autres invitées. Le ton est donné.

Les nouvelles suivantes nous dépeignent l’univers sombre de la domesticité. Univers presque exclusivement féminin, si l’on excepte le passage de maris aux capacités étranges (L’ajusteur), quelque peu désespérés ou désespérants, tel le « Dr Boulette ».

Se posent bien sûr les questions liées à la féminité : la séduction ; la maternité, refusée ou au contraire malheureusement provoquée puis remplie d’enfants presque monstrueux ; les conventions familiales absurdes et exigées par une belle-mère toujours omnipotente ; des rapports entre femmes obsédées et agressives que l’on reçoit tout de même dans son « Club des Lectrices ».