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Italie

La Fin des jours, Alessandro de Roma

Ecrit par Benoit Laureau , le Lundi, 16 Juillet 2012. , dans Italie, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Gallimard

La Fin des jours, trad. de l’italien par Pascal Leclercq, avril 2012, 305 p. 22 € . Ecrivain(s): Alessandro de Roma Edition: Gallimard

L’amour de l’apocalypse

La Fin des jours est le deuxième roman du professeur de philosophie italien Alessandro De Roma. Sous la forme d’une dystopie (1) proche de l’univers de 1984 de Georges Orwell, il met en scène la lente dégradation d’une société affectée par une disparition collective de la mémoire individuelle. À travers le journal d’un « résistant », Giovanni Ceresa, un professeur de lycée turinois, Alessandro De Roma semble interroger notre rapport à la « fin » et le lien possible entre la mémoire et l’attraction de la décadence.

Turin, dans un futur proche. On se débarrasse des personnes âgées et leur entourage semble avoir oublié leur existence avant même de se rendre compte de leur disparition, les chauffeurs de bus oublient de marquer l’arrêt, perdent le contrôle de leur véhicule tuant nombre de piétons. La ville est le théâtre d’une étrange épidémie d’amnésie. Elle est telle que les individus oublient d’aller travailler ou se perdent sur le chemin du retour n’osant plus prendre les transports en commun. Dans une ville en état de quasi guerre civile, Giovanni croise des « Barbus », hordes d’individus les plus affectés, vivants à l’état sauvage, du vol et d’agressions, des « conscients » membres des « Apocalyptiques », des « Faucons des ténèbres » ou des « Jaguars », sorte de factions rebelles et résistantes qui s’organisent en prévision d’un lendemain apocalyptique.

Une étrange histoire d'amour, Luigi Guarnieri

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 12 Juillet 2012. , dans Italie, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Actes Sud

Une étrange histoire d’amour. trad. italien Marguerite Pozzoli. mai 2012. 220 p. 21,80 € . Ecrivain(s): Luigi Guarnieri Edition: Actes Sud

Si vous aimez les vents et marées du grand romantisme, voici un roman, de haute tenue, qui va vous embarquer loin des bonaces !

Le thème pourrait tromper cependant. Les trois héros de cette histoire forment un très classique trio amoureux. Un couple marié, un jeune amant éperdu d’amour pour l’épouse. Mais quand vous saurez les noms des protagonistes vous commencerez à vous douter de la vague tumultueuse qui va s’écraser. Le jeune homme s’appelle Johannes Brahms. Le couple c’est Robert et Clara Schumann !

Le jeune « Hannes », éperdu – tout d’abord – d’admiration pour son maître spirituel, se présente un jour de septembre 1853 au domicile des Schumann. S’en suivra une relation passionnelle incandescente et – nous sommes en pleine époque romantique – destructrice. Maître/élève d’abord, avec les oscillations consubstantielles inscrites dans ce couple de forces : admiration, respect, amour « paternel » et « filial », jalousies, haine. Un déferlement ravageur, qui va emmener les deux hommes dans ses eaux tumultueuses. Et puis, bien sûr, l’amour foudroyant du jeune Johannes pour la belle, l’intelligente, la « royale » Clara Schumann. Elle est alors la pianiste la plus connue dans le monde, adulée, ovationnée, demandée partout et par tous !

Choc des civilisations pour un ascenseur Piazza Vittorio, Amara Lakhous

Ecrit par Martine L. Petauton , le Jeudi, 05 Juillet 2012. , dans Italie, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Récits, Babel (Actes Sud)

Choc des civilisations pour un ascenseur Piazza Vittorio, trad. de l’italien par Elise Gruau, Mai 2012, 7 € . Ecrivain(s): Amara Lakhous Edition: Babel (Actes Sud)

Petit livre roboratif, au goût doux amer d’un excellent cappuccino : « je suis un adepte de la triade, cappuccino, croissant, Corriere della sera ; j’ai besoin du cappuccino comme la voiture, de l’essence ». Pas de doutes, on est bien en Italie, à Rome (l’Italie, ou un pays en soi ?), quartier de Termini. Piazza Vittorio. Multi ethnique, le coin, dirait le sociologue ; vieil immeuble sonore ; un ascenseur, comme nœud de l’histoire : « il y a ceux qui veulent mettre l’air conditionné en été, le chauffage en hiver ; ceux qui proposent d’accrocher un crucifix, la photo du pape ; ceux au contraire qui revendiquent un ascenseur laïque, sans aucun symbole religieux ».

Serait-on parti pour un « au théâtre sur ma place, ce matin, ce midi, ce soir » ? Jactant comme un distrayant Feydeau, un soir d’été, alors que passeraient ces petits martinets piailleurs qui sonorisent le ciel romain ? Personnages parlant fort, vérités propres à tout un chacun, émotion populaire arrosant le tout… il y a de ça ! Un habitant, louche, pas des plus sympa, se laissant nommer « le gladiateur », « pissant dans l’ascenseur sans vergogne », en s’arrangeant pour accuser la caniche de la voisine (« vergogna !! », comme on dit là bas)… est assassiné. Le suspect numéro 1, un Amadéo, disparaît. Chacun y va de « sa » vérité, et lui, depuis « sa » disparition, de ses hurlements numérotés, comme autant de pas dans un drame à l’antique.

La note secrète, Marta Morazzoni

Ecrit par Anne Morin , le Dimanche, 01 Juillet 2012. , dans Italie, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Actes Sud

La note secrète, traduit de l’italien par Marguerite Pozzoli, 301 p. 22,50 € . Ecrivain(s): Marta Morazzoni Edition: Actes Sud

 

Mais quelle est donc cette note secrète qui donne son titre au roman de Marta Morazzoni ? On l’attend, on l’entend presque mais toujours moderato. S’agit-il des voix magnifiques, contralto et soprano, de ces deux religieuses, qui s’entremêlent ? Note d’entente, note surgie – ou issue – du violoncelle à la corde cassée de sœur Rosalba, dans ce couvent où les voix naguère déployées à l’église, se sont tues ? Sœur Rosalba forme la voix d’une toute jeune nonne, Paola, de ses treize à ses dix-sept ans. Leurs voix s’entrelacent sur le Stabat mater de Pergolèse, derrière une grille ou protégées par un long voile lors des cérémonies. Seulement reliées au monde par le chant, les nonnes en révèlent plus sur elles que ne le souhaiterait la redoutable abbesse.

Pourquoi, le livre refermé sur une histoire fondée sur un fait réel, garde-t-on l’impression diffuse qu’on a manqué, qu’on est passé à côté, que l’histoire des deux nonnes se poursuit ? Deux âmes unies presque sans échange, dans la musique, mais bien plus, par, à travers la musique, se reconnaissent mère et fille spirituelles, même si toutes deux, séparées, tairont leur voix et ne se reverront jamais.

Ce que savent les baleines, Pino Cacucci

Ecrit par Lionel Bedin , le Vendredi, 22 Juin 2012. , dans Italie, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Récits, Christian Bourgois, Aventures

Ce que savent les baleines, traduit de l’italien par Lise Chapuis, mars 2012, 15,00 € . Ecrivain(s): Pino Cacucci Edition: Christian Bourgois

 

D’événements graves (les Conquistadors, le massacre des baleines) à d’autres plus anecdotiques (la « véritable » histoire de l’Hôtel California), en passant par les moment de grâce, tels les spectacles de la nature qui laissent « muet, en extase » comme ces baleines grises « qui ponctuent de souffles vaporeux toute la ligne d’horizon (et) s’approchent du bord et remuent le fond sablonneux à quelques mètres du rivage », Pino Cacucci emmène ses lecteurs pour une promenade du sud au nord de la « Baja California », la Basse-Californie, de La Paz – la première tentative d’implantation espagnole, là où Hernán Cortés s’avança en 1535 – à la frontière, du côté de Tijuana. Son credo : la nature.

 

« On part. Et pour ce long voyage, on a une robuste Dodge Durango, plus spacieuse et confortable que la Bronco. En fond sonore : Bruce Springsteen ». La région semble belle, avec des bords de mer magnifiques, des baies des anges, des terres où poussent « le petit cactus tonneau jusqu’au robuste saguaro ou au cactus cierge haut de vingt mètres », des pics du diable et, « en somme, traverser la Baja en février est un plaisir sublime ».