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Lucy in the sky, Pete Fromm

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Jeudi, 11 Juin 2015. , dans USA, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Gallmeister

Lucy in the sky (As cool as I am), avril 2015, traduit de l’américain par Laurent Bury, 352 pages, 24 € . Ecrivain(s): Pete Fromm Edition: Gallmeister

 

« Pendant toutes ces années, c’est pour ça que je l’avais laissé me raser la tête : si la seule chose qui lui manquait ici, c’était d’avoir un fils avec qui faire des trucs, je serais presque aussi bien qu’un garçon, je serais ce qu’on pouvait trouver de plus approchant. Je ne m’étais pas aperçue que ça ne servait à rien. Comme les baisers de Maman. Il partait quand même ».

Lucy a quatorze ans, une coupe de cheveux improbable et un corps de géante malingre qui s’arrondit bien malgré elle. Elle vit à Great Falls, Montana. Elle ne voit son père que deux fois par an, entre deux chantiers de bûcheronnage. Ces moments sont des perles dans un océan de routine et de vide. Le père débarque comme un tourbillon, enchaîne jeux de mots et mises en scène excentriques pour le plus grand plaisir de sa fille. Mais elle se retrouve le plus souvent à attendre que les ébats torrides de ses parents s’achèvent. Sa mère est une très séduisante trentenaire qui en a assez d’attendre le retour de son homme. Elle se trouve un travail et de nouveaux soupirants. Livrée à elle-même, abandonnée encore et encore, Lucy traîne, s’essaye à l’amour, et espère, sur le qui-vive, que l’un ou l’autre de ses parents revienne et lui accorde un peu de temps, un peu d’attention et d’affection.

Quand nous étions heureux, Rebecca Coleman

Ecrit par Victoire NGuyen , le Samedi, 06 Juin 2015. , dans USA, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Presses de la Cité

Quand nous étions heureux, juin 2014, traduit de l’Américain par Mélanie Blanc-Jouveaux, 91 pages, 21,50 € . Ecrivain(s): Rebecca Coleman Edition: Presses de la Cité

 

La fin de l’innocence

Le titre en français Quand nous étions heureux est déjà suggestif puisqu’il évoque un temps révolu et donc forcément nostalgique. Cependant, l’essence du roman réside dans le titre en Anglais Heaven should fall. Le positionnement de deux termes antagonistes « Heaven » et « Fall » met en exergue la dimension morale et métaphysique du roman. Le ciel comme l’Espérance et le Salut sont ici confrontés à la Chute et donc à la Perdition. Le lecteur comprend alors qu’il n’y a probablement pas de rachat ni de rédemption possible pour les protagonistes de ce roman.

Quand nous étions heureux est un récit qui suit l’évolution du couple que Jill forme avec Cade. Tous deux fragilisés par des histoires familiales complexes et violentes se raccrochent l’un à l’autre. Jill vit son idylle avec Cade, un garçon qui rêve de devenir politicien. Mais la vie en décide autrement : Jill par insouciance ou par fatalisme, tombe enceinte et Cade est alors forcé de devenir père malgré lui. Cependant Rebecca Coleman ne s’intéresse pas vraiment à des romans de gare. En effet, elle oriente sa problématique vers un drame plus grave. Cade et Jill auraient pu s’en sortir s’ils n’avaient pas décidé de revenir vivre dans la ferme familiale du jeune homme.

Exécutions à Victory, S. Craig Zahler

Ecrit par Yan Lespoux , le Vendredi, 05 Juin 2015. , dans USA, Les Livres, Critiques, Polars, La Une Livres, Gallmeister

Exécutions à Victory (Mean Business on North Ganson Street), mars 2015, trad. de l’anglais (USA) par Sophie Aslanides, 480 pages, 18 € . Ecrivain(s): S. Craig Zahler Edition: Gallmeister

 

« Le nom de la ville, c’est Victory. (Bettinger ricana.) Pense au pire bidonville que tu aies jamais vu, chie dessus pendant quarante ans et tu auras une idée de ce à quoi ça ressemble ».

Il peut toujours ricaner, Jules Bettinger, il n’en demeure pas moins qu’après avoir involontairement poussé au suicide un type venu porter plainte, c’est à Victory, dans le Missouri, qu’il est muté avec sa petite famille. Et le tableau que lui brosse son nouveau chef lorsqu’il arrive est encore moins ragoûtant que ce qu’il pensait :

« – […] Environ soixante-dix pour cent des hommes entre dix-huit et quarante-cinq ans à Victory ont un casier judiciaire. Et il y a fort à parier que ceux qui vivent dans les zones abandonnées et les égouts font monter ce nombre à quatre-vingts pour cent. Un huit suivi d’un zéro, donc…

Bettinger fit la grimace.

Survivants, Russell Banks

Ecrit par Didier Smal , le Lundi, 01 Juin 2015. , dans USA, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Babel (Actes Sud)

Survivants, traduit de l’américain par Pierre Furlan, 256 pages, 7,70 € . Ecrivain(s): Russel Banks Edition: Babel (Actes Sud)

 

En 1975, Russell Banks (1940) voit quelques-unes de ses nouvelles réunies sous un très beau titre : Searching for Survivors, Survivants en français (une nuance est perdue, mais elle n’est pas essentielle) ; il n’est pas encore l’auteur majeur de Continents à la Dérive, De Beaux Lendemains ou encore American Darling, mais la qualité de ces romans incite l’amateur à se pencher avec bienveillance sur ces œuvres de jeunesse. Cet amateur est récompensé de sa curiosité : Banks, alors trentenaire, affiche une claire maîtrise de l’art narratif, même lorsqu’il fait ses gammes.

Une caractéristique que possède déjà Banks au plus haut point, c’est l’empathie envers ses personnages : peu importent leurs faiblesses, leurs défauts, la façon dont ils ont mené leur existence, aucun jugement n’est posé sur eux. Banks décrit des agissements, des comportements, rapporte des paroles, mais ne s’institue pas en petit comptable de l’existence de ses personnages ; cet art, il le portera à la perfection avec le Bob Dubois de Continents à la Dérive, mais c’est littéralement une autre histoire.

Retour à Watersbridge, James Scott

Ecrit par Yan Lespoux , le Vendredi, 29 Mai 2015. , dans USA, Les Livres, Critiques, Polars, La Une Livres, Seuil

Retour à Watersbridge (The Kept, 2014), Seuil Policiers, février 2015, trad. de l’anglais (USA) Isabelle Maillet, 389 pages, 21,50 € . Ecrivain(s): James Scott Edition: Seuil

 

Elspeth Howell, sage-femme, rentre chez elle, au nord de l’État de New York un soir d’hiver de 1897 et découvre sa famille assassinée. Le seul survivant est l’un de ses fils, Caleb, âgé de 12 ans. Commence alors pour la mère et le fils une longue et rude épopée à travers les paysages glaciaux, les bois, les collines abruptes et les champs. Un seul objectif pour eux : rejoindre la ville de Watersbridge vers laquelle les tueurs ont fui, les retrouver et se venger. Mais en regagnant cette cité qu’elle a quittée il y de nombreuses années, Elspeth se trouve obligée d’affronter son passé et ses propres péchés.

Premier roman de James Scott, Retour à Watersbridge, sans être dénué de défauts, en particulier certaines longueurs qui viennent parfois affaiblir la force du récit, se révèle être un livre à bien des égards stimulant. Porté par une écriture élégante, il évoque avec force les tourments intérieurs de ses deux personnages principaux, la culpabilité qu’ils portent tous deux, les sentiments ambivalents qui les animent, les secrets enfouis.