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Roman

Et mon luth constellé, Ariane Schréder

Ecrit par Theo Ananissoh , le Mercredi, 28 Mars 2018. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Héloïse D'Ormesson

Et mon luth constellé, janvier 2018, 253 pages, 18 € . Ecrivain(s): Ariane Schréder Edition: Héloïse D'Ormesson

 

Iris est entrée dans la vie de Louise alors que celle-ci n’avait que dix ans. C’était dans son village des Pyrénées. Iris est arrivée un jour au volant d’une deux chevaux, s’est installée dans une mansarde au-dessus de la librairie du vieux Georges. Personnalité charismatique, attachante, affectivement accessible à la petite Louise qui vivait là entre ses parents, son frère et sa sœur, un chien et un chat. Une existence dans un endroit un peu morne, en vérité.

Une amitié vraie et forte, par-delà la différence d’âge, naît aussitôt entre elles.

« Nous deux bien au chaud dans la mansarde, assises sur le lit sous le plaid lavande que Luce m’avait forcée à lui apporter – je venais si souvent –, David Bowie royal entre nous, et le carré de ciel sombre de la fin de journée m’indiquant que bientôt j’allais devoir rentrer, à contrecœur. Et Iris, généreuse, courageuse, m’accompagnerait quand même, jusqu’au bout de la rue d’où elle pourrait me voir entrer dans la boutique, d’où je la quitterais à regret, d’un dernier signe de la main, et elle d’un baiser soufflé envoyé, alors moi aussi, baiser soufflé ».

Prochainement, Aphrodite !, Willa Cather

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 22 Mars 2018. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA

Prochainement, Aphrodite !, Ed. Ombres, mars 2018, trad. américain et présentation, Sylvie Rozenker, 94 pages, 9 € . Ecrivain(s): Willa Cather

 

C’est un tout petit livre – une longue nouvelle – qu’on peut avaler en une heure. Mais c’est l’heure délicieuse ! Willa Cather nous a habitués à ses portraits de femmes étincelants – Mon Antonia, mon ennemi mortel, Lucy Gayheart – et, derrière le sympathique Don Hedger, artiste peintre new-yorkais, c’est bien encore une femme exceptionnelle qui se dessine hautement. Eden Bower, artiste débutante, va débarquer dans la vie du très (trop ?) tranquille Don. Elle va occuper l’appartement mitoyen du sien et, peu à peu mais à coup sûr, occuper aussi l’esprit et le cœur du bonhomme. Du bonhomme et de son chien César, aussi « père peinard » que son maître.

Eden est une belle femme, blonde, grande, et qui se pose un peu là ! Une femme au caractère bien trempé, autoritaire, très sûre d’elle-même, ambitieuse, et voilà notre peintre bien empêtré dans une relation de flirt qui tourne à l’affaire amoureuse. Il subit – avec plaisir néanmoins – les diktats de son amoureuse, allant parfois jusqu’à laisser César à la maison quand ils sortent dîner en tête-à-tête. Impensable !

Les oiseaux morts de l’Amérique, Christian Garcin

Ecrit par Lionel Bedin , le Jeudi, 22 Mars 2018. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Actes Sud

Les oiseaux morts de l’Amérique, janvier 2018, 224 pages, 19 € . Ecrivain(s): Christian Garcin Edition: Actes Sud

 

L’époque : de nos jours, avec beaucoup de retours en arrière. Le lieu : Las Vegas. Un peu en ville, sur le Strip et dans quelques rues adjacentes, mais surtout à la périphérie, vers les terrains vagues, entre autoroutes et pistes cyclables, motels miteux et collecteurs d’eau de pluie. C’est dans ces tunnels de béton que vivent quelques personnes, en marge. Parce que la vie les a amenés là. Un point commun à la plupart des protagonistes de ce roman : ils ont participé à une guerre. Hoyt est un vétéran du Vietnam. Il a 75 ans. Il cohabite avec d’autres anciens soldats d’Irak ou d’Afghanistan. Des guerres d’où ils sont revenus, avec des souvenirs atroces, traumatisés. Des souvenirs vivaces ou oubliés, ou refoulés. Ils vivent là, entre leurs souvenirs et une réalité somme toute assez tranquille : échanger quelques vannes plus ou moins philosophiques, faire la manche en ville, boire un café, dormir… et évacuer vite fait quand il pleut et que les collecteurs se remplissent d’eau.

My Absolute darling, Gabriel Tallent

Ecrit par Yann Suty , le Mardi, 20 Mars 2018. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Gallmeister

My Absolute darling, mars 2018, trad. américain, Laura Derajinski, 460 pages, 24,40 € . Ecrivain(s): Gabriel Tallent Edition: Gallmeister

 

Mon père, ce salaud. La vie n’est pas facile pour Julia, quatorze ans, alias Turtle, que son père surnomme Croquette. Elle vit dans un trou de la côte nord de la Californie, dans des paysages pittoresques, parfois hostiles, dans une maison délabrée et crasseuse. Un univers white-trash qui est aussi un décor littéraire des plus réjouissants.

Turtle est sauvage. Elle préfère se tenir à l’écart des autres. Mais c’est aussi son père qui lui a imposé cette conduite. Elle est obligée d’aller au lycée, mais repousse quiconque tente de briser sa carapace. Ses meilleurs compagnons sont ses armes, pistolets et fusils dont elle ne se sépare jamais, et qu’elle passe son temps à démonter et à remonter. C’est une tireuse experte, capable de loger une balle dans une pièce de monnaie à plusieurs dizaines de mètres de distance.

Sa mère est décédée quelques années plus tôt dans des circonstances mystérieuses. Turtle est sous l’emprise d’un père aussi charismatique que brutal, qui lui impose des exercices physiques rudes pour affronter l’apocalypse ou ce qui y ressemblera et font passer le camp d’entraînement de Full Metal Jacket pour un camp de boy-scout. Très vite, on se rend compte (de façon explicite) que père et fille ont une relation incestueuse.

Le fils du héros, Karla Suárez

Ecrit par Philippe Leuckx , le Mardi, 20 Mars 2018. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Amérique Latine, Métailié

Le fils du héros, août 2017, trad. espagnol, François Gaudry, 272 pages, 20 € . Ecrivain(s): Karla Suárez Edition: Métailié

 

Ernesto, l’antihéros cubain de cette chronique d’une enfance et d’une adolescence au temps des guerres de colonie, lorsque l’Angola et Cuba tissaient de sombres échanges de chair fraîche, campe un bien beau personnage, portraituré par Karla Suárez avec toutes les nuances réalistes que ce genre impose.

Voici Ernesto, jamais remis de la perte de son père, entouré d’une fratrie et d’une famille au sens large, les frères des père et mère, le grand-père, les sœurs, qui connaît les heures aussi sombres et/ou exaltantes d’un pays coupé de tout par ses positions idéologiques, dans lequel il faut vivre pourtant.

L’on suit avec intérêt les tribulations politiques et amoureuses d’un gars qui s’est, dès le plus jeune âge, donné un bien beau compagnonnage d’ami(e)s : Lagardère, Tempête… Rosa, Alejandra, Renata sont les figures féminines qui vont aider Ernesto à se construire, au-delà d’une timidité native, au-delà des incertitudes. L’amitié de Berto, Cubain installé à Lisbonne, passionné comme lui par tout ce qui touche au pays natal, va plonger notre Ernesto dans la quête essentielle de ses origines, de Cuba à l’Angola qui a « pris pour toujours le père ».