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Les Livres

La nébuleuse de l'insomnie, Antonio Lobo Antunes

Ecrit par Martine L. Petauton , le Mardi, 15 Mai 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Langue portugaise, Roman, Christian Bourgois

La nébuleuse de l’insomnie, trad. portugais par Dominique Nédellec, mai 2012, 347 p. 20 € . Ecrivain(s): Antonio Lobo Antunes Edition: Christian Bourgois

 

Tout entier dans son titre, cet Antonio Lobo Antunes là : la nébuleuse, son côté diffus, contours imprécis, ailleurs, dans un autre univers ; l’insomnie, puisque personne ne saurait survivre longtemps dans le carrousel des décalages nuit/jour, l’ordonnancement du temps cul par dessus tête. Plus d’hier, de demain ; plus de frontière vivants-morts : « par moments, je me demande si nous ne sommes pas tous morts ». Mélanges infinis immobiles ; machine infernale lancée à toute allure : on est bien dans le monde dichotomique de Lobo Antunes ; lui qui disait que le roman se devait d’être « un délire contrôlé », s’y connaissant un peu, en ancien psychiatre entré en littérature.

Tout entier aussi dans la couverture choisie par Bourgois : maison chaulée d’Obidos ; chaleur pesante et silencieuse ; midi, probablement ; silhouette un peu lointaine d’un homme en noir, vu de dos.

Grande propriété campagnarde, entre montagnes et Tage « avec ses vapeurs, ses grenouilles… Lisbonne à l’autre extrémité du fleuve ».

L'aiguillon de la mort, Toshio Shimao

Ecrit par Patryck Froissart , le Mardi, 15 Mai 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Biographie, Roman, Japon, Philippe Picquier

L’aiguillon de la mort, trad. japonais par Elisabeth Suetsugu, 2012, 641 p. . Ecrivain(s): Shimao Toshio Edition: Philippe Picquier

 

Toshio, écrivain, mène une double vie tranquille, organisée, avec d’une part Miho, son épouse depuis dix ans, et ses deux enfants Shinichi et Maya, avec d’autre part sa maîtresse, désignée tout au long du récit par le syntagme « la femme », depuis à peu près autant de temps.

Tout se passe bien jusqu’au jour où Miho lui annonce, brutalement, qu’elle sait tout.

Ce roman autobiographique commence à ce moment précis : Toshio, auteur-narrateur, est mis par Miho en face de soi au cours d’un interminable et virulent interrogatoire sur les détails les plus intimes de son adultère et sur les raisons pour lesquelles il a éprouvé pendant tant d’années le besoin de fréquenter « la femme ».

Pendant trois jours, sans répit, Miho questionne, veut savoir, tout savoir, le contraint à raconter, compter, expliquer, s’expliquer, s’accuser, s’excuser.

Toshio s’étant engagé à rompre et à ne plus jamais rien cacher, la tempête s’apaise et la vie de la famille semble reprendre son cours.

Des chaussures pleines de vodka chaude, Zakhar Prilepine

Ecrit par Claire Teysserre-Orion , le Lundi, 14 Mai 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Russie, Nouvelles, Actes Sud

Des chaussures pleines de vodka chaude, trad. du russe par Joëlle Dublanchet, 19,80 € . Ecrivain(s): Zakhar Prilepine Edition: Actes Sud

Avant de devenir un écrivain à la mode, Zakhar Prilepine a été vigile dans une boîte de nuit, manutentionnaire, engagé volontaire dans les deux guerres tchétchènes… Il a également été responsable régional du Parti national-bolchévique jusqu’à son interdiction par l’actuel pouvoir : on imagine aisément qu’une telle vie ne manque pas de matière romanesque. Au point d’ailleurs qu’il apparaît dans la galerie de personnages du Limonov d’Emmanuel Carrère, fasciné par la Russie. Mais, justement, qu’est-ce que ces chaussures pleines de vodka chaude nous donnent à voir de cet immense pays ?

Loin de cette vie faite d’expériences troubles et extrêmes, Zakhar Prilépine décrit au long d’une dizaine de nouvelles la vie de garçons, souvent dans la force de l’âge, qui se laissent aller au gré de la misère qu’elle soit économique (Viande de chien), morale (Le meurtrier et son jeune ami) ou sentimentale. Ainsi, dans Gilka qui ouvre le recueil, un homme se croit traqué par la police et emprunte un trolley au hasard : il observe la rue, réfléchit à l’amitié et rêvasse amèrement à son bonheur passé : « C’est bien de rester sans espoir, lorsque le cœur vide n’est rempli que d’un léger courant d’air. Quand on prend conscience que tous les êtres qui vous ont tenu par la main ne vous retiendront plus, et que vos poignets glissent de leurs paumes ». Souvent, dans ces nouvelles, la désolation d’un homme est le moteur nécessaire de son action : « Le jeunesse doit dévorer elle-même ses propres rêves, parce que celui qui continuerait à y croire n’accomplirait jamais son destin ».

Au boulot ! Les Chats Pelés

Ecrit par Cathy Garcia , le Lundi, 14 Mai 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Jeunesse, Seuil Jeunesse

Au boulot, Les Chats pelés, 2012, 48 p. 25 € . Ecrivain(s): Les chats pelés Edition: Seuil Jeunesse

 

Un collector conçu spécialement pour les 20 ans de Seuil Jeunesse, avec une superbe couverture toilée sérigraphiée et accompagné d’un tiré à part. Un format géant qui met en valeur de très belles illustrations, chacune est une véritable œuvre d’art, réalisées par Les Chats pelés. Ce collectif d’artiste fondé par Lionel le Néouanic, Youri Molotov, Benoit Morel (chanteur de La Tordue) et Christian Olivier (chanteur des Têtes Raides), ne comprend aujourd’hui plus que ces deux derniers et Lionel le Néouanic.

Dans ce recueil aussi coloré que résolument subversif, on ne prend pas les enfants pour des idiots. A contre-courant du travailler plus pour patati patata, les animaux anthropomorphes qui évoluent au fil des pages de Au boulot ne s’en laissent pas conter. Ils nous livrent une poésie bourrée d’humour et pas piquée des vers. Cela démarre avec Aldo le croco, le camelot qui trafique du boulot, puis on croise le chasseur de courant d’air et quelques langues de vipères. Prosper le marchand de misère peut se tenir à carreau, Léon le lion a mangé son patron « il était si bon… ».

Hommage aussi aux travailleurs car non, il n’y a pas de « petit » métier et

Profession balance, Christopher Goffard

Ecrit par Yan Lespoux , le Samedi, 12 Mai 2012. , dans Les Livres, Recensions, Polars, La Une Livres, USA, Roman, Rivages/noir

Profession balance (Snitch Jacket, 2007), trad. USA par Jean Pêcheux, Ed. Rivages/Noir, Avril 2012, 384 pages, 10,65 € . Ecrivain(s): Christopher Goffard Edition: Rivages/noir

« C’est mon unique talent : écouter puis archiver ce que j’entends grâce à des trucs mnémotechniques que j’ai appris dans des revues (parce que quand des gars discutent de choure, on n’a pas trop intérêt à être vu en train de prendre des notes). Dans ma tête, il y a une immense baraque de planteur sudiste, elle compte au moins 10000 pièces, dans lesquelles j’entrepose tout ce que je ramasse : les surnoms des mecs du milieu, leurs complices, leurs piaules, les rues où ils se croisent, leurs modèles de bagnoles, leurs copines, leurs maquereaux. Le Fabuleux Palais de Mémoire de Benny Bunt, je l’appelle, et au fin fond ces chambres, il y a tout un merdier : des recettes de cocktails ratés, des limericks boiteux, des mots incompréhensibles issus de calendriers vieux de quinze ans, des données concernant des as de la batte morts et enterrés depuis longtemps, les trucs qui branchaient (et débranchaient) les playmates des années quatre-vingt. Parfois, je préfèrerais évacuer tout ça pour faire de la place à de meilleurs locataires. Une mémoire pareille, c’est peut-être classé assez bas dans la liste des dons qu’un homme peut recevoir, mais ça me rend redoutable au Trivial Pursuit, surtout que j’ai mémorisé depuis longtemps toutes les cartes de la pioche. Et puis ça aide à payer les factures.

Je suis une balance ».