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La Une Livres

L'honorable société, Dominique Manotti, DOA

, le Dimanche, 15 Mai 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Polars, Série Noire (Gallimard)

L’honorable société, 329 p., 18 euros . Ecrivain(s): Dominique Manotti, DOA Edition: Série Noire (Gallimard)

Dominique Manotti œuvre dans le roman noir social où elle instruit, avec réalisme, avec acuité, avec, s’il en est, une manière de mélancolie, l’envers de l’histoire contemporaine : le trafic d’armes (Nos fantastiques années fric), la corruption et le football (kop), la politique sécuritaire (Bien connu des services de police)…
DOA s’impose tant dans le thriller à l’américaine (Citoyens clandestins), auquel toutefois il sait donner un supplément d’âme, que dans le polar (Le serpent aux milles coupures) violent et un rien fajardien.
L’honorable société est leur rencontre.
Sur fond d’écoterrorisme, d’élection présidentielle (où, en effet, toute ressemblance avec des personnes existant ou ayant existé est fortuite…) et autour de l’industrie nucléaire, sont dévoilés de certains dessous : les collusions entre la politique et la finance, d’interlopes services de police et autres barbouzeries, les arrangements entre partis supposément opposés, l’abandon du bien public au profit d’entreprises privées… Soit, donc, la généalogie du pouvoir et des logiques de domination qui, sinon par des complots, passent, disons, par des manipulations et un sens de l’intérêt bien compris.

Modèles réduits, Jacques De Decker

Ecrit par Christopher Gérard , le Dimanche, 15 Mai 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Nouvelles

Modèles réduits, Editions de la Muette, 18€. . Ecrivain(s): Jacques De Decker


La lecture de Modèles réduits, de Jacques De Decker, s’apparente à une dégustation de pâtisserie fine. Ce touche-à-tout des Lettres nous propose un recueil de nouvelles, publiées ici ou là (et notamment dans la revue Marginales) où se conjuguent charme, humour et gravité. Nous y suivons Jacques De Decker dans son exploration du Royaume des Belges, contrée étrange, tour à tour attachante et agaçante, aux lisières du ridicule comme aux antipodes du sublime. Qu’il mette en scène le père d’un élu, grabataire (le père, pas le fils qui lui se porte bien) empli d’une ironie féroce pour le « ramassis de politiciens véreux et de démagogues éhontés » que courtise son rejeton ; qu’il raille le tabagisme (« cette folie collective qui a frappé notre culture au moment où elle s’est affichée comme la première au monde ») ou les incohérences de notre STIB régionale, Jacques De Decker ne se départit jamais d’une bonhomie de sceptique désabusé, mais un sceptique qui aime rire, attaché à la vie et à ses plaisirs, dans la plus pure tradition brabançonne. Un « ennemi des certitudes » – attitude typique d’un peuple allergique aux messies – qui scrute les lézardes de notre petit monde ;

Stratégies du détachement, Ariel Denis

Ecrit par Didier Bazy , le Dimanche, 15 Mai 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Pierre Guillaume de Roux éditeur

Stratégies du détachement, Pierre-Guillaume de Roux Editeur, 2011, 150 pages, 15€ . Ecrivain(s): Ariel Denis Edition: Pierre Guillaume de Roux éditeur

Ariel Denis n’a pas attendu la cause littéraire pour l’illustrer et la défendre. Quoi ? On l’a attaquée ? Allons donc qui l’empêche ? Justement, personne. Personne en particulier. Mais alors :
De quoi faut-il se détacher ? Les réponses d’Ariel Denis sont très claires.
En voici quelques-unes cueillies, çà et là, au milieu de son chant :
– des abominables musiques commerciales planétaires des supermarchés,
– du capitalisme médiatique technologique,
– du grand refroidissement climatique (ironique),
– du totalitarisme sanitaire mondial.
Oui la littérature sert aussi à ça. A gravir une échelle de Jacob pour s’éloigner des contrôles perfides de ce monde ci.
Comment se détacher ? Par l’art. Par l’écriture et, toujours selon Ariel Denis, par, pour exemple :
« La composition d’un ouvrage pareille à la promenade : fluide et rigoureuse à la fois… Trop de liberté nous égare, trop de rigueur nous entrave… Il faut être plaisant au lecteur, comme un bon compagnon de voyage, agrémenter sa route et battre un peu la campagne, sans toutefois perdre son chemin ».

Les Bûcherons, Roy Jacobsen

Ecrit par Yann Suty , le Dimanche, 08 Mai 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Critiques, Pays nordiques, Roman, Gallimard

Les Bûcherons, Gallimard, 194 pages, 16,90 € . Ecrivain(s): Roy Jacobsen Edition: Gallimard

Finlande, Hiver 1939. Alors que les forces soviétiques envahissent le pays, la petite ville de Suomussalmi est évacuée. Ses habitants incendient leurs maisons pour qu’elles ne tombent pas aux mains de l’Armée Rouge. Seul Timmo Vatanen, considéré comme l’idiot du village, refuse de partir. « La plupart des gens de la région ont pitié de moi, quand ils ne sont pas agacés par mon apparence ».
Rapidement, il découvre qu’il n’est pas tout seul.
« Et puis, j’ai fait deux découvertes : premièrement, tous les êtres vivants n’avaient pas déserté la ville, il restait les chats, j’en ai vu certains de mes yeux, quant aux autres, j’ai vu seulement leurs traces, il y en avait toujours plus qui zébraient la neige, telle une farine d’un blanc étincelant saupoudrée sur toute cette noirceur ».
Bientôt, les Soviétiques arrivent et bouleversent la ville. « Une foule d’hommes qui courent, marchent, en camion, à cheval, des étrangers, des silhouettes en noir et leurs machines qui ont brisé le silence et rempli la ville d’odeurs et de bruits qui n’y ont jamais existé, des milliers de silhouettes étrangères qui ont toutes quelque chose de bizarre et d’incertain, comme si elles avaient émergé du sol et ne supportaient pas la lumière du jour ».

le Garçon qui voulait dormir, Aharon Appelfeld (2ème article)

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Mercredi, 04 Mai 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, L'Olivier (Seuil), Israël, Classiques

Le garçon qui voulait dormir, traduit de l’hébreu par V. Zenatti, Paris, 2011, 297 p., 21€. . Ecrivain(s): Aharon Appelfeld Edition: L'Olivier (Seuil)

Une traversée de l’Europe jusqu’en Israël qui amène Erwin, le garçon qui ne voulait pas dormir, à devenir Aharon ; qui transforme un réfugié en soldat paysan, pionnier d’un Etat en devenir ; qui transforme les rêves et l’irrépressible sommeil en une vocation d’écrivain.

Aharon Appelfeld évoque avec justesse le parcours de son narrateur adolescent, happé par les résurgences du passé et les racines familiales qu’il perd peu à peu au sein d’un nouveau pays, d’une nouvelle culture et surtout d’une nouvelle langue qui vient supplanter sa langue maternelle. Le monde du rêve prend le pas sur la réalité vécue, permettant au fil ténu du souvenir de perdurer.

« Cette nuit-là je ressentis une solitude infinie. Il me semblait que la rupture avec mes parents et avec leur langue, commencée pendant la guerre, était en passe d’être consommée. Par ma faute, j’en étais persuadé. Je n’avais fait aucun effort pour conserver la chaleur de leur langage. Une pensée me traversa l’esprit : Marc avait dû faire le même constat avant de mettre fin à ses jours. »