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Ecrits suivis

L’errance intérieure - Chapitre 2 : l’après-midi

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Vendredi, 12 Décembre 2014. , dans Ecrits suivis, Ecriture, Nouvelles, La Une CED

 

Si je travaillais, j’aurais vraisemblablement moins de temps libre pour m’ennuyer. Pourquoi ne travaillé-je pas ?! Qui en a décidé ainsi ? Je pourrais très bien être avocat, banquier ou cadre… Non, j’en doute, je n’en ai pas les compétences. Les recruteurs, ces monstres retors, exigeraient des diplômes que je ne possède pas. J’aurais pu les obtenir, en travaillant un minimum à l’école. Oui, si j’avais travaillé un peu et si j’avais fréquenté l’école, je les aurais sûrement obtenus. Comme tout le monde, ou presque. Et aujourd’hui, je serais banquier dans une grande banque. Ou même petite. Ou caissier dans une grande surface… ou sous-caissier dans une petite surface. Il est indécent de prétendre à d’excessives ambitions. Souvent les ambitieux finissent par gâcher leur vie, et celle des autres. Ou par mourir.

Je mangerai plus tard, je n’ai pas faim. Pourquoi devrais-je manger tous les jours à la même heure ?! C’est insensé ! Je suis libre d’attendre 15 heures pour manger, personne ne me le reprochera. Sauf si je sors et que je croise quelqu’un. Il ne faudrait surtout pas, dans ce cas, évoquer ce sujet. Il faudrait deviser d’autre chose. Mais de quoi ? Je n’ai rien en tête à ce moment précis. Probablement me viendra-t-il un sujet intéressant avant que je décide de sortir.

Le Jardin de derrière (4)

Ecrit par Ivanne Rialland , le Mercredi, 03 Décembre 2014. , dans Ecrits suivis, Ecriture, La Une CED

 

Où Georges rencontre le maire

 

De bon matin, ce lundi, Georges se rendait donc à la mairie pour y obtenir les autorisations nécessaires. Il avait eu, plus tôt encore, une conversation téléphonique avec sa femme. Hélène n’avait pas réussi à dissiper tout son enthousiasme.

– Enfin, Georges, avait-elle soupiré…

– Ça ne sera pas un gros chantier. Quelques semaines, à peine. Pierre m’aidera pendant les vacances.

– Et la maison, tu y penses ? Ton truc n’est quand même pas la priorité.

– J’y pense à la maison. Je ne pense qu’à ça : j’y vis, figure-toi. Et je n’ai rien d’autre à faire que ça, tout seul : penser à la maison.

L’errance intérieure - Chapitre 1 : le matin

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Mardi, 02 Décembre 2014. , dans Ecrits suivis, Ecriture, Nouvelles, La Une CED

 

Allez, Trico, lève-toi, un peu de courage ! Il en faut du courage pour affronter la vie. Et pour supporter mes congénères qui la peuplent. Quel mot curieux : congénère. On entend surtout la première syllabe.

Du courage ou… de l’insouciance, cette huile qui fait coulisser les rouages les plus résistants, cette disposition qui transforme en poussière la pointe de la flèche.

En considérant plus attentivement l’équation, il suffirait de répondre tout uniment aux questions que me posent mes chers congénères, de consentir à leurs désirs, en un mot, de ne pas les contrarier. C’est simple finalement. En théorie.

Quand on y réfléchit un peu plus, les inconnues se démultiplient : comment dire, par exemple, à un collègue, que ses considérations personnelles me rasent profondément ? Si j’ose le lui avouer, il se vexera inévitablement, s’offusquera, se carapatera dans une bouderie belliqueuse. A moins qu’il soit naïf ou irrémédiablement allègre, il le prendra pour lui et une dégradation marquée de nos relations en résultera immanquablement. Il pourrait même avoir l’indélicate faiblesse de ne plus m’adresser la parole.

Le Jardin de derrière (3)

Ecrit par Ivanne Rialland , le Jeudi, 27 Novembre 2014. , dans Ecrits suivis, Ecriture, La Une CED

 

Où Georges découvre ce qu’il y a sous la baignoire

 

Il poussa la baignoire sur le sol bétonné. Elle était bien plus légère qu’il n’y paraissait : du fer émaillé. La trappe faisait cinquante centimètres de côté. Elle était bordée d’acier. Une large poignée en acier brillait en son centre, au ras du béton. Georges l’agrippa, tira. La trappe était lourde, mais se souleva sans à-coups. Un bruit de mécanisme à ressort, un claquement puissant : la trappe resta dressée en l’air, exhibant une poignée identique de l’autre côté. Une odeur humide s’exhala par l’ouverture. Georges y mit la tête. Il distinguait une sorte de caveau, un cube en béton de peut-être deux mètres de côté, ou un peu moins. La lumière qui entrait par la porte laissait distinguer une ouverture arrondie, dans l’une des parois.

Le Jardin de derrière (2)

Ecrit par Ivanne Rialland , le Jeudi, 20 Novembre 2014. , dans Ecrits suivis, Ecriture, La Une CED

 

Où Georges rencontre les indigènes

 

Tôt le lendemain, par un joli temps de mai, Georges alla faire quelques courses chez Auchan. Le parking était à moitié vide, en ce dimanche matin. Devant les portes du magasin étaient exposées de lourdes tables de jardin, des auges de pierre et deux bétonneuses. La peinture un peu écaillée, avec des traces de rouille, elles semblaient avoir passé l’hiver là, sur ce parking, et leurs tréfonds retenaient peut-être un peu de neige mêlée aux feuilles de l’automne dernier. Georges médita devant elles. Il était tenté par le petit modèle. Ou une auge en plastique suffirait-elle, pour commencer ? À moins qu’il ne casse tout ce béton pour planter du gazon. Ce serait un gros chantier, et il ne savait pas trop comment s’y prendre. Il regarda autour de lui les hommes qui entraient et sortaient du magasin, remontaient dans leur voiture ou poussaient des caddies devant eux, en jogging ou en jean, leur pull à col camionneur aux manches relevées au-dessus du coude. Sauraient-ils le lui dire ?