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Ecrits suivis

52.dimanche (XXXII)

Ecrit par Didier Ayres , le Samedi, 05 Octobre 2013. , dans Ecrits suivis, Ecriture, La Une CED

 

la coupure

ce mot, coupure, est important à plusieurs titres, car il est synonyme de repentir, mais aussi d’interruption, ce qui lui donne une belle étendue

la coupure dont je veux parler est donc à prendre dans ce sens protéiforme, son épaisseur, à laquelle j’ajouterai si vous le permettez, l’interstice – que j’essaierai d’évoquer un autre jour

cette ouverture, cette petite cicatrice spirituelle est souvent à l’œuvre ici dans le programme de cette lettre, et mon intérêt aujourd’hui de vous en parler revient à activer l’exigence et le souci de l’écrivain pour cette sorte de fracture au milieu même de sa parole, qui conduit à soustraire et couper

il existe cependant des littératures réalistes, dont les motifs sont sujets à des enquêtes et des couches successives d’investigations

52.dimanche (XXXI)

Ecrit par Didier Ayres , le Samedi, 28 Septembre 2013. , dans Ecrits suivis, Ecriture, La Une CED

 

la capture et la fusion

voici quelques mots sur la procédure logique de l’activité de créer

car dire c’est chercher une idée ou une image là où on est susceptible de la trouver

pour ma part, je suis enclin à croire que les idées sont des sortes d’alouettes qu’il faut capturer un instant pour en décrire l’intérêt et dire leurs traits et leurs reliefs

c’est ainsi qu’on détoure un morceau de la réalité, comme le rouge de l’abat-jour à mes pieds ou le petit personnage blanc qui figure un guerrier chinois ; ces choses existent, évidemment, mais pas sans la capture, la saisie, ce en quoi la parole les décèle

ainsi écrire rend captives l’idée et l’image

52.dimanche (XXX)

Ecrit par Didier Ayres , le Samedi, 21 Septembre 2013. , dans Ecrits suivis, Ecriture, La Une CED

 

les mots et les choses

petite lettre encore, aujourd’hui, que j’écris dans les rais d’un soleil chaud et diffus, et dont le titre m’est venu hier grâce à une lecture qui traitait de l’écriture musicale

j’en viens donc à dire les mots et les choses

et cela implique plusieurs conséquences :

tout d’abord, une séparation entre l’énoncé et ce qui est énoncé, une forme de distance et d’appropriation du langage

puis, la recherche d’un équilibre entre l’écriture et le monde abstrait des choses, comme s’il s’agissait d’un gant, de l’invagination d’une idée

ou encore la quête de la chose écrite, laquelle perd en quelque sorte son statut de chose par sa métamorphose graphique, scripturale

52.dimanche (XXIX)

Ecrit par Didier Ayres , le Samedi, 14 Septembre 2013. , dans Ecrits suivis, Ecriture, La Une CED

 

intuition

pourquoi biffer cela plus qu’autre chose ?

personnellement, je crois que c’est une affaire de sensibilité, sentir soudain que ce mot est juste, que cette image est la bonne

en tous cas ce qui est facile à déterminer, c’est la froideur, la distance que l’on a par rapport à ce que l’on a écrit, et qui permet par exemple de comprendre un double sens non voulu, une image grotesque ou une euphonie malheureuse

c’est un rapport sensitif et intellectuel qui dirige, à mon sens, l’ensemble du phénomène de l’intuition

or la sensibilité est une affaire de goût et de culture, et l’on peut aimer le rossignol pour la noblesse de son chant, ou encore le merle pour sa nature fruste et cependant significative

52.dimanche (XXVIII)

Ecrit par Didier Ayres , le Samedi, 07 Septembre 2013. , dans Ecrits suivis, Ecriture, La Une CED

 

les ciels

la lumière du matin est encore claire, et les ciels qui font l’horizon de la rue, se superposent dans un camaïeu de gris et de blanc

je dis cela à dessein, car cette lumière matutinale est en quelque sorte la stricte expression de l’activité de l’écrivain, dans son travail de coupe et de retrait

je m’explique

ce ciel est un instant de grâce qu’il me faut différer, et qui ne prendra sa forme qu’avec la mise au net que j’opère à l’instant

nonobstant, il est possible de chercher l’épure, tout autant que la métaphysique, des ciels de John Ford par exemple, ou d’Anthony Mann, et cela dans le peu, dans le petit, dans le détail modeste, sans cependant pouvoir se défaire de l’écrasante expression de la figure du ciel et de ses phases