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Ecrits suivis

Le Jardin de derrière (7) - Où l’Association prend de l’importance. Les tunnels aussi

Ecrit par Ivanne Rialland , le Mercredi, 14 Janvier 2015. , dans Ecrits suivis, Ecriture, La Une CED

 

Le mercredi matin, Georges fit un saut chez le notaire à L’Isle-sur-Serein. L’ancien propriétaire l’avait déjà appelé, visiblement inquiété par son coup de fil. Le notaire était assez jeune et ne savait rien de cette histoire de buses. Il se demandait mollement si cela pouvait être considéré comme un vice caché, mais Georges le rassura : les buses, la salle de bain, tout lui allait très bien. Il ne demandait rien, n’attendait rien. Il avait juste trouvé cela curieux.

– En tout cas, maintenant, ce sont vos buses, avait conclu le notaire en le raccompagnant à la porte. Georges en éprouva une étrange allégresse.

Kevin et Julien arrivèrent avec la camionnette à 14 heures très précises, une fille avec eux, un peu plus jeune, l’air timide. Georges les envoya au grenier où il avait trié la veille ce qu’il voulait jeter et ce qui pouvait encore resservir. Les jeunes, en passant, lançaient des regards curieux sur le séjour, la cuisine, les travaux en cours. Refusant l’aide de Georges, ils gravissaient puis dévalaient d’un pas léger l’escalier de devant et l’échelle menant au grenier, chargés de vieux cartons, d’une chaise cassée, portant à deux une malle au fond rongé par la rouille.

L’errance intérieure - Chapitre 4 et fin : la nuit

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Vendredi, 09 Janvier 2015. , dans Ecrits suivis, Ecriture, La Une CED

 

C’est inouï, je suis tout bouillonnant. J’ai l’impression d’être une aspirine plongée dans un verre d’eau. Mon cœur bat à cent à l’heure. C’est passablement curieux pour quelqu’un qui est allongé dans son lit et ne produit aucun effort. Pourquoi ne parviens-je donc pas à dormir ?!

Et cet air qui est saturé, brumeux, partout ! Sans cet air omniprésent, je dormirais déjà, à n’en pas douter.

Peut-être ai-je bu trop de café. Mais qu’aurais-je fait si je n’avais pas bu autant de café. Je me serais ennuyé à coup sûr. J’aurais perdu ma contenance, lézardé mon charisme et n’aurais pas osé sortir pour le coup.

Certes, je ne suis pas sorti… Quelles en sont les raisons légitimes, à votre avis ?

Inutile d’attendre une réponse, tout le monde doit dormir à cette heure-là. Ou alors, ils m’évitent… Gougnafiers, va !

Le Jardin de derrière (6) - Où Georges passe un coup de fil

Ecrit par Ivanne Rialland , le Vendredi, 09 Janvier 2015. , dans Ecrits suivis, Ecriture, La Une CED

 

Une demi-heure plus tard, les mollets râpés par la pierre et le nez rouge vif, il se leva pour regagner l’intérieur, dont la fraîcheur soudaine, poignante, le saisit et le secoua d’un tremblement brutal. Le bas de son pantalon retomba sur ses chevilles. Il considéra la cuisine, un moment songeur, mit des bâches sur le sol et gratta la peinture avec application. Au milieu de l’après-midi, il passa au couloir, puis s’interrompit brusquement pour se lancer dans un grand ménage, traînant un sac poubelle à sa suite. Il ouvrit tous les meubles laissés par l’ancien propriétaire, inspecta les placards, fouilla les tiroirs du vaisselier et de l’armoire à glace, inspecta le vieux sofa. La récolte fut maigre : un magazine oublié par sa femme ou sa fille, un jeu de cartes, des enveloppes jaunies mais vierges, un sachet de lavande tombée en poussière. Dans le sofa, sous les coussins, enfoncé profondément entre l’accoudoir de gauche et le dossier, il trouva finalement un soldat de plomb. La découverte lui parut prometteuse. Il regarda la peinture écaillée de la figurine, les minuscules giclures autour des détails les plus fins. Le soldat avait été peint à la main, par un enfant probablement, un débutant en tout cas. Il le retourna en tous sens, cherchant une marque, une trace, il ne savait quoi.

L’errance intérieure - Chapitre 3 : la soirée

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Mercredi, 17 Décembre 2014. , dans Ecrits suivis, Ecriture, La Une CED

 

Je n’aurais pas dû manger si tard cet après-midi, je ne ressens pas la faim ce soir. Mais c’était manger ou sortir, il me fallait choisir, je ne pouvais pas rester sans agir, je ne supporte pas de dériver comme un vulgaire débris dans un intervalle vague et indéterminé.

Désormais, il fait déjà nuit, je ne peux plus sortir. J’aurais dû sortir plus tôt, ça m’aurait évité de réfléchir tout l’après-midi au moment propice pour sortir.

Pourvu que personne ne m’appelle pour sortir ce soir.

Qui donc pourrait m’appeler ? A part une erreur, je ne vois pas, je n’ai ni famille ni amis ni collègues. Et puis, j’ai coupé le téléphone, donc si un ami, un collègue ou un parent dont j’ignore l’existence souhaite m’appeler, je ne commettrais pas la maladresse de décrocher vu qu’aucune sonnerie ne m’aura signalé l’appel. Par voie de conséquence, cette personne, étrangère à toute réalité vraisemblable, n’aura pas le loisir de m’inviter à boire un verre ou de m’infliger une quelconque récrimination eu égard à mes horaires de fonctionnement. Ce fait n’ouvrant aucune contestation, je n’ai guère besoin d’approfondir tous les tenants de cette question.

Le Jardin de derrière (5) - Où la voisine tombe de l’échelle

Ecrit par Ivanne Rialland , le Samedi, 13 Décembre 2014. , dans Ecrits suivis, Ecriture, La Une CED

 

Le mardi, Georges fut brusquement tiré de son sommeil par un grand bruit, suivi d’un cri étouffé. Il se passa la main sur le visage, jeta un coup d’œil au réveil et ouvrit les volets. Ce mardi, à 6h32 du matin, une femme gisait les quatre fers en l’air, dans la plate-bande du jardin de derrière. Ses jambes nues s’agitaient faiblement tandis qu’elle tâchait de se dépêtrer de l’arbuste qu’elle avait écrasé sous son poids. Georges, arrêté un bref instant par la vision, sortit précipitamment en caleçon et tee-shirt, les cheveux tout hérissés, s’écorchant les pieds nus sur le béton râpeux.

La femme était déjà débout, se frottant énergiquement l’arrière-train, l’air furieux.

– Vous pourriez au moins vous vêtir décemment, non ?

Georges, stoppé net dans son élan, hésita, manqua d’aller chercher un peignoir, se retourna, et puis non, quand même, c’était trop fort, il se remit en marche avant. La femme avait déjà appuyé l’échelle contre le mur et commençait à grimper, sa robe se gonflant dans le vent du matin.