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Cette semaine

La tourbe et les larmes, John Quigley (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 17 Septembre 2026. , dans Cette semaine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Iles britanniques, Roman, En Vitrine, L'Arbre Vengeur

La tourbe et les larmes (To Remember with Tears), John Quigley. Traduit de l’anglais par Paul Mousset, éditions L’Arbre Vengeur mars 2026. 328 P. 21 € Edition: L'Arbre Vengeur

 

Écrivain rare, John Quigley, dont le titre traité ici est le premier traduit en français, nous offre un ouvrage âpre (et drôle), violent (et tendre), désespéré (et furieusement plein d’espoir) fou (et fou).

Cette île perdue au large de l’Écosse porte sur ses terres noyées de tourbe gluante quelques familles de malheureux pour lesquels survivre est une aventure quotidienne.

Perdu parmi les perdus, Cruachan Campbell, droit sorti de l’enfer d’une terre impossible et d’une misère plus noire que la nuit. Cinglé, velléitaire et paresseux, dévoré par l’idiotie, la superstition, happé par des espoirs et des projets plus absurdes les uns que les autres, il erre, hagard, au sein d’une famille dont les membres, Flora et les filles, ne valent guère mieux que lui – sauf peut-être ce jeune fils qui a fichu le camp sur le continent avec la montre du grand-père à vendre et qui ne reviendra jamais. Mais jamais n’a pas de sens pour Cruachan, il ne sait pas le temps et plus d’un an après le départ de Roddy il pense que son fils est parti depuis huit jours et qu’il reviendra aujourd’hui, ou demain peut-être.

L’hébétude parfaite de Cruachan n’empêche pas une succession d’espoirs voués tous à l’échec. Par la volonté du ciel. Ou par l’absence de volonté de Cruachan. Mais demain, demain …

Les Abysses, Rivers Solomon (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Jeudi, 17 Septembre 2026. , dans Cette semaine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, J'ai lu (Flammarion)

Les Abysses, Rivers Solomon, traduit de l’anglais par François Guévremont, J’Ai Lu, août 2021, 224 pages, 8,20 € Edition: J'ai lu (Flammarion)

 

« – Ne me suis pas, Étrange-Poisson. Ma sauveuse. Nous devons retrouver nos places.

– C’est quoi, notre place ? demandons-nous.

– C’est là où il n’y a pas de solitude. »

Ouvrons sur la généalogie d’une mythologie : c’est le duo de musique électronique Drexciya, originaire de Detroit, qui en crée la première version, celle où des humains passeraient directement du liquide dans lequel ils ont grandi neuf mois à l’océan, et pourraient donc respirer sous l’eau. Sur une musique héritière des grandes et sombres heures de la première techno, quelques mots pour faire danser le concept. Ensuite, c’est le trio de Los Angeles clipping. qui s’empare du concept pour le faire évoluer vers une narration plus ample, normal pour ce groupe qui a été nominé en 2017 aux Hugo pour un album concept de science-fiction, Splendor & Misery, et ça donne une chanson hip-hop renversante, The Deep, elle aussi nominée l’année suivante. Et Rivers Solomon, deux ans plus tard, s’inspire de cette chanson, et par le principe du téléphone arabe, en déforme la mythologie et lui donne un nouveau sens, lié à une histoire qui devient l’Histoire.

Bruges-la-Morte, Georges Rodenbach (par François Baillon)

Ecrit par François Baillon , le Mercredi, 16 Septembre 2026. , dans Cette semaine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, En Vitrine

Bruges-la-Morte, Georges Rodenbach Espace Nord – Octobre 2016 Postface : Christian Berg 208 pages – 8,50 € . Ecrivain(s): Georges Rodenbach

 

Dans cette édition du célèbre Bruges-la-Morte de Georges Rodenbach, figurent les photographies qui avaient déjà fait toute la singularité de l’édition originale (1892). Du reste, le vœu du romancier était clairement formulé dans son « avertissement » : « nous avons voulu (…) évoquer une Ville, la Ville comme un personnage essentiel, associé aux états d’âme, qui conseille, dissuade, détermine à agir. (…) il importe, puisque ces décors de Bruges collaborent aux péripéties, de les reproduire également ici, intercalés entre les pages… » (p. 7) Outre l’intérêt que représente la reproduction des photographies, l’œuvre est suivie d’une étude détaillée de Christian Berg, revenant notamment sur les motivations des artistes symbolistes et sur la façon dont Bruges-la-Morte, avec son aspect marginal, s’y inscrit. Une ultime annexe nous permettra de découvrir ou redécouvrir plusieurs poèmes et extraits d’œuvres littéraires, évoquant Bruges et d’autres « villes mortes » telles que Venise ou Gand – une occasion de se replonger dans les styles de ces écrivains incomparables que sont Wordsworth, Verhaeren, Mallarmé, Zweig, Mann, Yourcenar…

Couple, Miguel Coelho (par Luc-André Sagne)

Ecrit par Luc-André Sagne , le Mercredi, 16 Septembre 2026. , dans Cette semaine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie

Miguel Coelho, Couple, éditions Le Feu humain, 2025, 44 p. 10 euros


On pense habituellement qu’un couple se forme par amour et qu’il suffit d’évoquer le premier pour que le second soit présumé. Mais, à y regarder de plus près, ce n’est pas aussi simple. Leur relation, qui semble si évidente, n’a en fait rien de clair. C’est que l’amour est parfois fulgurant, sans lendemain, quand le couple, lui, s’inscrirait plutôt dans la durée. Et que d’autres considérations que le seul sentiment amoureux entrent en jeu. Apparaissant davantage ancré dans les réalités du quotidien, plus concret, le couple est vu comme une extériorisation de l’amour, lui conférant visibilité et reconnaissance sans que soient évités pour autant les conflits qui le traversent, voire les ruptures.

C’est à lui que Miguel Coelho consacre son dernier recueil, intitulé précisément « Couple », au singulier pour en marquer le sens général. Publié aux éditions associatives du Feu humain consacrées à la poésie contemporaine, « Couple » tranche par le style, le ton, la manière d’aller tout de suite à l’essentiel. Dès le premier poème tout est dit ou presque, dans une grande économie de moyens, par quelques mots posés sur la page blanche, d’un vêtement laissé à l’abandon, d’un regard et de ce qu’il crée, et se termine comme un couperet : « sur la chaise une robe / et dans l’œil la silhouette / un fond / le froid ».

Scènes de ma vie, Franz Michael Felder (par Claire Fourier)

Ecrit par Claire Fourier , le Mardi, 15 Septembre 2026. , dans Cette semaine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Récits, En Vitrine, Verdier

Scènes de ma vie, Franz Michael Felder, Publié par Jean-Yves Masson, aux Ed. Verdier Traduit de l’allemand par Olivier Le Lay Préface de Peter Handke, postface de Jean-Yves Masson 310 p., 22 euros Edition: Verdier

 

Vous êtes un peu ou beaucoup triste ? Vous ressentez le besoin d’un coup de fouet ? Trop de lectures vous divertissent sans vous apporter ce que vous en attendez pour mieux vivre, et vous rangez les ouvrages en vous demandant pourquoi vous avez lu cela ?

Alors voici un livre (dont je m’en veux d’avoir tardé à le découvrir) qui nous remet les yeux en face des trous et nous donne une leçon pour développer des ressources dans l’adversité. Un livre qui va profond et nous aide à surnager dans un océan de déconvenues, un livre tonique qui se fonde sur ce qui manque à notre bien-être : la sagesse antique, la connaissance des racines et la reconnaissance envers ces racines.

Né en 1839, non loin du lac de Constance, Franz Michael Felder est d’une lignée de paysans autrichiens. Il est destiné à reprendre le flambeau de ses aïeux en vue de faire vivre une famille pauvre. Sa vie d’enfant se passe dans les allées et venues entre le village dans la vallée et l’alpage où il garde les vaches dont le lait et le fromage assurent les ressources de la famille, ainsi que le métier de tisserand pratiqué en hiver. Son père meurt. On meurt jeune dans ces villages isolés, faute de soins quand on tombe malade. C’est mal soigné du reste que Franz, très jeune, a perdu un œil.