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Super triste histoire d'amour (Super Sad True Love Story), Gary Shteyngart (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mardi, 24 Avril 2012. , dans USA, Les Livres, Recensions, Science-fiction, La Une Livres, Roman, L'Olivier (Seuil)

Super triste histoire d’amour (Super sad true love story. Trad. de Stéphane Roques) Mars 2012. 408 p. 24 € . Ecrivain(s): Gary Shteyngart Edition: L'Olivier (Seuil)

 

Une dystopie. Il fut un temps, naguère, où on disait « anticipation » et dans le cas de ce roman le terme est tellement plus juste. Anticipation, à peine … Et la puissance tellurique de ce livre c’est ça : l’à-peine décalage dans le temps. Oui, c’est de la fiction, mais une fiction tellement ancrée dans les fondements aveuglants du présent, qu’elle en extrait la quintessence. A la manière d’une fable philosophique, ce roman d’anticipation dresse un tableau saisissant de ce qui nous attend ou, plus exactement, de ce qui nous arrive.

Lenny Abramov, Juif américain presque quadra est tombé amoureux, lors d’une année sabbatique à Rome en l’An … , d’une très jeune coréenne, Eunice Park. Lui qui travaille pour  « les services post-humains » de la Staatling-Wapachung, entreprise US qui a pour objet la production de … l’immortalité, rien moins. Belle injection de jouvence que cette fille, menue, drôle et prototype tonique de son temps.

Baby Leg, Brian Evenson

Ecrit par Yann Suty , le Mercredi, 28 Mars 2012. , dans USA, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Le Cherche-Midi

Baby Leg (Baby Leg), traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Héloïse Esquié, 2012, 100 p.12,80 € . Ecrivain(s): Brian Evenson Edition: Le Cherche-Midi

 

Un mutilé dans un livre de Brian Evenson ? Voilà un programme réjouissant en perspective pour ceux qui ont lu et apprécié l’un des précédents livres de l’auteur, La confrérie des mutilés.

Kraus se réveille dans une cabane, amputé d’une main. Il est amnésique, il n’a aucune idée de comment il s’est retrouvé là. Nuit après nuit, il fait un même rêve, celui d’une femme qui a une jambe normale et une jambe de bébé, et qui se promène avec une hache. Cette femme s’appelle « Baby Leg ».

Kraus a peur de s’éloigner de la cabane car il soupçonne qu’« ils » attendent patiemment qu’il sorte pour mieux lui tomber dessus. Mais il faudra bien qu’il se décide, et rapidement, car ses réserves de nourriture s’amenuisent…

Il arrive dans une ville voisine où il découvre le portrait d’un individu recherché qui lui ressemble plus qu’étrangement, sur la façade d’une épicerie. La vendeuse a un comportement suspect. Une bagarre éclate. Bientôt, Kraus se retrouve poursuivi par des hommes travaillant pour le compte d’un certain docteur Varner…

Siam, Lily Tuck

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Dimanche, 25 Mars 2012. , dans USA, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Editions Jacqueline Chambon

Siam. Février 2012. Trad. USA Frédéric Joly. 222 p. 21 € . Ecrivain(s): Lily Tuck Edition: Editions Jacqueline Chambon

 

Voyage littéraire inhabituel mais assurément « Siam » est un voyage.

Lointain. Exotique. Dans une Asie du Sud-Est à peine post-coloniale, encore pleine des parfums des bungalows chics des occidentaux, des thés parfumés et des domestiques indigènes obséquieux. C’est Bangkok, en 1967, vrombissant déjà des envols lourds de menaces des bombardiers américains en mission vers le Vietnam du nord.

Comme un présage de la période noire qui s ‘ouvre, le livre commence par le départ de Claire vers la Thaïlande :

« Claire et James s’envolèrent de Boston pour Bangkok le jour de leur mariage. Vol de nuit qui dura presque vingt-quatre heures ; l’avion volant vers l’ouest ne rattrapa jamais le soleil. Il fit nuit tout le temps du voyage. »

Et pourtant, ce qui attend Claire, jeune femme fragile et émotive, c’est un vrai voyage : la découverte fascinante, obsédante, d’un pays qui la submerge de son étrangeté, de ses règles de comportement, de cette langue Thaïe qui s’apparente à des exercices de vocalises :

« Mai, mai, mai, mai – non, nouveau, brûle, bois »

Une odyssée américaine, Jim Harrison

Ecrit par Lionel Bedin , le Jeudi, 22 Mars 2012. , dans USA, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, J'ai lu (Flammarion)

Une odyssée américaine, (titre original The English major), traduit de l’américain par Brice Matthieussent, 2010 283 p. 6,70 € . Ecrivain(s): Jim Harrison Edition: J'ai lu (Flammarion)

Au début Une odyssée américaine de Jim Harrison commence comme un roman de gare : un banal divorce dans le Michigan. Cliff et Vivian se séparent au motif qu’ils ne se comprennent plus. Il est passé de professeur de littérature à paysan, elle vend maintenant des appartements de luxe à une clientèle fortunée. Séparation. Que faire ? Le déclic : la mort de la chienne, et un puzzle « datant de mon enfance. Il y avait quarante huit pièces, une pour chaque État, toutes de couleurs différentes. La boite contenait aussi des informations sur l’oiseau et la fleur associée à chaque État ».

Du passé faisons table rase. Kerouac, Thoreau et Emerson dans la tête, des souvenirs cuisants, un puzzle des États-Unis… l’idée de « partir » s’impose. Tenter d’y voir clair ? « Impossible. Tu essaies d’entamer une vie nouvelle à soixante ans, c’est tout aussi impossible. La seule chose que tu peux faire, c’est des variations sur le thème habituel. Tu es un raton laveur acculé par les chiens de meute de la vie ». Que faire contre le poids du passé, des habitudes, des phrases du père qui résonnent encore, de ce frère mort… Au moins, prendre une décision. Peut-être cesser de se demander pourquoi les gens se séparent, pourquoi les grandes et bonnes intentions de la vie de couple finissent par s’effilocher. Cesser de croire aux grands choses, aux grands desseins, au destin. « Peut-être que la vie se réduit à une succession de mesures temporaires ». Peut-être que « le monde est un lieu instable, mon esprit aussi ».

Le Diable, tout le temps, Donald Ray Pollock

Ecrit par Yann Suty , le Mercredi, 14 Mars 2012. , dans USA, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Albin Michel

Le Diable, tout le temps (The Devil All The Time), 1er mars 2012, traduit de l’américain par Christophe Mercier, 376 p., 22 € . Ecrivain(s): Donald Ray Pollock Edition: Albin Michel

Le Diable, tout le temps est un livre « White Trash ». Terme qui désigne les laissés pour compte blancs des Etats-Unis, vivant dans des endroits miteux et qui essayent de joindre les deux bouts comme ils peuvent. Petits boulots, combines. Le cadre est sale et hostile, on boit, on se drogue, on se lave peu, très peu. Souvent, le seul moyen de s’arracher à sa condition est la violence.

Violent le livre l’est, assurément, et cette violence est d’autant plus palpable qu’elle est rendue par le style sec de l’auteur. Donald Ray Pollock ne se livre pas à de grandes envolées lyriques, de métaphores, de descriptions paysagères à la manière de Cormac McCarthy dont l’univers pourrait être proche (on pense à certains de ses livres comme Suttree ou Un enfant du bon dieu). Le ton est direct, froid, presque clinique. La phrase n’est jamais longue, ne s’envole pas, mais c’est pour mieux prendre à la gorge et ne plus resserrer son étreinte.

De la fin de la seconde guerre mondiale aux années 60, Le Diable, tout le temps met en scène plusieurs personnages, de l’Ohio à la Virginie Occidentale. Il y a Willard Russel, vétéran de l’enfer du Pacifique qui revient du pays hanté par des visions d’horreur. Son fils, Arvin, désemparé par le comportement de son père quand sa mère tombe malade. Carl et Sandy, un couple qui écume les routes à la recherche d’auto-stoppeurs qu’ils tueront après de sordides séances photos.