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Roman

Charly 9, Jean Teulé

Ecrit par Didier Bazy , le Mercredi, 27 Avril 2011. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Julliard

Charly 9 de Jean Teulé 2011, 232 p. 19 €. . Ecrivain(s): Jean Teulé Edition: Julliard

Poisson d'avril ! Il y a au moins une raison de se délecter avec Charly 9. Au milieu du livre, on saura pourquoi les facétieux accrochent des poissons dans le dos le 1er Avril. Cela remonte aux lendemains de la Saint-Barthélémy.

Le chapitre 2 du livre est très court :


-2-

Dimanche 24 Août 1572

(Saint-Barthélémy)


Bien sûr, mille autres motifs de plaisirs éclabousseront les lectures. Bonheur des mots, d'époque et d'aujourd'hui, savants et crus, et inversement. Jubilation détendue à chaque ligne. Étonnements et suspensions. Voilà un livre gai. On respire. On sourit. On oublie.

Mauvais genre, Naomi Alderman

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Dimanche, 24 Avril 2011. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Iles britanniques, L'Olivier (Seuil)

Mauvais genre. Traduit de l’anglais par Hélène Papot. 380 p. 22 € . Ecrivain(s): Naomi Alderman Edition: L'Olivier (Seuil)

C’est rare un livre qui commence par la chute. Enfin je veux dire « une » chute mais elle pèse tant tout au long de cette histoire ! James Stieff vient d’être admis à Oxford, rêve qui dort dans le giron de tout jeune anglais issu de la middle class. Il court, dans le plaisir de l’air glacé et d’un corps parfait, élastique, qui le porte comme un ressort. Il court, au devant d’une vie brillante qui l’attend sûrement. Son pied pose sur une plaque de verglas et il tombe. Lourdement. Tendons et ligaments craquent. La douleur s’abat sur lui. Elle ne le lâchera plus. La douleur physique bien sûr, qui reviendra, nauséeuse, tout au long des années Oxford et au-delà, mais, en même temps, s’annoncent toutes les autres douleurs qui vont s’accumuler jusqu’à l’horreur pendant les temps qui s’ouvrent ce jour-là.

Tout dans ce roman semble évoquer la traditionnelle histoire de la jeunesse dorée d’Oxford : la maison de Mark, l’ami immensément riche, dans laquelle toute une bande de garçons et filles va vivre pendant les trois années d’étude. Fêtes, délires, dérives, rêves, cynisme de la jeunesse. On croit un moment que nous sommes devant une histoire classique, très british, presque déjà connue. Mais quelle erreur !

Le musée de l'innocence, Orhan Pamuk

Ecrit par Yann Suty , le Dimanche, 24 Avril 2011. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Bassin méditerranéen, Gallimard

Le musée de l’innocence, 674 pages, 25 € . Ecrivain(s): Orhan Pamuk Edition: Gallimard

Qu’est-ce qui fait un grand livre ? Une histoire originale et savamment construite ? Des personnages remarquablement campés auxquels on s’identifie ? Un style qui vous emporte ? Une force qui vous pousse à tourner les pages les unes après les autres, qui ne fait jamais relâcher votre attention, même à une heure avancée de la nuit ? De l’émotion ? Du suspense ? Des interrogations qui poussent le lecteur à remettre en question ses façons d’être et d’agir ? Une fin à la hauteur de tout ce qui précède ?
Tous les ingrédients sont réunis dans le dernier livre d’Orhan Pamuk, Le musée de l’innocence et l’auteur les utilise à merveille. Après Istanbul et D’autres couleurs, il revient (enfin !) au roman avec Le musée de l’innocence, pour la première fois depuis son Prix Nobel de 2006.
Au début du livre, Kemal se souvient du moment le plus heureux de sa vie. C’était quand il embrassait l’épaule de Füsun. Il avait 30 ans, elle en avait 18. Quelques jours plus tard, Kemal devait se fiancer avec Sibel, une femme que tout le monde trouvait parfaite pour lui. Lui aussi était d’accord avec cette idée. Il savait qu’il se sentirait bien aux côtés de Sibel tout sa vie durant.

Un secret de rue, Fariba Vafi

Ecrit par Laetitia Nanquette , le Dimanche, 24 Avril 2011. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Biographie, Zulma

Un secret de rue, traduit du persan par Christophe Balaÿ, 2011, 218 p. 18 € . Ecrivain(s): Fariba Vafi Edition: Zulma

 

Homeyra assiste indifférente à l’agonie de son père à l’hôpital. A ses côtés, elle se remémore son enfance à Téhéran et dresse le portrait d’un quartier populaire où des familles se détruisent lentement. Tandis qu’Homeyra est effacée et recherche l’amour de sa mère, son amie Azar se joue des recommandations des adultes et refuse de se soumettre à la loi masculine. « Elle riait aux éclats, avec moins de cervelle qu’une linotte. Elle aimait écouter les élucubrations de son père, ne se préoccupant pas du fait qu’il fût opiomane. De sa mère, elle ne voulait qu’un peu d’argent pour s’acheter des pâtes de fruit qu’elle dévorait sans même les mâcher. Elle ne semblait pas se soucier du fait que sa mère vieillissait à la peine devant le four du boulanger. Elle se souciait du monde comme d’une guigne ». A trop peu s’en soucier, elle en périra.
Fariba Vafi nous dépeint avec pudeur la loi patriarcale et la tristesse voilée des femmes dans cette rue où rien n’est un secret et où l’on vit avec les voisins comme au sein d’une famille élargie. De ces histoires imbriquées, émerge une touchante poésie de la douleur.

Le Polygame solitaire, Brady Udall

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Jeudi, 21 Avril 2011. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Albin Michel

Le Polygame solitaire, mars 2011, 738 p., 24€ . Ecrivain(s): Brady Udall Edition: Albin Michel

Le Polygame solitaire est sans doute l’un des meilleurs romans de ce début d’année. Son humour est détonant. Son propos associe récit d’aventures et peinture d’une certaine vie de famille en un cocktail incongru et diablement réussi. Le tour de force de ce roman fleuve, rocambolesque et pathétique à la fois, est de ne jamais tomber dans une caricature facile. On ne trouvera pas ici les clichés attendus autour des mormons et autres « polyg ». Certes, le personnage principal, Golden Richards, « apôtre de Dieu », est bel et bien un polygame de 40 ans, marié à quatre sœurs-épouses et père de 28 enfants. Il est même pressenti pour être Le Puissant et Fort, summum de la consécration dans l’Eglise-de-Jésus-Christ-des-Saints-des-Derniers-Jours.

Or, qu’arrive-t-il lorsqu’un tel homme, fort de son attitude exemplaire et du soutien de sa communauté se voit confier la construction d’un nouveau bordel, voisin du non moins réputé Pussycat Manor et que de surcroît, il trouve le moyen de tomber amoureux d’une sensuelle inconnue, en réalité femme légitime du patron du bordel susnommé, homme fort susceptible ; et se retrouve alors pourchassé par des hommes de main patibulaires et une cohorte d’épouses méfiantes ? On attend un vaudeville, Brady Udall déclenche un cataclysme, un vrai, de ceux qui entraînent une remise en question complète.