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Roman

Un voyage humain, Marc Pautrel

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Dimanche, 29 Mai 2011. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Gallimard

Un voyage humain, 2011. 75 p. 11 € . Ecrivain(s): Marc Pautrel Edition: Gallimard


« Il fait très froid mais le ciel est magnifique, bleu acier avec un soleil éblouissant et venté, un grand souffle lumineux qui balaie les hauteurs de la ville. Il ne lui reste plus qu'à attendre deux jours, que je reçoive la carte, que je l'appelle, que je réponde, oui ou non, elle pense que oui, elle n'est pas sûre. »

Ce sera oui, oui exprimé avec force. Oui face à quoi ? Face au désir d’enfant. Un oui ébloui. Par ce oui commun à ce couple est exprimé le désir conjoint d’avoir un enfant, désir d’un voyage à deux vers la paternité et la maternité, voyage qui ne sera pas exempt d’embuches, bien au contraire, voyage qui est bien, par excellence, le « voyage humain », que Marc Pautrel nous dépeint avec des phrases qui ont toujours une façon de nous surprendre, l’auteur s’attachant à faire en sorte que soit toujours rompu l’équilibre rythmique, afin que se crée, à la lecture, une petite musique qui soit à même de nous dire quelque chose des désirs, des angoisses, des attentes du narrateur, bien davantage encore que ne le font les évocations psychologiques que nous donne l’auteur.

Ce monde cruel, Richard Lange

Ecrit par Yann Suty , le Dimanche, 22 Mai 2011. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Albin Michel

Ce monde cruel, 352 pages, 23 € . Ecrivain(s): Richard Lange Edition: Albin Michel

Ce monde cruel. Le titre est un peu bateau, rappelle bien d’autres livres, films ou téléfilms. Ça promet le roman à thèse, forcément, où l’on apprendra au final pourquoi le monde est cruel. Mais nous ne le savions pas déjà un peu, non ?

Jimmy Boone est un ex-détenu en liberté conditionnelle. Ancien marine et garde du corps, il a passé près de cinq ans à prison. Devenu barman au Tick Tock, il doit se tenir à carreaux, éviter les ennuis, sinon c’est retour à la case prison.

Un jour, il accompagne Robo, l’homme de la sécurité du Tick Tock, à un rendez-vous. Il doit faire semblant d’être policier. Et Jimmy qui s’était promis de rester sage sait qu’il a déjà mis les pieds dans un engrenage fatal, forcément fatal.

Ils rendent visite au grand-père d’un sans-papier guatémaltèque retrouvé mort dans un bus, le corps criblé de morsures de chiens infectées. Le grand-père veut juste savoir comment est mort son petit-fils. Juste connaître les circonstances du drame. Il ne s’agit même pas de retrouver un ou des coupables.

Et Boone se retrouve propulsé dans une enquête où il croisera des dealers peu habiles, des organisateurs de combats de chiens, une strip-teaseuses vengeresse ou une ex-policière à la beauté troublante.

Granny Webster, Caroline Blackwood

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Dimanche, 22 Mai 2011. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Iles britanniques, Christian Bourgois

Granny Webster, traduit de l’anglais par Michel Marny, 2011, 136 p. 15€ . Ecrivain(s): Caroline Blackwood Edition: Christian Bourgois

Granny Webster nous offre des chroniques familiales de choix, à la fois effrayantes et drolatiques, pour une part autobiographiques. La narratrice adolescente y dépeint les figures d’exception de sa famille aristocratique décadente à partir de sa rencontre avec son étrange aïeule, explorant plusieurs époques. Inquiétante hérédité qui, d’une génération à l’autre, déploie une inventivité des plus cruelles.
Le récit est dominé par deux demeures hors d’âge, habitées par des êtres excentriques. A Hove – et sur le roman tout entier –, règne dans un silence jamais rompu, la terrible arrière-grand-mère Webster « à la douceur de teck », dressée sur son légendaire siège de bois victorien, houspillant une domestique arthritique et borgne. Le lecteur parvient à « humer l’acidité du déplaisir que lui causait toute chose passée, présente, future ». Depuis son séjour isolé, elle garde la main mise sur les affaires de la famille et signera sans ciller l’internement à vie de sa propre fille. Même lors de son propre enterrement, elle semble poursuivre son influence néfaste et mener son monde à la baguette. « Je n’avais jamais eu envie de mener le deuil d’une femme que ne pouvait pas pleurer. […] Même morte elle semblait me tyranniser avec ses souhaits égoïstes ; de nouveau elle m’obligeait à faire quelque chose de sinistre, ennuyeux et déplaisant ».

La grande maison, Nicole Krauss

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Dimanche, 22 Mai 2011. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, L'Olivier (Seuil)

La grande maison. Traduit de l'anglais (USA) par Paule Guivarch. 334 p 22 € . Ecrivain(s): Nicole Krauss Edition: L'Olivier (Seuil)


« La Grande Maison », on ne l’apprend qu’au dernier chapitre, c’est le grand Temple disparu de Jerusalem. C’est la « maison » purement immatérielle que fabriquent les bribes de mémoire millénaire des juifs du monde.

Titre énigmatique pour un livre qui l’est de bout en bout. Au rugby, on dirait qu’il alterne les temps forts et les temps faibles. Nicole Krauss a fait le choix de bâtir son roman dans une architecture complexe et très apparente : la première partie, il y en a huit, s’intitule « L’audience est ouverte », la cinquième aussi. Le titre de la  deuxième partie « Trous de nage » se retrouve à la septième. Et ainsi de suite. Seules la partie centrale, la plus longue « Mensonges d’enfants » et la dernière, la plus courte, « Weisz » sont uniques dans leur intitulé. On voit le projet : construire une trame délocalisée (New-York, Londres, Jerusalem …), des héros multiples et peu à peu mener aux liens qui font sens d’ensemble. On pense irrésistiblement aux films d’Iñarritu, « Amours chiennes », « 21 grammes » et « Babel », construits sur le même schéma.

Le dernier stade de la soif, Frederick Exley

Ecrit par Frédéric Saenen , le Dimanche, 15 Mai 2011. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Monsieur Toussaint Louverture

Le Dernier stade de la soif, Préface de Nick Hornby, 446 p., 23,50 € . Ecrivain(s): Frederick Exley Edition: Monsieur Toussaint Louverture

Par le soin qu’ils apportent à leur travail, certains amoureux du livre ébranlent le préjugé si commun qui consiste à ne voir en l’éditeur qu’un illettré doublé d’un mercanti « vendeur de papier ». Monsieur Toussaint Louverture fait partie de cette noble coterie. Le dernier titre inscrit à son catalogue, déjà riche, offre à tous points de vue un incomparable bonheur de lecture.
Il y a l’objet d’abord, que l’on est surpris de dénicher dans une FNAC, isolé en marge des tables débordantes de jaquettes tapageuses et aguicheuses ; isolé, mais enfin, présent. C’est ce qui s’appelle une trouvaille. La couverture est d’un sobre carton gris foulé, dans lequel les caractères typographiques s’enfoncent de quelques microns, donnant à l’ensemble un troublant effet de relief. Et que dire de ce stupéfiant portrait, composé par la mosaïque des lettres d’un nom énigmatique, comme ressassé à l’envi par la figure contrariée que sa répétition maniaque dessine ?
En dernière page, un achevé d’imprimer, qu’on serait tenté de rebaptiser « colophon » au vu de sa sophistication déférente, nous apprend que « l’ouvrage ne mesure que 140 mm de largeur sur 195 mm de hauteur, et son dos, 23 mm ». « Néanmoins, il est immense » s’empresse d’ajouter son maître d’œuvre. Et il n’est que d’aborder la première page pour volontiers le croire sur parole…