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Ta mort sera la mienne, Fabrice Colin

Ecrit par Yann Suty 08.04.13 dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Polars, Sonatine

Ta mort sera la mienne, mars 2013, 350 pages, 20 €

Ecrivain(s): Fabrice Colin Edition: Sonatine

Ta mort sera la mienne, Fabrice Colin

 

 

La logique d’un massacre. Ta mort sera la mienne met tout de suite les nerfs de son lecteur à rude épreuve. Un homme, habillé d’une combinaison de cuir, le visage dissimulé par un casque de moto, se livre à un massacre dans un motel de luxe dans les plaines de l’Utah. Toutes les personnes présentes (des étudiants en séminaire) sont éliminées avec une précision méthodique et une absence de pitié. Nul refuge ne semble être possible. Le tueur voit tout. Le tueur est ultra efficace. Une balle, un mort. Il effectue ses gestes de manière robotique, comme s’il était un véritable Terminator.

La tension est aussi créée par le style syncopé de l’auteur, fait de phrases courtes, tranchantes, qui étouffe le lecteur, l’empêche de reprendre son souffle. L’utilisation du présent renforce l’effet.

On n’est pas loin de James Ellroy ou de Chuck Palanhiuk dans le phrasé. Une fièvre se dégage et qui, c’est à souligner, ne faiblira quasiment pas tout au long du roman.

Ce livre est l’histoire d’un massacre comme il en arrive tant aux Etats-Unis. Un forcené surarmé réalise un carnage sur des gens sans défense, coincé dans un endroit d’où ils ne peuvent s’échapper. On saura gré à Fabrice Colin de n’évoquer à aucun moment les armes et leur libre circulation aux Etats-Unis. Elles sont là et c’est tout. Il se concentre sur l’action, sur ses personnages.

L’action prend pour cadre les plaines de l’Utah, le « pays de la préhistoire », avec « ses vues à couper le souffle ». Une expression qu’il va bientôt falloir prendre au pied de la lettre… Les grands espaces n’ont jamais paru aussi refermés. Le paysage s’étend à perte de vue, mais il n’y a aucun moyen de fuir.

Le cauchemar a une explication. Et Fabrice Colin de nous la livrer de manière horizontale et verticale.

Horizontale, en s’appuyant sur trois personnages Karen, Donald, et le tueur Troy.

Une étudiante, Jilian, se réfugie dans une chambre où se terre déjà sa conseillère d’éducation, Karen. Les deux femmes engagent la conversation à voix basse. Karen est sûre d’une chose : elle connaît le tueur.

Donald est le chef de la police locale, qui estime étrange que ce massacre arrive dans ce motel-là, précisément aujourd’hui. Il se précipite sur les lieux, en sachant très bien qu’il arrivera trop tard…

Les voix alternent et elles ne sont pas traitées de la même manière. Karen est décrite à la troisième personne. Donald parle à la première. Quant à Troy, c’est à la deuxième qu’il rend compte de son massacre.

La dimension est aussi verticale, car Fabrice Colin remonte le temps, explore les biographies de ses personnages, se livre à une véritable reconstruction de leurs itinéraires, pour nous expliquer comment ils sont tous arrivés là, à ce moment-là.

Petit à petit, le puzzle se reconstitue. Petit à petit, une logique apparaît.

Le brio de Fabrice est de commencer fort et de parvenir à maintenir la tension tout au long de son roman. On peut même dire qu’il fait preuve d’une certaine virtuosité dans ses descriptions de l’ultra-violence, en se montrant précis, clinique, si bien que l’horreur en vient à dégager une véritable beauté. Ces descriptions sont contrebalancées par le cadre des plaines de l’Utah et ses somptueux paysages, rendues par une plume qui sait aussi se faire lyrique.

 

Yann Suty


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A propos de l'écrivain

Fabrice Colin

 

Né en 1972 en région parisienne, auteur de nombreux textes pour la jeunesse, lauréat à quatre reprises du grand prix de l’Imaginaire, Fabrice Colin est également auteur de thrillers et de romans de littérature générale. Scénariste occasionnel pour la BD, auteur de pièces radiophoniques pour France Culture et journaliste pour le magazine Chronic’art, il occupe par ailleurs les fonctions de directeur éditorial au sein des éditions Super 8.

 

A propos du rédacteur

Yann Suty

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Membre fondateur


Yann Suty est écrivain, il a publié Cubes (2009) et Les Champs de Paris (2011), chez Stock