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Roman

Spooner, Pete Dexter

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Dimanche, 12 Juin 2011. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, L'Olivier (Seuil)

Spooner. 2011. 555 pages. 24 € . Ecrivain(s): Pete Dexter Edition: L'Olivier (Seuil)

Ca décoiffe ! Spooner est de ces livres-fleuve qui vous installent des personnages et des scènes destinés à durer toujours dans votre mémoire littéraire. Et il faut bien commencer par le début : la naissance du bonhomme !

« La mère de Spooner se lève seule en roulant sur le côté et, durant ces premiers instants à la verticale, une main agrippée à une chaise et l’autre couvrant sa bouche en cas de mauvaise haleine matinale, accouche de Spooner, apparu les pieds devant et de la couleur d’une aubergine, le cordon ombilical enroulé autour du cou, tel un petit homme nu précipité dans l’autre monde par la trappe d’un gibet »

Pete Dexter a planté le décor, comme les pieds de Spooner sur cette terre ! Comment ne pas penser à Rabelais, à ce moment bien sûr mais  tout au long de ce roman picaresque, drôle, baroque, émouvant, puissant ? La vie de Spooner va nous coller à la peau sur plus de 500 pages. Dans une famille décalée d’enseignants américains pauvres (pléonasme ?) ayant « pondu » trois garçons plus étonnants l’un que l’autre. Deux surdoués intellectuels et … Spooner, surdoué aussi mais autrement, par ses performances physiques (il sera un grand joueur de Base-Ball), par son humanité dévorante, par sa folie assoiffée de la vie. Un personnage et un livre qui évoquent aussi John Fante par la fluidité de la narration, son flot qui emporte et par la vie bouillonnante qui anime les personnages et les scènes de vie qu’ils traversent.

Salvatierra, Pedro Mairal

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Samedi, 11 Juin 2011. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Espagne, Payot Rivages

Salvatierra, traduit de l’espagnol par Denise Laroutis, 2011, 191 p. 16€ . Ecrivain(s): Pedro Mairal Edition: Payot Rivages

Salvatierra fut voué au silence après avoir subi un accident de cheval à l’âge de neuf ans. Privé de voix, il se consacra à l’image. En secret, il se mit à peindre un seul et monumental tableau. Quatre kilomètres d’images liées les unes aux autres en un tout qui « s’écoule comme un fleuve ». « Si je disais qu’il a fallu soixante ans à mon père pour le peindre, je sous-entendrais qu’il était forcé toute sa vie à accomplir une œuvre gigantesque. Il est plus exact de dire qu’il l’a peint pendant soixante ans ».

A sa mort, son fils Miguel découvre les toiles dans un hangar et décide de les faire reconnaître et exposer. Durant la bataille administrative que mèneront les deux frères, une double quête se dessine : celle de la toile manquante qui permettra de compléter l’œuvre et celle du passé inconnu du père, toutes deux inextricablement liées. A travers les visages peints se dévoilent des amours, des secrets. A mesure que s’expose le tableau, se révèle également la figure de Salviaterra aussi bien employé modeste, contrebandier qu’amant passionné. Car dans la toile il n’apparaît jamais : c’est une « sorte de journal intime en images [où] lui-même ne figure pas ». L’œuvre offre enfin au fils la possibilité de connaître son père, d’accéder au meilleur et au plus précieux de lui-même.

Dans un jour ou deux, Tony Vigorito

Ecrit par Yann Suty , le Dimanche, 05 Juin 2011. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Gallmeister

Dans un jour ou deux, 360 p, 23,50 € . Ecrivain(s): Tony Vigorito Edition: Gallmeister

Quel drôle de livre que ce Un jour ou deux !

Tout commence par un graffiti. Blip, professeur de sociologie en passe de perdre son emploi, et meilleur ami du narrateur du livre, Fountain, devient soudainement un adepte du graffiti. Sous un pont, il écrit à la peinture blanche les mots « OH OH ». Le graffiti a un effet inattendu, provoque réactions et interrogations.

« Le graffiti de Blip offrait aux gens quelque chose à partager, si bizarre fût-elle, et un esprit de corps littéralement inédit se pose sur la ville comme un enivrant nuage de gaieté ».

Puis quelqu’un écrit une réponse : « Quand ».

Et Blip d’inscrire ensuite : « Dans un jour ou deux ».

Mais que va-t-il se passer dans un jour ou deux ? Blip a une intuition. Un complot mondial est en route. Un complot mondial ??? Mais quand un champignon est pour lui une sonde extraterrestre, on peut penser qu’il souffre d’une légère paranoïa.

Quoique…

Nues, Bénédicte Heim

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Dimanche, 05 Juin 2011. , dans Roman, Les Livres, Livres décortiqués, La Une Livres, Les Contrebandiers

Nues, 2011, 15 euros. . Ecrivain(s): Bénédicte Heim Edition: Les Contrebandiers

Nues. Ce sont bien des femmes, deux très belles femmes, qui le sont, nues, et non les hommes qui les regardent, un peintre, un photographe, qui ne sont que regard, que désir, que déchiffrement du regard et du désir, que volonté de retourner leurs vêtements, et même leur peau, et même leur intériorité la plus absolue, qu’elle soit de l’ordre de la psyché ou de l’organique, à la façon du narrateur de Lolita expliquant que « [s]on seul grief contre la nature était de ne pouvoir retourner Lolita comme un gant et plaquer [s]es lèvres voraces contre sa jeune matrice, son cœur inconnu, son foie nacré, les raisins de mer de ses poumons, ses deux jolis reins ». Et cette mise du désir sur le corps désiré suivant le scalpel et l’acide se passe dans un souffle, d’une seule façon de poser les yeux qui apparaît pourtant comme une caresse. Ces hommes sont des artistes mais avant tout des hommes nourrissant de leur désir d’homme leur œuvre, c’est-à-dire leur désir d’absolu, leur désir d’inscription de l’absolu sur la toile et sur le papier photographique d’abord via le bain révélateur du regard, cherchant à mettre à nu jusqu’à la nudité même de ces deux jeunes femmes afin de faire affleurer ce qui les constitue en propre et qui serait transmutable en art. On l’aura compris : tous ces personnages ne sont qu’un prétexte à faire qu’une parole sur le désir et la vérité du désir ait lieu.

La vie sexuelle des super héros, Marco Mancassola

Ecrit par Yann Suty , le Dimanche, 29 Mai 2011. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Bassin méditerranéen, Gallimard

La vie sexuelle des super héros – Traduit de l’italien par Vincent Raynaud. 546 pages, 24,90 € . Ecrivain(s): Marco Mancassola Edition: Gallimard


Réveillez le geek qui sommeille en vous. Vous aussi vous avez été élevé au Strange ? Vos héros d’enfance s’appelaient Spiderman ou Batman, Spiderman ou Wolverine, Daredevil ou Le Punisher ? Vous prenez encore un plaisir non coupable à vous plonger dans des comics ? Vous ne manquez pas un seul des films de super-héros qui fleurissent au cinéma ?

Alors, le dernier livre de Marco Mancassola, La vie sexuelle des super héros, est assurément fait pour vous.

Comme l’annonce son titre, ce livre est d’abord un programme de choc. Où l’on va connaître les super-héros sous un jour un peu plus intime. Car s’il existe une certaine constante dans les comics, c’est bien souvent l’absence de sexualité des super-héros. Pas de repos du guerrier pour les braves. Défendre la veuve et l’orphelin, sauver le monde contre des hordes de super-méchants vide-t-il de toutes ses forces ? Mais peut-être aussi parce que le public auquel s’adressent les comics est plutôt jeune…