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Les Livres

Nos corps érodés, Valérie Cibot (par Yann Suty)

Ecrit par Yann Suty , le Jeudi, 04 Juin 2020. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Inculte

Nos corps érodés, mars 2020, 124 pages, 14,90 € . Ecrivain(s): Valérie Cibot Edition: Inculte

 

Les Anciens ne voulaient pas non plus y croire. Dans la mythologie grecque, Cassandre avait hérité d’Apollon le don de voir l’avenir. Mais comme elle n’avait pas cédé à ses avances, il avait jeté sur elle une malédiction : ses prédictions ne seraient jamais crues, y compris par les membres de sa famille. Le deuxième roman de Valérie Cibot, Nos corps érodés, peut apparaître comme une variation sur ce mythe de Cassandre, avec l’histoire de Mona qui revient dans l’île où elle a grandi, là où avait été installé le Mur de l’Atlantique lors de la deuxième guerre mondiale. Elle s’installe dans la maison de sa grand-mère, décédée il y a peu.

Le don de Mona, ce sont ses connaissances en géologie, grâce auxquelles elle a obtenu un poste à la mairie. « Si je n’avais pas été géologue, spécialiste de l’érosion, je ne serais pas revenue ». A peine arrivée, elle va tout de suite pouvoir appliquer son savoir à la pratique. Elle se rend compte en effet que l’océan s’est beaucoup trop rapproché. « Si nous ne réagissons pas, ce qui nous attend c’est l’exil ». « Rien n’est encore survenu, mais très vite il sera trop tard ».

Noces de sang, Federico García Lorca (par Patryck Froissart)

Ecrit par Patryck Froissart , le Jeudi, 04 Juin 2020. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Espagne, Folio (Gallimard), Théâtre

Noces de sang (Bodas de sangre), février 2020 trad. espagnol Albert Bensoussan, 264 pages, 8 € . Ecrivain(s): Federico Garcia Lorca Edition: Folio (Gallimard)

 

Cette œuvre a déjà été tellement commentée, analysée, disséquée, critiquée, étudiée, annotée, glosée en long, en large, en diagonale, qu’il serait fort présomptueux d’essayer d’en rajouter en espérant en dire ce qui n’a pas déjà été écrit. On se contentera de rappeler l’intrigue. Elle est simple. Elle se déroule dans la campagne, quelque part en Andalousie.

Il y a le fiancé et la fiancée (ils n’ont pas d’autre nom dans la pièce). Le fiancé est le cadet des deux fils de « la mère ». L’aîné et le père ont été tués lors de querelles claniques par des membres de la famille Felix.

On assiste à la rencontre entre la mère (veuve) du fiancé et le père (veuf) de la fiancée, rencontre qui a pour objet la présentation de la fiancée, l’échange de consentements et les arrangements du mariage à venir. On note le rôle important que joue la servante, qui semble tenir lieu de mère à la fiancée.

Ils écrivent ... chez Gallimard (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Jeudi, 04 Juin 2020. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

 

Tout est déjà dans les livres, François-Henri Désérable, Gallimard, Tracts de Crise N°7, mars 2020, 8 pages

Lumière continue, Marc Pautrel, Gallimard, Le Chemin N°10, avril 2020, 9 pages

Naufrage, Michaël Ferrier, Gallimard, Tracts de Crise N°59, avril 2020, 10 pages

En l’an 1349, Guillaume de Machaut, Tracts de Crise N°58, Gallimard, avril 2020, trad. ancien français, Jacqueline Cerquiglini-Toulet, 14 pages

La Mort cette abstraction, Catherine Cusset, Gallimard, Tracts de Crise N°61, avril 2020

 

« Ces voix doivent se faire entendre en tous lieux, comme ce fut le cas des grands « tracts de la NRF » qui parurent dans les années 1930, signés par André Gide, Jules Romains, Thomas Mann ou Jean Giono – lequel rappelait en son temps : « Nous vivons les mots quand ils sont justes » (Antoine Gallimard).

Vies minuscules, Pierre Michon (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mercredi, 03 Juin 2020. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Folio (Gallimard)

Vies minuscules, Pierre Michon (1984), 249 pages Edition: Folio (Gallimard)

On peut facilement imaginer que Pierre Michon, en choisissant le titre de cet ouvrage, dût avoir un sourire amusé au fond des yeux. Un fin latiniste comme lui n’a pu résister au plaisir malin de « répondre » au fameux « De Viris Illustribus (Urbis Romae) » qui a accompagné les années de lycée de bon nombre de latinistes en herbe. On peut aussi évoquer d’autres « Vies » – ce fut un genre littéraire à part entière autrefois – Vies des douze Césars de Suétone par exemple. Toujours des vies notoires. Les vies minuscules évoquées ici n’ont rien d’illustre ou de lumineux, elles sont ombreuses comme la Creuse, mais n’en sont pas moins nobles et finalement souvent aventureuses, étonnantes, étranges.

La Creuse. Omniprésente dans cette galerie de portraits, encadrement de ces personnages infimes qui y sont nés, y ont vécu et y sont morts. La Creuse d’ombre et de lumière, de froid et de chaleur, avec ses hivers longs, rigoureux, déprimants et ses étés brefs mais brûlants, chantants, joyeux. Pierre Michon est ancré dans un territoire dont les habitants, naguère, réduisaient à l’envi l’étendue, lui donnant des limites familières au-delà desquelles commençait l’inconnu, le « pays barbare au-delà de Limoges ».

Watership Down, Richard Adams (par Ivanne Rialland)

Ecrit par Ivanne Rialland , le Mardi, 02 Juin 2020. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Iles britanniques, Roman, Monsieur Toussaint Louverture

Watership Down, Richard Adams, juin 2020, trad. anglais Pierre Clinquart, 544 pages, 12,50 € Edition: Monsieur Toussaint Louverture

 

Le roman de Richard Adams, revêtu par Monsieur Toussaint Louverture pour cette réédition d’une élégante jaquette métallisée verte et blanche, s’ouvre sur une carte de Watership Down qui donne d’emblée le ton : c’est une épopée au ras de l’herbe que nous proposent les aventures des lapins Fyveer, Hazel et Bigwig – pour ne citer que les plus marquants de ces personnages aux longues oreilles. Cette carte – qui évoque les codes de l’heroic fantasy –, les citations empruntées à Eschyle, Tennyson, à la Bible, à l’épopée de Gilgamesh pourraient suggérer un contraste plaisant entre les grandes orgues épiques qu’elles convoquent et les exploits de ces petits héros en fourrure. Mais ce serait sans aucun doute mal lire le roman de Richard Adams qui, par-là, nous indique au contraire la juste réception de ces aventures vécues au travers des champs et des prés : les lapins de Watership Down, pas plus que les elfes et les nains de Tolkien, ne doivent être cantonnés au domaine de la littérature enfantine. Ils appartiennent à un espace imaginaire qu’adultes et enfants peuvent pleinement partager. C’est dire aussi qu’il ne s’agit pas d’abord de chercher dans ce roman la satire, ou d’y voir le voile d’une fable politique – même si de politique il est bien question dans Watership Down : les personnages, le monde décrit, les obstacles rencontrés y ont une richesse et une saveur qui n’exigent pas l’adjuvant de l’interprétation pour les goûter.