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Les Livres

Matière à contredire Essai de philo-physique, Étienne Klein (par Marie-Pierre Fiorentino)

Ecrit par Marie-Pierre Fiorentino , le Jeudi, 19 Septembre 2019. , dans Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Flammarion

Matière à contredire Essai de philo-physique, mars 2019, 166 pages, 7 € . Ecrivain(s): Étienne Klein Edition: Flammarion

 

Le temps, le vide, la matière, la causalité, ces modes par lesquels nous faisons tous l’expérience de la réalité sont interrogés depuis l’Antiquité aussi bien par la philosophie que par la physique, domaines pourtant réputés opposés et inconciliables.

Réputation justifiée ou fruit de l’ignorance et de malentendus ?

Étienne Klein met en évidence, dans son dernier ouvrage, la stérilité de cette guerre. D’ailleurs les chercheurs les plus marquants dont les travaux jalonnent le livre, Platon, Galilée, Descartes, Newton puis Einstein et les pères de la physique quantique ne s’en sont pas mêlés. Formés et passés à la postérité dans un domaine plus que dans l’autre, ils doivent néanmoins leurs découvertes fondamentales à leur capacité à échapper à tout sectarisme disciplinaire.

Histoires extraordinaires du jour le plus long, Tomes 1 & 2, Philippe Bertin (par Vincent Robin)

Ecrit par Vincent Robin , le Jeudi, 19 Septembre 2019. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Histoire

Histoires extraordinaires du jour le plus long, Tomes 1 & 2, Edition Ouest-France, 2016, 440 pages, 12,90 € . Ecrivain(s): Philippe Bertin

 

Une génération au moins, celle des naissances étendues sur les cinquante ans consécutifs à la seconde guerre mondiale, ne saurait oublier la date du 6 juin 1944, dont le soixante-quinzième anniversaire était salué sans trop de fastes inutiles durant juin dernier sur les plages normandes.

Pour cette tranche d’âge et au sein de la population normande, l’implication de membres familiaux, de proches, d’amis ou de certains cercles de connaissances, aura entretenu jusqu’à aujourd’hui le souvenir des rudes chroniques de la libération côtière et régionale. Sous la poussée invasive et militaire, celle-ci s’était alors réalisée plutôt rapidement. Mais elle allait bientôt compter aussi de redoutables jours d’épreuves et de souffrances pour des habitants déjà sous le joug depuis quatre ans. Chez ces non-combattants, premiers témoins ou victimes des circonstances soudaines, sur place ou parfois même à distance, récoltant ensemble d’inoubliables blessures occasionnées par des affrontements parfois totalement aveugles, un déclic lumineux et réconfortant balayant plusieurs années d’ombres mortifères viendrait pourtant à terme prendre le pas – bien sûr, par abnégation et abandon d’esprit vengeur – sur ces révoltantes et sacrificielles douleurs.

Rouge impératrice, Léonora Miano (par Laurent LD Bonnet)

Ecrit par Laurent LD Bonnet , le Jeudi, 19 Septembre 2019. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

Rouge impératrice, Léonora Miano, Grasset, août 2019, 608 pages, 24 €

Ma trop brève histoire d’amour avec Léonora Miano

Chère Léonora Miano,

Cette lettre pour vous informer que je vous quitte. Notre histoire d’amour s’arrête là. À la page 54 de votre nouveau roman, Impératrice Rouge, que vous avez voulue histoire d’amour « qui marche avec un type qui est beau qui a réussi ses objectifs, avec un type qui ne ment pas, qui fait ce qu’il dit, un type que vous n’avez encore jamais rencontré » (1).

Vous l’avez située dans un contexte géopolitique anticipé, l’année 2124. Autant dire demain, dans une Afrique unifiée (Le Katiopa) où les Fulasi (Français) viennent se réfugier.

Léonora, comment vous dire à quel point cette idée de porter un regard critique inversé sur le nationalisme français, ses dérives passées et contemporaines, sa domination épistémologique toujours présente m’intéressait de très près. Ce sont des thèmes qui me sont chers. En tant qu’homme et en tant qu’auteur. L’envie de vous lire offrait donc à mon premier regard sur cette œuvre une énergie puissante, empreinte d’une curiosité qui ne demandait qu’à se muer en émerveillement, car je vous lisais pour la première fois.

Coup de vent, Mark Haskell Smith (par Catherine Dutigny)

Ecrit par Catherine Dutigny/Elsa , le Mercredi, 18 Septembre 2019. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Roman, Gallmeister, La rentrée littéraire

Coup de vent, septembre 2019, trad. américain, Julien Guérif, 256 pages, 22 € . Ecrivain(s): Mark Haskell Smith Edition: Gallmeister

 

C’est plus une tornade, ou pour rester en phase avec la localisation d’une partie du roman, plus un ouragan qu’un coup de vent qui ébranle les locaux de la société InterFund, basée à Wall Street et abritant de brillants traders, lorsque l’un d’eux, peut-être le plus performant sur le marché des changes, se volatilise en laissant derrière lui un trou de dix-sept millions de dollars. Son nom : Bryan LeBlanc. Ses particularités : considérer qu’être honnête dans un travail par essence malhonnête ne réussit pas à satisfaire totalement sa moralité à géométrie variable, que trimer quatre-vingts heures par semaine derrière les moniteurs d’un « open space » ne comble pas sa soif de liberté et qu’exploiter son semblable ne mène pas au bonheur. Autre signe distinctif : être doté d’une intelligence très au-dessus de la moyenne qui lui a permis de concevoir et de réaliser une arnaque difficilement décelable, de préparer dans les moindres détails sa fuite vers les Caraïbes, de se former sans difficulté à la navigation à la voile, histoire de profiter de la moindre risée pour fuir la vie de dingue de ses anciens collègues, le tout en écoutant de la musique et en dégustant les meilleurs vins de la planète.

Trois auteurs et quelques livres, Duetto et Pierre-Guillaume de Roux (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Mercredi, 18 Septembre 2019. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres

 

Carson McCullers, Josyane Savigneau :

« J’ai passé trois ans en compagnie de Carson, et après avoir fini cette biographie, Carson McCullers, Un cœur de jeune fille (Stock), j’avais envie de reprendre cette phrase qu’un étudiant lui avait lancée à la fin d’une conférence : “Mrs McCullers je vous aime” ».

Josyane Savigneau a des principes et du talent, principes dans ses passions littéraires (Marguerite Yourcenar, Philip Roth, Simone de Beauvoir, Philippe Sollers, Dominique Rolin (la clandestine), Françoise Sagan : cette femme qui était pour moi le meilleur écrivain, le plus sensible en tout cas, de l’Amérique d’alors : Carson McCullers), et le talent pour saisir en deux phrases et trois remarques ce qui fait l’originalité et la force de l’écrivain du Sud : ce Sud qui l’obsède, qu’elle rejette et vers lequel elle revient toujours. Un art du roman (La passion des écrivains, Gallimard), qui effleure, parfume, envoûte, trouble le lecteur, une musique unique, le style, la composition – comme dirait son ami Philippe Sollers –, parfois un tressaillement, un tremblement magnifique, une leçon d’écriture.