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Espagne

Providence, Juan Francisco Ferré

Ecrit par Thierry Guinhut , le Lundi, 13 Février 2012. , dans Espagne, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Passage du Nord Ouest

Providence, trad. de l’espagnol François Monti, 640 p, 25 € . Ecrivain(s): Juan Francisco Ferré Edition: Passage du Nord Ouest

Juan Francisco Ferré : la Providence du lecteur ?

Comment faire son Grand Roman ? Sinon en projetant sur la trajectoire d’un alter ego nombre d’images du monde et de fantasmes universels. La recette paraît simple ; au risque du narcissisme et de l’explosion désordonnés des thèmes et des strates culturelles. Nous avons cru ainsi nommer la tentative esthétique de Juan Francisco Ferré.

Providence est très vite un livre intrigant, bavard autant que riche, comme une sorte de météore de poids, plutôt bien ficelé. Car ce ne sont pas les ficelles qui manquent : allusions souterraines à un grand écrivain culte et occulte – Lovecraft pour ne pas le nommer – histoire de se donner un parrainage édifiant, ironie haute en couleurs envers les « vertus du capitalisme béni » histoire de se poser en trop facile moraliste économique, mythe faustien pour la caution profondément philosophique, et satire du cinéma hollywoodien pour l’inscription mode dans l’air du temps, sans compter les épices érotico-pornographiques pour se la jouer coquin et transgressiste… On hésite alors entre le défi au Grand Roman Américain brillamment relevé par un écrivain espagnol et la pantalonnade bourrée de clichés mis en scène avec art. Le fourre-tout paraît parfois somptueusement réussi, parfois aussi flapi qu’un collage qui se décolle…

Coplas por la muerte de su padre de Jorge Manrique, Michel Host

Ecrit par Didier Bazy , le Mercredi, 28 Septembre 2011. , dans Espagne, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Poésie, Editions de l'Atlantique

présentation et traduction de Coplas por la muerte de su padre de Jorge Manrique, 14 €, 40 p. . Ecrivain(s): Michel Host, Jorge Manrique Edition: Editions de l'Atlantique

L’humaniste Michel Host, le subtil et discret, nous offre une magistrale traduction de Jorge Manrique. Il ravive ainsi un chef-d’œuvre de la littérature espagnole, et mondiale, parmi les plus cités et les plus proverbiales.

Le destin des apophtegmes s’origine souvent dans la mise en abîme de l’auteur. Plus l’œuvre grandit, plus l’homme diminue. Aussi, bien des chefs-d’œuvre rendent les hommes plus humains.

Dans le sillon de Homère et de Virgile, de Lucrèce même (un vrai Lucrèce où les divinités sont loin), Manrique tutoie cet universel touché par Rutebeuf et Villon.

(XXXVIII)

« Vouloir un homme vivre

quand Dieu désire qu’il meure

c’est folie ».

Salvatierra, Pedro Mairal

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Samedi, 11 Juin 2011. , dans Espagne, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Payot Rivages

Salvatierra, traduit de l’espagnol par Denise Laroutis, 2011, 191 p. 16€ . Ecrivain(s): Pedro Mairal Edition: Payot Rivages

Salvatierra fut voué au silence après avoir subi un accident de cheval à l’âge de neuf ans. Privé de voix, il se consacra à l’image. En secret, il se mit à peindre un seul et monumental tableau. Quatre kilomètres d’images liées les unes aux autres en un tout qui « s’écoule comme un fleuve ». « Si je disais qu’il a fallu soixante ans à mon père pour le peindre, je sous-entendrais qu’il était forcé toute sa vie à accomplir une œuvre gigantesque. Il est plus exact de dire qu’il l’a peint pendant soixante ans ».

A sa mort, son fils Miguel découvre les toiles dans un hangar et décide de les faire reconnaître et exposer. Durant la bataille administrative que mèneront les deux frères, une double quête se dessine : celle de la toile manquante qui permettra de compléter l’œuvre et celle du passé inconnu du père, toutes deux inextricablement liées. A travers les visages peints se dévoilent des amours, des secrets. A mesure que s’expose le tableau, se révèle également la figure de Salviaterra aussi bien employé modeste, contrebandier qu’amant passionné. Car dans la toile il n’apparaît jamais : c’est une « sorte de journal intime en images [où] lui-même ne figure pas ». L’œuvre offre enfin au fils la possibilité de connaître son père, d’accéder au meilleur et au plus précieux de lui-même.

Patty Diphusa, la vénus des lavabos, Pedro Almodovar

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Samedi, 28 Mai 2011. , dans Espagne, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Récits, Points

Patty Diphusa, La Vénus des lavabos, traduit de l’espagnol par Gérard de Cortanze et Patricia Rey, 2011, 161 pages, 6€ . Ecrivain(s): Pedro Almodovar Edition: Points


Almodovar a tout du magicien : il sait métamorphoser les univers les plus fous et les plus sordides en décors baroques et sublimes, il fait de ses travestis et ses prostituées des princesses vacillantes, séduisantes et courageuses. Il en va de même de la rayonnante « star internationale du porno », Patty Diphusa, muse des plus grands artistes, écrivain à ses heures. Ses mémoires forment un cocktail détonant de mauvais goût, de bon sens et de drôlerie. Flanquée de ses amies Mary Von Ethique et Addy Peuse, elle écume les rues de Madrid et tombe amoureuse d’un chauffeur de taxis, sosie de Robert Mitchum, entre deux orgies. « Femme publique », Patty a d’énormes responsabilités. Elle se doit de rappeler à l’ordre les grands de ce monde qui, face à elle, « se découvrent tous un cœur et une queue ».

L’autre personnage de ce recueil qui contient des articles, de courts essais, est Almodovar lui-même qui se révèle autant qu’il se voile, en revenant sur ses films, sur les films qu’il admire mais aussi sur son propre parcours de jeune provincial monté à la capitale. Il s’amuse du jeu de l’interview, qu’elle soit auto-interview ou faite par Patty elle-même.