Identification

Nous avons aimé, Willy Uribe

Ecrit par Frédéric Aribit 20.12.13 dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Rivages/noir, Espagne, Polars, Roman

Nous avons aimé, traduit de l’espagnol par Claude Bleton septembre 2013, 271 pages, 8,65 €

Ecrivain(s): Willy Uribe Edition: Rivages/noir

Nous avons aimé, Willy Uribe

 

« Un Jim Thompson de Bilbao ». C’est ainsi que le présente Carlos Salém, dans la préface qu’il a signée pour son seul autre roman traduit en France, Le Prix de mon père, aussi chez Payot Rivages/Noir. Photographe, surfeur, reporter, voyageur, Willy Uribe verse son encre noire comme la bile dans des romans qui exhalent les dessous peu reluisants de l’Espagne.

Nous avons aimé ne fait pas exception. Narrateur interne de sa propre descente aux enfers, Sergio est un jeune surfeur basque, vaguement paumé entre sa vamp de mère, aussi allumeuse qu’allumée, et Eder, son brillant comparse qu’il entoure d’une amitié équivoque, et qu’il suit jusqu’au Maroc à la recherche des meilleurs spots. Du moins, le croit-il. Car de fumettes en fumettes, ballottés entre les seins d’Odette, la française qui les accompagne, les deux jeunes basculent dans une sale histoire de drogue, d’argent sale, de chantage et de règlement de certains comptes qui viennent sans doute de plus loin, depuis le saut dans le vide de Janire Pagoaga ou la mort de Bustintxu sous un train. Et là-bas, à Madrid, gronde le coup d’état contre Franco… Mais Madrid est si loin. Pas de vagues, à Madrid. Madrid ne sert à rien sans vagues.

Dans ce roman structuré en un aller-retour Algorta-Assaka/Assaka-Algorta, il y a des chausse-trappes et des fausses pistes. Il y a du rythme et quelques effets de syncope, lorsque l’histoire se prélasse parfois dans des bords de mer vaporeux où le surf a bon dos, même « arrivé à Biarritz, un bled où les riches passaient l’été à baiser et à jouer ». Il y a tout à coup une intrigue qui plonge à pic comme les corps par-dessus les falaises, au hasard d’une soirée de débauche qui tourne mal. Et un narrateur pigeonné qu’on ne sait plus comment écouter, qui ne cherche pas même à justifier l’injustifiable et dont la cavale frénétique et vengeresse laisse le lecteur désemparé.

On peut d’autant regretter une version française qui ne rend pas toujours la noirceur espagnole, et qui semble polir parfois le texte original, ne fût-ce que par l’impossibilité d’en restituer les effets musicaux attachés aux noms propres par exemple, ou la difficulté de donner un équivalent de l’oralité typiquement basque-espagnole dans les dialogues.

« Franchouilles » peut aussi décevoir s’il s’agit de traduire l’intraduisible « Gabachos » dont sont affublés tous les « putains de français » lorsqu’ils passent au Sud de la Bidassoa.

Oui, décidément. « Il y a des vagues dans le monde entier, Sergio. Mais pour le moment, on n’en a rien à foutre ».

 

Frédéric Aribit

 


  • Vu : 2358

Réseaux Sociaux

A propos de l'écrivain

Willy Uribe

 

Willy Uribe est né en 1965 à Bilbao (Pays Basque, Espagne). Son premier livre, Cuentos revueltos, a été publié en 1986 dans les collections de l’atelier d’écriture créé par l’écrivain Ramiro Pinilla à la fin des années 70. Après avoir étudié la photographie, il a travaillé dans les années 90 comme photographe aérien et industriel. Au début des années 2000 il conjugue la photo, l’écriture et sa passion pour le surf et voyage dans le monde entier comme reporter indépendant pour les revues spécialisées. A partir de 2008 il se recentre sur l’écriture, avec une préférence pour le roman et la nouvelle.

 

A propos du rédacteur

Frédéric Aribit

 

Lire tous les articles de Frédéric Aribit


Rédacteur

Né en 1972 à Bayonne, partage son temps entre Itxassou, au Pays basque, et Paris, où il enseigne les Lettres à l’École Jeannine Manuel.

Bibliographie :

- Comprendre Breton, essai graphique, avec Eva Niollet, Éditions Max Milo, 2015.

- Trois langues dans ma bouche, roman, Belfond, 2015.

- « Les Fées », in Leurs Contes de Perrault, collectif, collection Remake, Belfond, 2015.

- André Breton, Georges Bataille, le vif du sujet, L’écarlate, L’Harmattan, 2012.

- « La dernière nouvelle » ; « Urbi et Orbi », Prix de la nouvelle de l’Œil Sauvage, Éditions de l’Œil Sauvage, Bayonne, 2000.

- « Noctambulation », La Ville dans tous ses états, Prix des Gouverneurs (Prix de la nouvelle de la ville de Bayonne), Éditions Izpegi, 1997.

Auteur de nombreux articles publiés en revues en France (Patchwork, Loxias, Les Cahiers Bataille, Chiendents, Recours au poème…) ou à l’étranger (Roumanie, Grèce).