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La Une CED

La Pièce du bas, Gilles Lades (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 24 Juin 2019. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques

À propos de La Pièce du bas, Gilles Lades, éd. L’Étoile des limites, juillet 2018, 52 pages, 10 €

 

Des maisons jusqu’aux oiseaux

J’ai fait chemin commun avec Gilles Lades et ses souvenirs d’enfance, que le poète consigne dans un petit opuscule des éditions L’Étoile des limites. Et ce chemin je l’ai parcouru physiquement depuis le séjour de l’écrivain dans son jeune âge dans trois maisons différentes, jusqu’à ses propos sur les oiseaux qui ouvrent en un sens sur l’âge adulte et qui ferment le livre. L’ouvrage relate une partie de la vie de l’auteur lotois, littérature qui se prête à l’identification et à rapprocher sa propre enfance de celle du poète. J’ai revécu moi aussi sans doute le profond ennui de l’enfant, ce temps qui pour lui se dilate et ne retient pour finir que des bribes d’images, des souvenirs troués, des fragments de la mémoire, qui on le sait est subjective. Cette relation entretenue avec sa propre biographie diffère d’âge en âge, et l’autobiographie n’est généralement qu’un regard posé a posteriori sur sa vie, et reste, en ce sens, une plastique, une sorte d’œuvre si je puis dire.

« Je me promets d’éclatantes revanches », Une lecture intime de Charlotte Delbo, Valentine Goby (par Jean-François Mézil)

Ecrit par Jean-François Mézil , le Jeudi, 20 Juin 2019. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques

« Je me promets d’éclatantes revanches », Une lecture intime de Charlotte Delbo, Valentine Goby, Babel-Actes Sud, mai 2019, 119 pages, 6,90 €

 

« La femme qui m’a révélé Charlotte Delbo… », c’est ainsi que débute ce livre. Cet incipit me ramène à ma propre découverte.

C’est en assistant à un montage poétique – théâtralisé et composé de textes écrits par des femmes déportées – que j’ai découvert Charlotte Delbo. Je connaissais l’une des deux comédiennes et allais bientôt découvrir la seconde : elle devait en effet devenir ma femme.

Mais foin des anecdotes, venons-en au livre.

Auschwitz-Birkenau ! Ce nom, seul, fait frémir. Peut-on d’ailleurs le prononcer ? Peut-être devrait-on en ôter les syllabes et qu’il soit, comme l’écrit Charlotte Delbo, « l’in-nommé », ou encore « un endroit d’avant la géographie » : « la plus grande gare du monde », celle où « on n’arrive pas ».

Dès lors, comment en parler – d’autant que, quand bien même on se rendrait sur place, « on reste toujours au seuil » ?

La Styx Croisières Cie (V) Mai 2019 (par Michel Host)

Ecrit par Michel Host , le Mercredi, 19 Juin 2019. , dans La Une CED, Les Chroniques, Chroniques régulières

 

La porte est défoncée. Le Père Ubu et les forcenés pénètrent.

Père Ubu : – Eh ! Bougrelas, que veux-tu faire ?

Bougrelas : – Vive Dieu ! Je défendrai ma mère jusqu’à la mort ! Le premier qui fait un pas est mort.

Père Ubu : – Oh ! Bordure, j’ai peur ! Laisse-moi m’en aller.

Un soldat avance : – Rends-toi, Bougrelas !

Le jeune Bougrelas : – Tiens, voyou ! voilà ton compte ! Il lui fend le crâne.

La Reine : – Tiens bon, Bougrelas, tiens bon !

Alfred Jarry, Ubu Roi, Acte II, Sc. IV

 

Jules de Montalenvers de Phrysac, noté dans le Livre de mes Mémoires

Je te massacrerai mon cœur, Philippe Thireau (par Murielle Compère-Demarcy)

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Mercredi, 19 Juin 2019. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques, Poésie

Je te massacrerai mon cœur, Philippe Thireau, PhB éditions, mai 2019, 46 pages, 10 €

Composés de tankas et de haïkus, ce nouveau recueil de Philippe Thireau déroule, dans le soufre/le souffle discrètement assassin d’une renaissance biographique, sept jours de re-création/de jours ad-venus, insolites et déroutants. Terriblement curieux par la douce puissance redoutable que dégage le journal/roman de « la fille non advenue », l’héroïne de Je te massacrerai mon cœur. Fille n’étant pas advenue, cette dernière apparaît dès le « 1er jour au printemps », sur le seuil du livre, dans les frasques d’un garçonnet, « nu », d’être d’entrée dépossédé d’un amour déterminant : celui d’être désiré, celui d’être attendu

« un impossible ventre toi

advenu garçon pas fille

ainsi je fus nu

n.u. nu garçon pas fille

mais fille serai second »

Révolution et mensonge, Alexandre Soljénitsyne (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Mardi, 18 Juin 2019. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques

Révolution et mensonge, Alexandre Soljénitsyne, Fayard, octobre 2018, préface Georges Nivat, trad. russe José Johannet, Georges Philippenko, Nikita Struve, Georges Nivat, 186 pages, 20 €

 

Soljénitsyne possédait une double formation intellectuelle : d’un côté, les mathématiques et la physique ; de l’autre la philosophie et l’histoire. La littérature ne vint qu’ensuite, si l’on peut dire cela d’un Russe, peuple lettré entre tous.

Historien, Soljénitsyne eut le goût des sources, des mémoires, des chroniques, qu’il lut par centaines pour composer La Roue rouge. Un des premiers conseils que les professeurs d’histoire donnent à leurs étudiants est de fuir comme la peste le raisonnement contrefactuel (« que se serait-il passé si tel événement ne s’était pas produit ? »). Soljénitsyne, au contraire, s’y adonna avec délices. De même que l’historien, le scientifique recherche les causes des phénomènes observés, leurs influences mutuelles, leurs interactions. De même que le savant, le philosophe s’attache à l’aspect général des choses, derrière la foisonnante infinité des détails.