Identification

La rentrée littéraire

Louise, Julie Gouazé

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Vendredi, 29 Août 2014. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Léo Scheer

Louise, août 2014, 161 pages, 18 € . Ecrivain(s): Julie Gouazé Edition: Léo Scheer

 

Ce premier roman brille par son écriture en lignes brisées, bousculant d’entrée de jeu la linéarité du récit :

Juin 1995. Lyon. Dans quelques semaines, Louise aura dix-huit ans. Ce week-end est le dernier avant l’épreuve de philo. Son amoureux s’appelle Marc. Louise a des parents, Marie et Roger, et une sœur.

Le ton est donné. Lapidaire. Objectif /objectal. Qui va devenir, au fil du récit, grinçant. Apprentissage de la vie.

La succession d’instantanés en accéléré, cadencés, nous plongent dans les années 95 et dans l’univers grandissant de Louise, « le Soleil » sur qui repose le cours du cercle familial bousculé, presque rompu dans la continuité quasi-parfaite de son cercle, par le Malheur injecté par ce qui arrive à l’étoile : la grande sœur de Louise, l’astre référent tombé de sa course solaire. Alice, l’aînée, l’icône pour Louise, est malade : Alice est alcoolique.

L’été des Noyés, John Burnside

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 28 Août 2014. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Iles britanniques, Roman, Métailié

L’été des Noyés (A summer of drowning). Août 2014. Traduit de l’anglais (Ecosse) par Catherine Richard. 320 p. 20 € . Ecrivain(s): John Burnside Edition: Métailié

 

Un roman de Burnside est toujours un moment d’éternité. Il n’y est pas de frontière spatiale, ni temporelle. Il n’y est pas de frontière non plus entre la réalité et le monde des chimères. Tout est suspendu dans l’air, incertain, improbable, oscillant, inquiétant. « Scintillation », son dernier opus avant celui-ci, nous avait déjà emmenés dans cet univers insécuritaire, menaçant, sans que l’on sache d’où, de qui, vient la menace. On ne sait même pas s’il y a vraiment menace. Un roman de Burnside dérange, questionne, ne répond pas, ne rassure jamais.

« L’été des noyés » emprunte – un peu – au roman noir : des jeunes gens disparaissent. Thème obsessionnel chez Burnside puisque dans « Scintillation » des enfants déjà disparaissaient. Mais il y a aussi du roman d’horreur : démons et forces du Mal sont à l’œuvre. Kyrre Opdahl, le vieux pêcheur en a convaincu la jeune Liv : Trolls, sirènes et par-dessus tout la Huldra – séduisante et terrible maîtresse du monde des Ténèbres – sont plus réels que ce qui semble être le réel. Le cadre de la Norvège septentrionale offre un écrin parfait aux fantasmagories les plus effrayantes : Lumière blanche et crue après l’interminable obscurité hivernale. Et dans l’entre-deux une période terrible d’entre-deux justement, où l’on perd le sens même de l’être.

Des voix parmi les ombres, Karel Schoeman

Ecrit par Victoire NGuyen , le Jeudi, 28 Août 2014. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Afrique, Roman, Phébus

Des voix parmi les ombres, traduit de l’afrikaans par Pierre-Marie Finkelstein, aout 2014, 311 p. 22 € . Ecrivain(s): Karel Schoeman Edition: Phébus

 

Réminiscence

Nous sommes à l’époque actuelle, quelque part en Afrique du Sud au moment où débute le roman. Sous un soleil de plomb, un photographe et un écrivain-explorateur arpentent le pays en voiture à la recherche d’une ville perdue du nom de Fouriesfontein. Le but de nos deux personnages est de réaliser des photographies pour la constitution d’un livre portant sur les événements de 1901 où les Boers ont occupé la ville et ont massacré un métis du nom d’Adam Balie.

Ce que le lecteur sait, c’est qu’il s’agit d’une ville florissante à la fin du 19° siècle. Elle a été peuplée de colons anglais et hollandais. Fouriesfontein était une ville rattachée au Cap et son nom provient d’une puissante famille, les Fourie :

« En 1883, lorsque l’on décida de fonder une paroisse et de construire un temple, Herklaas Fourie avait suffisamment d’influence pour obtenir que cela se fasse sur ses terres, et il était suffisamment fortuné pour prendre à sa charge l’érection du modeste bâtiment au toit de chaume. Il eut été difficile, dans ces conditions, de donner un autre nom que le sien au village que l’on aménagea tout autour du temple, aussi l’appela-t-on Fouriesfontein, la Source-de-Fourie (…) ».

Dans la chambre obscure, R. K. Narayan

Ecrit par Patryck Froissart , le Mercredi, 27 Août 2014. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Asie, Roman, Zulma

Dans la chambre obscure, traduit de l’anglais (Inde) par Anne-Cécile Padoux, 28 août 2014, 186 pages, 8,95 € . Ecrivain(s): R. K. Narayan Edition: Zulma

 

 

Le hasard du calendrier éditorial permet parfois de bien heureuses correspondances.

Lire Dans la chambre obscure de Narayan quelques semaines après avoir savouré Kumudini de Rabindranath Tagore est une coïncidence plaisante dont il faut remercier les éditions Zulma.

Savitri, l’héroïne de ce roman, est, comme Kumudini, une épouse indienne qui subit douloureusement les contraintes de la tradition socio-culturelle locale de totale soumission au mari et qui est tenue de souffrir sans broncher les moindres fantaisies de son « maître ».

La mise en relation de ces deux héroïnes offre au lecteur deux visions différentes et complémentaires, sur une thématique assez similaire, de la condition de la femme indienne dans la première moitié du 20e siècle (le roman de Tagore est paru en 1929, celui de Narayan en 1938).

A l’origine notre père obscur, Kaoutar Harchi

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mardi, 26 Août 2014. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Actes Sud

A l’origine notre père obscur, août 2014, 176 pages, 17,80 € . Ecrivain(s): Kaoutar Harchi Edition: Actes Sud

 

 

A l’origine notre père obscur, troisième roman de Kaoutar Harchi, jeune écrivain d’origine marocaine, explore la vaste thématique des rapports hommes/femmes en interrogeant cette fois leur violence à travers des voix féminines. Une violence qui, déjà inscrite dans les textes fondateurs de la culture judéo-chrétienne, n’est pas spécifique aux sociétés arabo-musulmanes, et ne s’avère pas non plus le seul fruit de la domination masculine sur le corps des femmes. Ces dernières en effet, gardiennes acharnées de la tradition, sont le principal relais d’une violence révélant l’ampleur de la répression sexuelle et de l’asservissement des femmes mais aussi de la misère sexuelle et affective des hommes dans une société verrouillée mortifère. Réussir à exister dans ce monde, à vivre, c’est à dire à « prendre son élan et sauter dans le vide » nécessite ainsi un courageux « travail sur soi » pour pouvoir assumer le « vertige » de sa liberté.