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La rentrée littéraire

Nina Volkovitch : La lignée, Carole Trébor

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Samedi, 22 Septembre 2012. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Jeunesse, Gulf Stream Editeur

Nina Volkovitch : La Lignée, septembre 2012, 220 p. 14,90 € . Ecrivain(s): Carole Trébor Edition: Gulf Stream Editeur

 

Un livre capte son lecteur dès le premier coup d’œil. Des tranches dorées, une couverture intrigante où le regard vert d’une jeune fille vous fixe, des matriochkas sur fond rouge, or et turquoise. Cet ouvrage à la beauté d’icône s’intitule Nina Volkovitch. Il s’agit d’une nouvelle série historique et fantastique pour adolescents qui nous plonge dans la Russie des années 40. Le cadre s’avère original, ancré de façon solide et efficace ; l’intrigue s’impose peu à peu, distillant questionnements et mystères. L’étrange perce insensiblement dans ce récit réaliste, faille subtile dans un tableau des Ambulants.

Moscou, hiver 1948. Après avoir souffert les affres de la guerre et des privations en tous genres, Nina voit sa mère arrêtée sous ses yeux. Son crime : propagande antisoviétique ; avoir continué à défendre et à exposer des œuvres et des artistes occidentaux, jugés dangereux pour le régime en place.

« Qu’est-ce que je vais devenir, moi, fille de deux ennemis du peuple, moi, qui ai quinze ans et la taille d’un enfant de neuf-dix ans ? Moi qui ai arrêté de grandir depuis l’hiver 1941… Moi qui adorais ma mère plus que tout dans ce monde. Moi qui sui seule ».

Le jardin du mendiant, Michael Christie

Ecrit par Yann Suty , le Jeudi, 20 Septembre 2012. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Nouvelles, Albin Michel, Canada anglophone

Le jardin du mendiant (The Beggar’s Garden), trad. de l’anglais (Canada) par Nathalie Bru, 6 septembre 2012, 312 p. 21,50 € . Ecrivain(s): Michael Christie Edition: Albin Michel

Numéro d’urgence

Une vieille dame ne cesse d’appeler les urgences dans l’espoir que le secouriste pour lequel elle a eu un coup de cœur vienne à nouveau à son chevet. Mais le nouvel envoyé n’étant pas celui qu’elle espérait, elle menace de se suicider… en retenant sa respiration.

 

Rebut

En regardant à la télé un reportage sur les SDF, Earl reconnaît son petit-fils Kyle. Il décide de le retrouver. Mais quand il le voit, il ne peut se décider à l’aborder et décide de le suivre…

 

Goodbye porkpie hat

Un accro au crack dialogue avec le fantôme de Robert Oppenheimer, l’inventeur de la bombe atomique.

Murtoriu, Marc Biancarelli

, le Mercredi, 19 Septembre 2012. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Bassin méditerranéen, Roman, Actes Sud

Murtoriu (Le glas), trad. du corse par Jérôme Ferrari, Marc-Olivier Ferrari et Jean-François Rosecchi, 5 septembre 2012, 270 p. 22 € . Ecrivain(s): Marc Biancarelli Edition: Actes Sud


Marc-Antoine Cianfarelli vit à contre-courant. Se définissant lui-même comme un poète raté doublé d’un libraire raté, il choisit de fermer boutique dès que l’été fait déferler sur la Corse son flot de touristes ; il se rend alors dans le berceau de sa famille, les Sarconi, « un petit village blotti dans sa coquille, asphyxié entre les pins et les châtaigniers ». Dans ce repaire, il se plait à goûter des moments de grande paix « enveloppé par une nature sublime et généreuse ». Pourtant, de tels instants sont rares ; la solitude et l’absence de femmes pèsent au libraire et dès qu’il revient en ville, la vanité de la société actuelle l’horripile. Il se met à ruminer et à déblatérer, ici sur les politiciens, là sur les pistonnés, ou encore sur les « pinzuti  et les lucchesi que l’été vient vomir sur nos côtes ». Personne ne trouve grâce à ses yeux. Les Corses sans doute encore moins que les autres. D’ailleurs Marc-Antoine qui n’a appris la langue corse que sur le tard, à un moment où ses locuteurs étaient déjà regardés de haut, se sent-il tout à fait corse ? On peut en douter quand il confie : « j’ai compris que j’avais toujours été un étranger. Les vieux me menaçaient de leur bâton, me forçaient à parler aux chiens, les gamins qui attendaient le car avec moi voulaient me renvoyer sur le bateau et les gens d’aujourd’hui me menaçaient de leurs sourires en coin et de leur regard condescendant ».

Acharnement, Mathieu Larnaudie

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Mardi, 18 Septembre 2012. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Actes Sud

Acharnement, août 2012, 208 p. 19 €. . Ecrivain(s): Mathieu Larnaudie Edition: Actes Sud

 

Nul besoin de se plonger dans l’une des nombreuses biographies ou dans l’un des divers essais politiques qui accompagnent notre changement de règne. Acharnement nous propose une plongée dans les coulisses peu reluisantes, dans la cruelle fabrique de la parole politique. Ce roman détone par sa force satirique et sa lucidité, ses choix d’écriture audacieux, sa composition impeccable qui rappelle celle de L’Exercice de l’Etat.

Retiré de la vie politique et de la « confrérie des plumes », Müller s’est retranché dans une campagne aussi profonde que commune. Il croit avoir trouvé son Jardin d’Eden et tente d’y rédiger le discours parfait, revanche à son licenciement. Avec pour seule compagnie, un jardinier peu loquace dénommé Marceau. Alors que Müller s’acharne sur son texte, Marceau modèle la nature, la métamorphose en un parc luxuriant et les suicidés pleuvent depuis le viaduc qui surplombe la propriété. A ces suicides en rafale répondent les innombrables épisodes des séries télévisées qu’il regarde, les discours qui s’accumulent dans une ronde infernale. A ces chutes qui se succèdent répond la chute du grand homme pour lequel travaillait Müller. Par une série de retours-en-arrière, Mathieu Larnaudie dépeint une profession de l’ombre et relate les derniers moments de cette collaboration fusionnelle jusqu’à sa rupture brutale.

Discordance, Anna Jörgensdotter

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Lundi, 17 Septembre 2012. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Pays nordiques, Roman, Jean-Claude Lattès

Discordance, août 2012. Trad suédois Martine Desbureaux. 535 p. 22,50 € . Ecrivain(s): Anna Jörgensdotter Edition: Jean-Claude Lattès

 

Discordance est un roman de femme. Allons bon, c’est bien la peine d’écrire un article pour dire ça, tout le monde l’a bien vu. C’est pourtant un roman de femme. Un roman qui dit d’une femme et sur les femmes ce qu’aucun homme ne pourrait ni dire ni sentir ni vivre.

On est en Suède, sur deux décennies. 1938-1958. On commence fort : la maison de Melle Filipsson brûle. Avec Melle Filipsson dedans !

« C’est Edwin qui a sorti le cadavre, il le sait. Svarten le lui a dit quand il est arrivé. Le corps était carbonisé, et lui, Edwin, avait posé son blouson de cuir sur son visage à elle, Malva Filipsson. Ca a dû être horrible. »

Cet incendie peut être entendu comme une métaphore du livre qui suit : des femmes vouées aux flammes. Ce n’est plus le bûcher des sorcières mais celui de la vie qui leur est promise. Cent fois damnées sur terre : Enfance de servantes familiales, adolescence de proies sexuelles, mariages plus ou moins voulus, vie de domestique, vieillesse (rare) de solitude. Et les enfantements terribles, douloureux et souvent mortels :