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Room, Emma Donoghue

Ecrit par Paul Martell 08.10.11 dans La Une Livres, La rentrée littéraire, Les Livres, Recensions, Roman, Stock

Room, traduit de l’anglais (Canada) par Virginie Buhl, Stock, La Cosmopolite, 402 p. 21,50 €

Ecrivain(s): Emma Donoghue Edition: Stock

Room, Emma Donoghue

Jack va bientôt fêter ses cinq ans. Il est un garçon comme les autres, avec des préoccupations de son âge… sauf qu’un certain nombre d’éléments bizarres régentent sa vie.

On apprend ainsi que « le grand méchant Nick » rôde. Il peut faire irruption chez eux tout à coup. Sa mère préfère alors cacher Jack dans un placard pour qu’il ne le voie pas…

Les dialogues prennent parfois une tournure inattendue, presque surréaliste.


« – Pourquoi t’as pas demandé des bougies comme Cadeau de Dimanche ?

– Eh bien, la semaine dernière, nous avions besoin d’analgésiques ».


Au fur et à mesure, on apprend que Jack et sa mère son séquestrés dans une même et unique pièce depuis des années, la « room » du titre. Jack y est né. Et ils n’ont pas moyen de s’échapper, la mère s’y est déjà risquée et l’a amèrement regretté…

Le livre est raconté par Jack, à la première personne.

Ce qui pose la question de comment raconter quelque chose du point de vue d’un enfant. Un adulte va tenter de singer le parler d’un enfant. Comment ? En appliquant, comme souvent, la recette style oral, fautes de vocabulaire et néologismes.

L’exercice s’avère finalement assez difficile à tenir dans la durée. Par exemple, Jack raconte son histoire avec un vocabulaire d’enfant, mais il va être capable de ressortir mot à mot, avec le vocabulaire idoine, le discours technique d’un médecin qu’il entend.

Ce point de vue permet à Emma Donoghue d’amener une certaine tendresse dans une situation scabreuse, de désamorcer des tensions en privilégiant la carte de l’innocence et de l’émotion. Roomn’est finalement pas le suspense que son sujet pouvait laisser présager.

Le roman est un peu long à se mettre en place. Il a besoin de près d’une centaine de pages pour vraiment décoller. L’auteur aurait pu élaguer. Si on peut dire quelque chose en trente pages, pourquoi en tartiner 100 qui n’apportent rien de plus ? Mais une fois le récit lancé, on s’attache à ce petit homme pas comme les autres, qui a passé ses premières années dans cette chambre et qui ne dispose pas des armes pour se mesurer au monde réel. Son monde, c’est la chambre.

Sur un sujet difficile, Emma Donoghue a trouvé un point de vue assez atypique, mais elle a aussi choisi une certaine facilité. Car on ne restera pas dans la chambre les 400 pages du livre. Ce n’est qu’à partir du moment où la romancière, comme ses personnages, sort de la chambre qu’elle trouve enfin son rythme. Comme si, elle aussi, avait tourné en rond dans cette pièce, qu’elle ne savait plus comment y occuper ses personnages, comment rendre vivante la situation. Quelque part, c’est dommage.

Sur un sujet similaire, Room peut rappeler le livre de John Fowles, L’Obsédé, dont avait été tiré un film au titre éponyme, avec Terence Stamp pour acteur principal.


Paul Martell


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A propos de l'écrivain

Emma Donoghue

Née en 1960 et vivant au Canada, Emma Donoghue est l’auteur de sept romans. Room a été finaliste du Booker Prize.

 


A propos du rédacteur

Paul Martell

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