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Afrique

Tais-toi et meurs, Alain Mabanckou

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Mercredi, 26 Septembre 2012. , dans Afrique, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, La rentrée littéraire

Tais-toi et meurs, Editions de La Branche, 13 septembre 2012, 221 pages, 15 € . Ecrivain(s): Alain Mabanckou

 

C’est depuis sa cellule de Fresnes que Julien Makambo, alias José Montfort, écrit son histoire : celle d’un jeune Africain monté à la capitale muni de faux papiers et obligé de trouver un moyen de subsistance. Bienvenue parmi les Tontons flingueurs de Château-Rouge et de Montreuil : un monde de gangsters sapeurs, fait de voleurs et de faussaires, de filles perruquées aux formes alléchantes, de grands-pères dangereux et cruels veillant au grain au fond d’un troquet kabyle ou d’un restaurant africain qui ne paye pas de mine.

« Dans notre langue du Congo-Brazzaville, le lingala, Makambo signifie “les ennuis”. J’ignore ce qui avait piqué mes parents pour m’attribuer un tel nom qui n’est d’ailleurs pas celui de mon défunt père, encore moins celui d’un proche de la famille. Je suis maintenant convaincu que le nom qu’on porte a une incidence sur notre destin. Si ce vendredi 13 je ne m’étais pas rendu au restaurant L’Ambassade avec Pedro pour rencontrer celui qu’il qualifiait alors de “type très important” venu de Brazzaville, je ne serais peut-être pas en détention provisoire depuis un an et demi dans cette cellule de Fresnes. Mais voilà, lorsqu’on s’appelle Makambo les choses ne sont pas aussi simples ».

Je la voulais lointaine, Gaston-Paul Effa

Ecrit par Anne Morin , le Mardi, 31 Janvier 2012. , dans Afrique, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Actes Sud

Je la voulais lointaine, 01 février 2012, 134 p. 15,80 € . Ecrivain(s): Gaston-Paul Effa Edition: Actes Sud

L’histoire d’un déraciné. D’une coupure mal soignée, qui s’infecte, quelque chose qui, de bénin devient malin. Une double appartenance et, entre les deux : une faille, un monde gisant dans une réserve d’images et de souvenirs, un magma dans le fond du cœur, de l’âme.

Le jeune Obama - ce qui en langage fang veut dire « aigle » - quitte adolescent sa tribu du fond de l’Afrique pour suivre des études littéraires à Strasbourg. Juste avant son départ préparé, accepté, voulu par les siens, Elé le féticheur qui est aussi son grand-père, lui confie son sac, le désignant ainsi comme son successeur. Le jeune garçon enterre le sac compromettant au pied d’un oranger, et le lendemain Elé (qui veut dire « arbre ») meurt.

Obama vit sa vie en France, à Strasbourg où ses brillantes études le conduisent à enseigner la philo. Il rencontre Julia « (…) une Blanche, une blonde aux yeux bleus » (p. 45) dont il partage un temps la vie. L’Afrique, il la tient à distance, repousse cette ébullition qu’il sent pourtant monter en lui « L’Afrique était derrière moi, je la voulais lointaine » (p.42). Il vit par les mots, parlant comme bien souvent les étrangers francophones, un français qu’il défend contre les intrusions incongrues

L'or des rivières, Nimrod

Ecrit par Theo Ananissoh , le Lundi, 26 Décembre 2011. , dans Afrique, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Récits, Actes Sud

L’or des rivières, 2010, 126 p. 13 € . Ecrivain(s): Nimrod Bena Djangrang (Nimrod) Edition: Actes Sud

L’Or des rivières est un roman en sept récits. On peut le lire en commençant par le quatrième « chapitre » intitulé Les arbres. C’est, me semble-t-il, le moyen d’apprécier d’emblée le projet rare qu’accomplit Nimrod. Ce projet, le poète tchadien l’énonce dans le troisième récit intitulé Le retour : « Mon voyage n’avait pour unique objet que celui d’inscrire ma présence dans le paysage ». C’est le retour d’un « orgueilleux qui a les poches vides » dans un pays où la guerre, sporadique, dure depuis trente ans, dans un Tchad dont les paysages, jadis, émurent André Gide. Et comme Gide autrefois, Nimrod décrit en se décrivant et en se voyant sentir. Il parvient ainsi à ne pas rendre les armes devant une réalité qui est faite à la fois de beauté et de laideurs.

Face au pays dont, sans en avoir l’air, il n’escamote rien des afflictions, Nimrod oppose donc sa sensibilité et son esprit. C’est plus qu’un simple rempart. L’affaire est d’importance. Ce n’est pas impunément que le poète remet les pieds là où il est né. D’emblée, il s’agit de défendre et de se défendre. Les gens ici sont occupés à faire des révolutions ineptes, à rouler en Land Cruiser, à ignorer la beauté des lieux où ils se démènent ainsi. En réalité, le poète est au front. Dans Voyage au Congo, André Gide s’exclame presque : « A présent je sais ; je dois parler ». Par ces mots, il ne signifie pas qu’il doit s’engager, prendre parti, combattre, mais plutôt se défendre contre l’horreur de ce qui est, affirmer l’intégrité de son esprit.

Léopold Sédar Senghor ou l'écriture d'une émancipation

Ecrit par Christian Massé , le Samedi, 25 Juin 2011. , dans Afrique, Les Dossiers, Chroniques Ecritures Dossiers, La Une CED, Univers d'écrivains


« C’est à mon arrivée à Tours que j’ai brûlé tous mes poèmes écrits jusque là et suis reparti à zéro. Dans les premiers poèmes, j’avais trop subi l’influence de la poésie française. Je me suis donc mis à l’école de celles que j’appelle « MES TROIS GRÂCES », poétesses de mon bourg natal ». Djilôr et Joal, qu'il évoquera inlassablement à travers quelques figures féminines de son oeuvre. À la mi-octobre 1935, Léopold Sédar Senghor débute comme professeur de Français, Latin et Grec au lycée Descartes de Tours où il exerce jusqu’en 1938. Ce lycée n'est fréquenté que par des jeunes gens de classes sociales aisées de la ville. Senghor y a la réputation d'un professeur très érudit, rigoureux, courtois, distingué. Son élocution est réputée pour être exemplaire ! SENGHOR est un nom d’origine portugaise signifiant « Seigneur », Senghor – Sénégal venant de la même racine. Nous voyons là une identification patronymique innée  d'un homme à son pays où il est né en octobre 1906.

Quel est le contexte socio-politique de la ville de Tours les années 1935-1938 ? Le Congrès de Tours a eu lieu en 1920. Un nouveau phénomène se développe dans la société tourangelle : l'immigration. Le premier grand afflux d'immigrés, espagnols et polonais est bien toléré !