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Afrique

Récits de vie (1954-2008), Nadine Gordimer

Ecrit par Victoire NGuyen , le Jeudi, 13 Décembre 2012. , dans Afrique, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Biographie, Grasset

Récits de vies (1954-2008), traduit de l’Anglais (Afrique du Sud) Philippe Delamare, 2012, 409 p. 21,50 € . Ecrivain(s): Nadine Gordimer Edition: Grasset

 

 

L’histoire de mon Afrique du Sud

 

Lorsque le lecteur commence un texte de Nadine Gordimer, il ne peut que constater l’extraordinaire lucidité de sa pensée et de sa réflexion. Dans Récits de vies (1954-2008), elle expose aux yeux du monde une rétrospective de l’Afrique du Sud depuis le temps de l’Apartheid à la libération nationale et à son indépendance. L’écriture débute par la vie tranquille de la petite fille qu’elle était. Elle retrace l’histoire de sa famille et notamment de ses parents. La peinture qu’elle fait de sa mère est sans compromission, surlignant par ci ses qualités et par là ses préjugés raciaux. Le lecteur pourrait alors voir dans cette période l’âge d’or, le paradis aux mille couleurs.

Nouvelles du pays, Sefi Atta

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mardi, 13 Novembre 2012. , dans Afrique, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Nouvelles, Actes Sud

Nouvelles du pays. Trad. Anglais (Nigéria) Charlotte Woillez. Novembre 2012. 359 p. 23 € . Ecrivain(s): Sefi Atta Edition: Actes Sud

L’écriture de Sefi Atta relève de l’extraordinaire, rien moins. On sourit, on rit franchement, à chaque histoire, à chaque page souvent et pourtant, peu à peu, presque sans s’en apercevoir, le lecteur est bouleversé jusqu‘au fond de l’âme par ces nouvelles qui racontent la misère de l’Afrique, la double misère des femmes africaines, la triple misère des femmes africaines et musulmanes.

Souffrances itinérantes et universelles, que ces femmes soient au pays – alors objets de toutes les maltraitances de la vie, de la culture locale et des hommes - ou émigrées dans les pays développés - objets alors des humiliations et de l’exploitation économique et sexuelle - ou encore marginales par désespoir, comme cette femme inoubliable de la nouvelle intitulée « Dernier voyage » et qui passe de la cocaïne du Nigéria en Angleterre par avion, en avalant des dizaines de sachets de caoutchouc remplis de blanche qu’elle évacuera à l’arrivée par des « voies naturelles » :

 

« Elle doit faire attention avec l’huile : s’il y en a trop, son ventre risque de sécréter des sucs gastriques et de dissoudre le latex. Les sachets sont trop gros, pas faciles à avaler. Quand ils descendent, ses oreilles se bouchent, sa poitrine se contracte. »

Notre-Dame du Nil, Scholastique Mukasonga

Ecrit par Martine L. Petauton , le Jeudi, 08 Novembre 2012. , dans Afrique, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Gallimard

Notre-Dame du Nil, Editions Gallimard, Collection Continents noirs, 223 p. 17,90 € . Ecrivain(s): Scholastique Mukasonga Edition: Gallimard

Histoires de pensionnat – de jeunes filles, qui plus est – avec son comptant de pépiements chuchotés dans les dortoirs silencieux ; fou-rires en cours ; professeurs ridicules. Carrefour des années 60 ; pensionnat qui ressemble à s’y méprendre aux lycées de filles de notre jeunesse, rigides, abusivement rigoristes ; parfum d’ennui ; rituels immuables : fêtes de ceci, de cela, visite d’édiles, rentrée des classes… pensionnat, religieux, « bien-pensance » catholique ; pèlerinage à la Vierge ; fleurissement de l’église, mains baladeuses – bien plus encore – du père-abbé. On se reconnaît toujours : « amitiés » parfois « particulières » entre 3 ou 4 adolescentes ; rôles classiques, de la manipulatrice à la très sympa, un brin poire… on pourrait être dans tant de romans ! Peut-être dans un Françoise Mallet-Joris, vénéneux, juste ce qu’il faut, au fond des béguinages…

On pourrait… mais, vous n’y êtes pas du tout !

« Notre Dame du Nil » est un pensionnat catholique, perché près d’une des sources du grand fleuve : « les pensionnaires sont filles de ministres, de militaires haut gradés, d’hommes d’affaires… », à deux pas de Kigali, au Rwanda (« dans les nuages… parfois, mais rarement, il y a une éclaircie. On aperçoit alors, tout en bas, le grand lac, comme une flaque de lumière bleutée ») à trois encablures du génocide commençant…

Tais-toi et meurs, Alain Mabanckou

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Mercredi, 26 Septembre 2012. , dans Afrique, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, La rentrée littéraire

Tais-toi et meurs, Editions de La Branche, 13 septembre 2012, 221 pages, 15 € . Ecrivain(s): Alain Mabanckou

 

C’est depuis sa cellule de Fresnes que Julien Makambo, alias José Montfort, écrit son histoire : celle d’un jeune Africain monté à la capitale muni de faux papiers et obligé de trouver un moyen de subsistance. Bienvenue parmi les Tontons flingueurs de Château-Rouge et de Montreuil : un monde de gangsters sapeurs, fait de voleurs et de faussaires, de filles perruquées aux formes alléchantes, de grands-pères dangereux et cruels veillant au grain au fond d’un troquet kabyle ou d’un restaurant africain qui ne paye pas de mine.

« Dans notre langue du Congo-Brazzaville, le lingala, Makambo signifie “les ennuis”. J’ignore ce qui avait piqué mes parents pour m’attribuer un tel nom qui n’est d’ailleurs pas celui de mon défunt père, encore moins celui d’un proche de la famille. Je suis maintenant convaincu que le nom qu’on porte a une incidence sur notre destin. Si ce vendredi 13 je ne m’étais pas rendu au restaurant L’Ambassade avec Pedro pour rencontrer celui qu’il qualifiait alors de “type très important” venu de Brazzaville, je ne serais peut-être pas en détention provisoire depuis un an et demi dans cette cellule de Fresnes. Mais voilà, lorsqu’on s’appelle Makambo les choses ne sont pas aussi simples ».