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Afrique

Le jaune et le noir, Tidiane N'Diaye

Ecrit par Martine L. Petauton , le Jeudi, 06 Juin 2013. , dans Afrique, Les Livres, Recensions, Essais, La Une Livres, Gallimard, Histoire

Le jaune et le noir, Gallimard Continents noirs avril 2013, 153 p. 18,50 € . Ecrivain(s): Tidiane N'Diaye Edition: Gallimard

 

 

Quand, il y a peu, depuis la longue pinasse remontant le Niger, les guides maliens apercevaient sur la berge, une bicyclette «  à moteur », pétaradant comme nos antiques  Solex, leurs  rires n'en finissaient pas : «  une chinoise ! Dès qu'elle sera en panne, elle ne sera pas réparable ! Pas chère, mais pas solide ! »... Là - bas, aussi, la Chine était partout ; objets, , marques et réclames... et, déjà pas mal d' hommes.

Après la France Afrique, la Chine Afrique ? Ce qu'on entend par là, vaut pour les deux concepts : prendre, et encore se resservir, sous couvert de protections et de liens « amicaux », si ce n'est « familiaux, sauce maffieuse ». Tractation évidemment, hautement inégalitaire. Voilà l'unique sujet autopsié par le livre de «  Continents noirs » ; comment le jaune mange et mangera le noir, et jamais l'inverse.

Enlacement(s), Raharimanana

Ecrit par Theo Ananissoh , le Vendredi, 19 Avril 2013. , dans Afrique, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Poésie, Récits, Vents d'ailleurs

Enlacement(s), 3 ouvrages de 64 pages chacun, novembre 2012, 29,90 € . Ecrivain(s): Raharimanana Edition: Vents d'ailleurs

 

C’est un objet inhabituel. Trois ouvrages distincts en un coffret, trois textes qui mélangent les genres, qui sont à la fois récits, poèmes, chants. Le titre Enlacement(s) dit bien l’intention de l’auteur qui est de tisser les mots sans le souci d’être contenu dans un genre donné afin d’exprimer le mieux possible un état d’âme précis : la fatigue. Le mot et le sentiment reviennent régulièrement dans chacun des textes.

« J’ai encore plusieurs de ces histoires, mais cela me fatigue d’y penser… » (« Des ruines »).

Quelles histoires ? Celles des « ruines » qui le constituent et d’où il écrit : esclavage, colonisation, oppressions, génocides… Raharimanana, né en 1967, a l’insigne (et lourd) privilège d’être le prosateur qui dote son pays – Madagascar – d’une œuvre littéraire très nourrie par la conscience de l’Histoire. Ses romans, nouvelles et récits explorent les limites de l’écriture et des genres littéraires, recourent à des images et des documents d’archives afin de restituer à la conscience des siens (et des autres) toutes leurs ruines amères donc.

Poisons de Dieu, remèdes du Diable, Mia Couto

Ecrit par Martine L. Petauton , le Vendredi, 15 Février 2013. , dans Afrique, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Langue portugaise, Roman, Métailié

Poisons de Dieu, remèdes du Diable, traduit du portugais (Mozambique) Elisabeth Monteiro Rodrigues, Janvier 2013, 167 p. 17 € . Ecrivain(s): Mia Couto Edition: Métailié

 

On entre en littérature portugaise par la plus belle langue du monde, la plus musicale, entre graves et moelleux, la plus dépaysante à regarder habiter les pages, à l’image de ce pays unique. On y entre souvent par son grand (le plus grand ?) écrivain : Antonio Lobo Antunes, le maître du « Barroco », et sa perle étrange des livres et de l’imaginaire… on y voyage – n’est-ce pas le pays des Grandes Découvertes ? parfois, au fin fond de l’Afrique colonisée si tard (le dernier pays à avoir « rendu les clefs », fut en effet le Portugal)…

Ce petit et dense livre est à l’image, et du pays, de son Histoire, et de sa littérature. C’est bien un livre qui sonne portugais, mais vu, écrit d’ailleurs, du coup, étrange. De ces terres, anciennes colonies du bas d’une Afrique qui semble vivre à un autre rythme : le Mozambique. Pas l’Angola dans les griffes d’une infinie violence, perpétuelle et culpabilisante, du Cul de Judas de Lobo Antunes, justement. Un Mozambique calme – immobilité d’alizés – post-colonial, relié encore à sa métropole d’antan, par une corde usée, dépenaillée, mais solide, comme ces bateaux colorés qui brinqueballent à Nazareth ou ailleurs… relié, à l’évidence, surtout par la langue et la langueur de son écriture, plus, ça et là, quelques effluves de mélancolie.

Lumières de Pointe-Noire, Alain Mabanckou

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Lundi, 14 Janvier 2013. , dans Afrique, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Biographie, Récits, Seuil, La rentrée littéraire

Lumières de Pointe-Noire, janvier 2013, 286 p. 19,50 € . Ecrivain(s): Alain Mabanckou Edition: Seuil

 

C’est du côté de l’enfance et de l’adolescence que nous emmène Alain Mabanckou dans ce très beau récit autobiographique qui dévoile aussi bien les souvenirs de l’écrivain que les étapes de ce voyage de retour sur les terres natales après vingt-trois d’absence. Rien de moins facile que de revenir et d’affronter les morts comme les vivants, les inévitables chamboulements du réel balayant les traces de la mémoire, le sentiment de l’altérité, d’être devenu un étranger dans son propre pays.

« J’erre dans le quartier Voungou en cette fin d’après-midi. Peut-être pour rechercher des indices qui me rappelleraient les vadrouilles de mon enfance dans les parages. Je reste parfois immobile pendant quelques secondes, persuadé que ceux-ci ne pourraient me dévoiler le vrai visage de choses qui se bousculent dans ma mémoire et dont les contours sont devenus imprécis avec le temps. Ceux qui me croisent pressentent que je ne suis pas d’ici – ou plutôt ne suis plus d’ici – car qui, en dehors des fous de la ville, oserait par exemple s’attarder sur un tas d’immondices, sur une carcasse d’animal ou s’émouvoir devant le caquètement d’une poule dont on ignore ce qu’elle fait sur un des étals d’un marché désert ».

Récits de vie (1954-2008), Nadine Gordimer

Ecrit par Victoire NGuyen , le Jeudi, 13 Décembre 2012. , dans Afrique, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Biographie, Grasset

Récits de vies (1954-2008), traduit de l’Anglais (Afrique du Sud) Philippe Delamare, 2012, 409 p. 21,50 € . Ecrivain(s): Nadine Gordimer Edition: Grasset

 

 

L’histoire de mon Afrique du Sud

 

Lorsque le lecteur commence un texte de Nadine Gordimer, il ne peut que constater l’extraordinaire lucidité de sa pensée et de sa réflexion. Dans Récits de vies (1954-2008), elle expose aux yeux du monde une rétrospective de l’Afrique du Sud depuis le temps de l’Apartheid à la libération nationale et à son indépendance. L’écriture débute par la vie tranquille de la petite fille qu’elle était. Elle retrace l’histoire de sa famille et notamment de ses parents. La peinture qu’elle fait de sa mère est sans compromission, surlignant par ci ses qualités et par là ses préjugés raciaux. Le lecteur pourrait alors voir dans cette période l’âge d’or, le paradis aux mille couleurs.