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Le Solitaire, Eugène Ionesco (par Cyrille Godefroy)

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Mardi, 19 Février 2019. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Le Solitaire, Eugène Ionesco, Folio, 1976, 207 pages, 6,80 €

Plus prolifique dans le registre théâtral ou dans le domaine de l’essai, Eugène Ionesco (1909-1994) commet avec Le Solitaire son seul roman parmi la cinquantaine de titres qui compose sa bibliographie. Aux antipodes du produit divertissant niaiseux adossé à une intrigue galopante, Le Solitaire se présente comme une déflagration métaphysique d’une rare intensité, aussi fondamentale et dévastatrice que l’inertie d’Oblomov (Ivan Gontcharov), la nausée de Roquentin (Jean-Paul Sartre) ou la néantisation enserrant l’homme qui dort (Georges Perec).

Aux abords des années 70, un homme de 35 ans, sans qualités particulières, menant une existence réglée et falote, reçoit un héritage conséquent et inattendu. Qui ne rêverait pas de toucher comme lui le gros lot et d’acheter dans la foulée une villa sur la Riviera ou de se lancer dans une odyssée délassante autour du globe ? Or, cet homme, quoique ordinaire, diffère de ses congénères en ce sens qu’il se contente de démissionner et de déménager en banlieue parisienne. Tel un soldat en déroute, il se replie dans son nouvel appartement et entame un voyage intérieur, une aventure ontologique et érémitique qui lui ouvre les portes de l’ennui et du vertige. Le vertige d’exister et de se regarder exister.

À Baudelaire (par Cyrille Godefroy)

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Mardi, 22 Janvier 2019. , dans La Une CED, Ecriture, Création poétique

 

Quand les vagues en mon crâne érodent mon esprit,

Je fixe l’horizon et me noie tel un cri.

Je m’échoue, naufragé, sur l’île en robe blanche

Qui ressemble d’en bas aux doux et longs dimanches.

 

Mais bien vite le ciel s’enveloppe de noir

Et verse dans mon sang, rétracté et blafard,

Par une pluie battante et d’éclairs assassins,

Le poison enflammé des péchés du chrétien.

Houellebecq ou l'homo melancholicus - A propos de Sérotonine, par Cyrille Godefroy

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Mercredi, 09 Janvier 2019. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Sérotonine – Michel Houellebecq, Flammarion - 352 p. janvier 2019 – 22 €

Lecteurs, au seuil de Sérotonine, considérez le conseil de Dante aux portes de l'enfer : « abandonnez tout espoir, vous qui pénétrez ici ! »


Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle


De tous temps les vers de la mélancolie ont creusé leurs galeries obscures dans les tréfonds de l'âme humaine. De tous temps les vagues de l'absurde ont corrodé le rivage de la volonté humaine. De tous temps les tentacules de la solitude ont enserré le cœur des hommes. Il y a trois mille ans retentissait déjà le cri funèbre de l'Ecclésiaste : Vae soli !¹ L'artiste s'est particulièrement interrogé sur la difficulté à exister, concourant à l'éclosion d'un libido moriendi² formalisé par Sénèque, magnifié par Lautréamont : « Je veux mourir bercer par la vague de la mer tempétueuse. » Michel Houellebecq, le décadentiste léthargique, s'insère dans cette lignée d'écrivains capables de capter et de retranscrire au plus juste les convulsions du désarroi humain.

Dans les forêts de Sibérie, Sylvain Tesson (par Cyrille Godefroy)

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Lundi, 07 Janvier 2019. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Folio (Gallimard), Roman, Voyages

Dans les forêts de Sibérie, novembre 2018, 304 pages, 8,60 € . Ecrivain(s): Sylvain Tesson Edition: Folio (Gallimard)


Qui n’a pas rêvé un jour de quitter son univers étriqué pour vivre en ermite dans un espace vierge et retiré, pour jouer au naufragé comme Robinson ? Sylvain Tesson, l’écrivain aventurier né en 1972, l’a fait. Six mois durant, il a vécu dans une cabane de 9 m2 au fin fond de la taïga sibérienne, au bord du lac Baïkal, plus grande réserve d’eau douce de la planète. Dans les forêts de Sibérie est le récit de cette aventure : « J’y ai emporté des livres, des cigares et de la vodka. Le reste – l’espace, le silence et la solitude – était déjà là ».

Pourquoi se lancer un tel défi ? Plus qu’une nouvelle vie ou un nouveau départ, Sylvain Tesson évoque une fugue, une fuite, une retraite. Las de la société et de tout ce qu’elle traîne dans son sillage métallisé, profusion, fracas et confusion, Tesson aspire, par un détour vers l’état de nature, à un déconditionnement, à une mue régénératrice. En s’immergeant dans un contexte radicalement différent et épuré, il tente une expérience susceptible de révéler une autre facette de son être, de faire ressortir ce qu’il a dans le coffre :

Joie suprême, Tchouang-tseu (par Cyrille Godefroy)

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Mercredi, 19 Décembre 2018. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Joie suprême, Tchouang-tseu, Folio, octobre 2018, trad. chinois Liou Kia-hway, 112 pages, 3,50 €


Tandis que, suite à la lecture de cet opuscule de Tchouang-tseu, je m’apprêtais à me frotter à la rédaction de ma petite chronique hygiénique, une ombre en forme de questionnement vint griser mon esprit enfariné et assombrir mon papier immaculé, ou vice-versa : n’encourrais-je point un cuisant discrédit à concocter un texte sur un livre prônant le non-agir, bafouant de la sorte la philosophie globale dudit bouquin ?

N’ayant d’autre choix, sous peine de rendre copie blanche, que de creuser un peu cette notion du non-agir, laquelle est la pièce maîtresse du discours de Tchouang-tseu, je m’aperçus que le sage chinois l’appréhendait davantage comme l’expression de la nature de l’homme que comme une réelle inertie. Or, la nature du chroniqueur ne consiste-t-elle pas à écrire des chroniques ? Celle du cycliste à pédaler, celle du fumeur à fumer, et celle du meurtrier à tuer ? Ça ne s’arrange pas, sieur Godefroy.