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Articles taggés avec: Godefroy Cyrille

Autobiographie d’un mystique spirituellement incorrect, Osho (par Cyrille Godefroy)

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Vendredi, 06 Décembre 2019. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Autobiographie d’un mystique spirituellement incorrect, Osho, Almasta éditions, mai 2019, trad. Devika Elisabeth, Uttama, 368 pages, 25 €

 

Osho ou la maïeutique de la vacuité

Voici l’autobiographie d’un homme qui sort de l’ordinaire et de nulle part, qui fut qualifié successivement de sage, de gourou, de philosophe, de mystique… alors qu’il était avant tout un homme simple et libre s’employant à pacifier les âmes et à répandre la concorde, un individu dans l’acception la plus essentielle du terme, portant sans aucun doute l’ipséité à son faîte. Les commentateurs, en vertu d’un sens aigu de la commodité et de la superficialité, n’ont pas manqué d’enclore dans des cases cet olibrius quasi incasable, cet être foncièrement unique s’étant construit loin des moules, en dehors des systèmes, échappant par miracle aux divers conditionnements s’agglomérant en magma identitaire informe chez l’individu lambda.

Beckett, la rhétorique du peu et du peut-être (par Cyrille Godefroy)

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Mercredi, 06 Novembre 2019. , dans La Une CED, Les Chroniques

 

Que serait l’irlandais Samuel Beckett (1906-1989) devenu si, dans le sillage de six autres éditeurs, les Éditions de Minuit avaient également recalé Molloy, si Jérôme Lindon n’avait pas craqué pour ce manuscrit qui bouleversa sa vie professionnelle : « C’est de ce jour que j’ai su que je serai peut-être un éditeur, je veux dire un vrai éditeur ». Qui sait si la littérature, cette dame illustre en robe majestueuse, sur le passage de laquelle de nombreux regards se tournent, n’aurait pas continué à dédaigner cet écrivain jusqu’alors considéré comme atypique et hermétique ?

Au sortir de l’occupation allemande en France, l’ancien résistant Beckett ayant dû fuir Paris pour le sud de la France suite à une probable délation choisit d’écrire en français, de s’affranchir de sa langue maternelle, léguée, polie puis dépolie par ses ancêtres et ses contemporains, labourée dans toutes ses largeurs par son ami James Joyce. Ce basculement coïncida avec le début d’une période créative extrêmement féconde matérialisée notamment par l’écriture de la trilogie romanesque Molloy (1951), Malone meurt (1951) et L’Innommable (1953), véritable cul-de-sac ontologique dans lequel Beckett s’engouffra allègrement.

Oh les beaux jours, Samuel Beckett (par Cyrille Godefroy)

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Mercredi, 23 Octobre 2019. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Théâtre, Les éditions de Minuit

Oh les beaux jours, mai 2019, 82 pages, 5,90 € . Ecrivain(s): Samuel Beckett Edition: Les éditions de Minuit

 

Engoncée jusqu’au torse dans un mamelon de terre, sous un soleil d’enfer, la vieille Winnie soliloque à perdre haleine telle une concierge n’ayant plus que quelques heures à vivre. Seule ? Pas tout à fait : son conjoint Willie, perclus, végétalise tranquillement quelques mètres derrière elle, en retrait, en contrebas, figé dans une sublime transparence, rampant parfois tel un vermisseau. Leur longue coexistence conjugale aurait-elle rabougri le lubrique luron, aurait-elle éteint le flambeau du tenant du sexe fort ? Winnie aurait-elle châtré Willie, à force de lui flanquer des coups d’ombrelle sur le citron ?

« Pauvre Willie… aucun goût… pour rien… aucun but… dans la vie… bon qu’à dormir… ». Winnie ne ménage guère Willie, tandem fantasque et hors-norme venant compléter le cortège de duos inventés par Beckett (1906-1989), littérateur solitaire aspirant au Deux : Mercier et Camier, Estragon et Vladimir, Pozzo et Lucky, Hamm et Clov… Histoire de se rappeler que Willie existe, Winnie le gratifie de temps à autre d’un coup de semonce dont elle a le secret : « Fut-il jamais un temps où je pouvais séduire… Ne te méprends pas sur ma question, Willie, je ne te demande pas si tu as été séduit, là-dessus nous sommes fixés, je te demande si à ton avis je pouvais séduire – à un moment donné… ».

Lettre d’une inconnue, suivi de La Ruelle au clair de lune, Stefan Zweig (par Cyrille Godefroy)

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Mardi, 10 Septembre 2019. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres, Langue allemande

Lettre d’une inconnue, suivi de La Ruelle au clair de lune, Stefan Zweig, Le Livre de Poche, 2013, trad. Alzir Hella, Olivier Bournac, 96 pages, 1,50 €

 

Stefan Zweig ou l’affliction passionnelle

Qui n’a jamais ressenti une attraction mystérieuse pour un(e) inconnu(e), un élan irrépressible et aveugle pour un être de sexe opposé ? Qui n’a jamais éprouvé cet appel du cœur émergeant des profondeurs ténébreuses du lien affectif originel, « cet état naissant d’un mouvement collectif à deux » (Francesco Alberoni) ? Lettre d’une inconnue est le récit limpide de ce trouble prodigieux que des théoriciens inspirés comme Freud, Lacan, Stendhal ou Alberoni ont analysé et décortiqué dans leurs écrits.

 

La folle du logis (1)

Le Dernier loup, László Krasznahorkai (par Cyrille Godefroy)

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Mercredi, 04 Septembre 2019. , dans La Une Livres, La rentrée littéraire, Critiques, Les Livres, Nouvelles, Pays de l'Est, Cambourakis

Le Dernier loup, septembre 2019, trad. du hongrois par Joëlle Dufeuilly, 96 pages, 15 € . Ecrivain(s): László Krasznahorkai Edition: Cambourakis

 

Krasznahorkai, la subversion du renoncement par le verbe

Dans ce petit livre de 70 pages, Krasznahorkai ne pose qu’une seule phrase, une phrase unique, comme une gerbe de fleurs qu’il déposerait sur la tombe d’une civilisation récemment disparue. Une phrase recelant l’essentiel et tenant en un mot : RAVAGE.

Déjà, dans La Mélancolie de la résistance (1989), des hommes réunis des jours durant autour d’une attraction foraine dans une bourgade hongroise finissaient par créer un chaos irréversible, dévastant tout sur leur passage. Pour décrire ces ravages causés par l’homme, Krasznahorkai ne dévide pas un discours révolté, courroucé, tonitruant. Non, sa prose s’étire langoureusement comme un chat, ample, placide, simplement entortillée. Élégamment résignée. Cet auteur hongrois de 65 ans a pleinement conscience de son impuissance, lui qui ne possède comme flambeau que l’écriture, qui le possède d’ailleurs sûrement davantage. Il sait qu’en vertu de l’avidité humaine il ne peut rien faire pour atténuer l’emprise de l’homme sur la nature ni résorber la fierté présidant à l’exposition de ses diverses « réussites », l’exhibition de ses trophées dans la vitrine universelle. Un tribut rendu à la vie ?