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Articles taggés avec: Caminade Emmanuelle

L’Oncle de Vanessa, Le Minot Tiers (par Emmanuelle Caminade)

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Vendredi, 13 Septembre 2019. , dans La Une Livres, La rentrée littéraire, Critiques, Les Livres, Roman

L’Oncle de Vanessa, éditions La ligne d’erre, septembre 2019, 208 pages, 13 € . Ecrivain(s): Le Minot Tiers

 

Avant d’aborder le deuxième volume de cette trilogie, panneau central du triptyque conçu par l’auteur, il est bon de rappeler que Le Minot Tiers a mené en tant que géographe de nombreuses recherches sur la représentation de l’espace en littérature dans l’œuvre de Jules Verne dont il est spécialiste, ainsi que dans le cycle proustien À la recherche du temps perdu et dans Le Rivage des Syrtes de Julien Gracq. Et cette incursion romanesque lui permet surtout d’aborder les problématiques soulevées dans ses essais universitaires avec plus de liberté et de les partager avec un plus large public qu’il s’attache à instruire tout en le divertissant.

Dans Des miroirs et des alouettes (mai 2019), il avait ainsi, grâce à un style alerte et familier plein d’humour et d’autodérision, entraîné ses nouveaux lecteurs dans une histoire improbable, dans un enchâssement hétéroclite de récits faisant éclater tous les cadres et bouleversant les perspectives – sorte de « puzzle maudit » dont les pièces se chevauchent plus qu’elles ne s’emboitent –, croisant ainsi son imaginaire avec le leur et stimulant leur réflexion. Et si L’Oncle de Vanessa jouit d’une autonomie certaine on le savourera mieux après avoir lu ce premier volume car il s’avère la suite de cette histoire échappant à toute logique, venant la compléter à défaut de véritablement la terminer.

Le ciel par-dessus le toit, Nathacha Appanah (par Emmanuelle Caminade)

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Lundi, 09 Septembre 2019. , dans La Une Livres, La rentrée littéraire, Critiques, Les Livres, Roman, Gallimard

Le ciel par-dessus le toit, août 2019, 125 pages, 14 € . Ecrivain(s): Nathacha Appanah Edition: Gallimard

 

On attendait avec impatience le dernier roman de Nathacha Appanah qui, avec Tropique de la violence en 2016, avait obtenu un grand succès critique et public, remportant de très nombreux prix littéraires. Un livre d’une grande puissance poétique qui bouleversait notre vision exotique idyllique de l’île de Mayotte en dénonçant le scandale oublié de ses bidonvilles surpeuplés et de ses enfants abandonnés à leur destin de misère exempt de promesses.

Si l’auteure traque toujours les faux-semblants en allant creuser derrière les apparences trompeuses et s’attache encore aux enfances saccagées, elle délaisse cette fois la noirceur de l’actualité tout comme le genre romanesque à proprement parler. Le ciel par-dessus le toit – dont le titre renvoie à un célèbre poème de Verlaine sans cesse repris en leitmotiv – se présente en effet d’emblée, et s’affirme tout du long, comme un petit conte de fées qui, lui, finit bien. Un conte où l’auteure, nous demandant sans cesse d’imaginer, adopte une langue poétique lumineuse étonnamment simple et concrète, douce et paisible, et même parfois délibérément enfantine – tant dans certaines de ses formulations que dans ses malicieux échos rimés – pour transcender la dureté de la vie.

Borgo Vecchio, Giosuè Calaciura (par Emmanuelle Caminade)

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Vendredi, 06 Septembre 2019. , dans La Une Livres, La rentrée littéraire, Critiques, Les Livres, Italie, Roman, Editions Noir sur Blanc

Borgo Vecchio, août 2019, trad. italien Lise Chapuis, 152 pages, 16 € . Ecrivain(s): Giosuè Calaciura Edition: Editions Noir sur Blanc

 

Journaliste, nouvelliste, dramaturge et romancier, le Sicilien Giosuè Calaciura est une des voix les plus marquantes de la littérature italienne contemporaine, et on a encore en mémoire son chef d’œuvre Malacarne (1998), flamboyante geste sanguinaire s’avérant sans doute le roman le plus singulier et le plus puissant écrit sur la mafia.

Publié en 2017 en Italie où il remporta le prix Volponi, Borgo Vecchio vient de sortir en version française dans l’excellente traduction de Lise Chapuis, et il ne déçoit pas les attentes. On retrouve en effet dans ce court et intense roman à l’écriture peaufinée cette démesure fabuleuse, caustique et visionnaire de l’auteur qui lui permet de dire la cruauté et la tristesse de la réalité sans sombrer dans le moralisme ni le misérabilisme. Ainsi que son humanité, particulièrement dans ce texte où « l’enchantement de la tendresse » affleure miraculeusement des principaux protagonistes.

Le Bruit des tuiles, Thomas Giraud (par Emmanuelle Caminade)

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Lundi, 02 Septembre 2019. , dans La Une Livres, La rentrée littéraire, Critiques, Les Livres, Roman, La Contre Allée

Le Bruit des tuiles, août 2019, 300 pages, 18,50 € . Ecrivain(s): Thomas Giraud Edition: La Contre Allée

Thomas Giraud nous transporte au milieu du XIXe siècle, à une époque où de nombreux Européens s’embarquaient pour l’Amérique, attirés par la promesse d’espaces vierges où tout était à construire. Il raconte l’échec d’un grand projet d’expérimentation collective, d’une utopie fouriériste qui devait aboutir à la liberté et au bonheur. Un projet qui, selon son organisateur, ne pouvait que réussir. Car Victor Considerant, s’érigeant en « prophète », pensait non seulement avoir trouvé le lieu idéal dans la « Terre promise » du Texas mais avoir tout prévu, tout envisagé. Tenant compte des raisons des échecs de ses prédécesseurs qu’il prétendait avoir comprises, ce polytechnicien avait en effet préparé ce projet sur le papier avec méthode ; il avait anticipé chaque étape dans ses moindres détails.

Mais « l’Eden sauvage » que ces pionniers – « tous animés de principes égalitaires » à défaut d’avoir pour la plupart « jamais planté un haricot ou une salade de leur vie » ni « jamais monté un mur » – devaient transformer en « Eden harmonique » s’avéra vite un enfer. Car « tout semblait moins préparé sur place que dans ses architectures de papier ». Et sur ces terres infertiles plombées par un climat rigoureux aussi glacial en hiver que caniculaire en été, où s’abattent parfois par malchance des nuages de sauterelles, l’éphémère communauté de La Réunion fondée en 1855 à quelques kilomètres de Dallas périclita et disparut cinq ans plus tard.

Les petits de Décembre, Kaouther Adimi (par Emmanuelle Caminade)

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mercredi, 28 Août 2019. , dans La Une Livres, La rentrée littéraire, Critiques, Les Livres, Maghreb, Roman, Seuil

Les petits de Décembre, août 2019, 256 pages, 18 € . Ecrivain(s): Kaouther Adimi Edition: Seuil

 

Dans son quatrième roman, Les petits de Décembre, la jeune écrivaine algérienne Kaouther Adimi s’empare d’un fait divers de son pays datant de 2016, le détournant et l’enrichissant pour construire une fable dont les héros sont trois enfants d’une dizaine d’années. Elle explore ainsi avec acuité les rouages et les maux de la société algérienne actuelle, soulignant le poids de l’histoire, notamment de la décennie noire, et dénonçant avec fantaisie et humour l’emprise d’une gérontocratie militaire arrogante et corrompue sur des Algériens asservis, résignés et timorés s’en faisant les complices. Et elle met tout son espoir dans la soif de justice de cette jeune génération affranchie de la peur qui n’a pas connu la terreur islamiste, dans ses capacités de révolte et de résistance.

L’histoire se déroule à Dely Brahim dans la banlieue ouest d’Alger, dans cette « cité du 11 décembre 1960 » appartenant à l’armée et réservée à des familles de militaires ou d’anciens moudjahidines, dont le nom rappelle ces gigantesques manifestations qui se levèrent à Alger et dans les grandes villes du pays pour réclamer l’indépendance, véritable soulèvement populaire contre le colonialisme.