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Articles taggés avec: Caminade Emmanuelle

Reflets des jours mauves, Gérald Tenenbaum (par Emmanuelle Caminade)

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mardi, 05 Novembre 2019. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman, Héloïse D'Ormesson

Reflets des jours mauves, octobre 2019, 208 pages, 17 € . Ecrivain(s): Gérald Tenenbaum Edition: Héloïse D'Ormesson

 

Gérald Tenenbaum est mathématicien et romancier et son œuvre romanesque, marquée par le poids du passé, de la disparition, s’intéresse aux trajectoires des hommes comme aux traces laissées par leur passage, creusant de multiples manières les notions de destin et de hasard. Toujours fasciné par le mystère du vivant, par les variations et les chemins de traverse, et animé par un même besoin de sens, de cohérence, l’auteur cherche l’harmonie englobant dans un plan d’ensemble toutes ces dissonances au sein de la vaste symphonie d’un univers qui nous dépasse. Explorant sans cesse notre rapport au monde, il tente de réconcilier la froide logique du destin et la liberté offerte par ce hasard ouvrant le champ des possibles. S’insérant dans le prolongement de son précédent roman, Les Harmoniques, dont il semble constituer une sorte de volet plus sombre, Reflets des jours mauves met ainsi en scène le mouvement de nos vies et de nos rencontres dans son infinie complexité, et avec cette tonalité mémorielle mélancolique donnée par le manque et l’absence. C’est une histoire imprégnée de « la tristesse de tout ce qui n’est pas advenu » dont le héros, incapable de saisir l’occasion quand elle se présente, semble s’être avéré l’homme des mauvais choix.

Des vies débutantes, Sébastien Verne (par Emmanuelle Caminade)

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mercredi, 09 Octobre 2019. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Asphalte éditions, Roman

Des vies débutantes, Sébastien Verne, août 2019, 196 pages, 16 € Edition: Asphalte éditions

 

 

Des vies débutantes, premier roman de Sébastien Verne, se déroule aux Etats-Unis au début des années 1990. C’est un roman d’aventures et d’apprentissage atypique ayant pour anti-héros une sorte de bois flotté emporté par le hasard des courants de la vie. C’est surtout une ode à la photographie argentique qui, dans l’obscurité de ses bains successifs, vient nous révéler l’intimité de l’Amérique au-delà de ses grands espaces ainsi que celle du trio de personnages animant le roman. Réunis par la photographie, se retrouvent en effet en son cœur trois jeunes gens en quête de cet argent donnant toute liberté de réaliser ses rêves et prêts à jouer leur destin. Une rencontre explosive qui entraînera le héros à se perdre mais aussi à renaître dans une fuite en avant incontrôlable…

Avant que j’oublie, Anne Pauly (par Emmanuelle Caminade)

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mardi, 01 Octobre 2019. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman, Verdier

Avant que j’oublie, août 2019, 144 pages, 14 € . Ecrivain(s): Anne Pauly Edition: Verdier

 

Même si l’histoire a été recomposée et modifiée et son écriture travaillée, ce qui permet de la qualifier de roman, Avant que j’oublie est un récit très largement autobiographique et peu distancié mêlant le tragique et le comique qui nous plonge dans la « vraie vie », au ras des situations et des ressentis comme des corps et des objets. Et Anne Pauly mène ostensiblement à la première personne ce récit de deuil, hommage d’une fille à son père Jean-Pierre Pauly, ancien alcoolique unijambiste et insuffisant respiratoire au corps déchu qui, un jour d’octobre, mourut seul à l’hôpital d’un cancer.

C’est un premier roman dont on peut trouver a priori le sujet impudique, voire indécent car, s’adressant à un père singulier et non au lecteur, il fait de ce dernier un voyeur s’immisçant dans l’intimité de ce père et de sa fille. D’une fille pleine de tendresse pour ce « gros déglingo » anticonformiste et « punk avant l’heure » que fut son père. Et les motivations de l’écriture d’Anne Pauly s’avèrent de surcroît plus thérapeutiques que littéraires, de son aveu-même.

Après cent ans, Jean-Yves Acquaviva (par Emmanuelle Caminade)

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mercredi, 25 Septembre 2019. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman

Après cent ans, Colonna Edition, juin 2019, trad. corse, Bernadette Micheli, 100 pages, 15 € . Ecrivain(s): Jean-Yves Acquaviva

 

Ecrit en corse et publié en 2014, le deuxième roman de Jean-Yves Acquaviva vient de paraître en français sous le titre Après cent ans, dans la fidèle traduction de Bernadette Micheli. C’est un roman d’apprentissage atypique, un conte plus philosophique qu’initiatique rendant poreuses les frontières du rêve et de la réalité. Et on ne peut s’empêcher de le mettre d’emblée en parallèle avec Le Garçon (Zulma, 2016), tant l’argument de départ et la démarche sont étonnamment similaires, la comparaison ne nuisant aucunement à l’auteur dont la courte fiction ne s’avère pas moins marquante que le long roman de Marcus Malte.

Sa mère étant morte en lui donnant naissance, le héros a été élevé dans un pâturage de montagne par un berger muet et solitaire. A la mort de ce premier père, cet enfant privé de parole et même de nom, se retrouvant comme un chien brusquement abandonné par son maître, quitte le paradis innocent de son enfance, ce monde limité par sa « pierre-oiseau » sur la crête dominant l’immense « étendue turquoise » mêlant dans le lointain le bleu du ciel et de la mer.

On ne peut pas tenir la mer entre ses mains, Laure Limongi (par Emmanuelle Caminade)

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Vendredi, 20 Septembre 2019. , dans La Une Livres, La rentrée littéraire, Critiques, Les Livres, Roman, Grasset

On ne peut pas tenir la mer entre ses mains, août 2019, 290 pages, 19 € . Ecrivain(s): Laure Limongi Edition: Grasset

 

Laure Limongi a publié une dizaine de livres entre fiction, essai ou poésie, parfois écrits en collaboration avec des graphistes, et ce n’est que récemment quelle a commencé à sonder la veine autobiographique dans Anomalie des zones profondes du cerveau (Grasset, 2015), tout en dépassant largement l’autofiction. Et elle continue avec On ne peut pas tenir la mer entre ses mains, un dernier roman semblant lui s’inscrire dans une quête identitaire.

Née à l’époque de la création du FLNC dans une Corse en proie au romantisme révolutionnaire qui la bercera ensuite de ses « nuits bleues », l’auteure quitta dramatiquement son île natale suite à la mort de sa mère il y a plus de vingt ans. « Ame perdue » ayant désormais du mal à trouver sa place, l’exilée se décide enfin à entreprendre le voyage vers l’abîme de ces « limbes corses », à la recherche de « cette histoire tatouée en signes incompréhensibles » dans sa chair. A la recherche des secrets ayant plombé son enfance et sans doute du trésor d’un héritage, d’une appartenance, dans un roman familial creusant la matière-même qui l’a construite et l’a faite écrivaine. Une matière lourde de silences, de non-dits et de tabous…