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Deleuze, les mouvements aberrants, David Lapoujade

Ecrit par Didier Bazy , le Lundi, 27 Octobre 2014. , dans La Une Livres, Les Livres, Livres décortiqués, Côté Philo, Essais, Les éditions de Minuit

Deleuze, les mouvements aberrants, 2014, 300 pages, 27 € . Ecrivain(s): David Lapoujade Edition: Les éditions de Minuit

 

Logiques de Deleuze


Exprimer les logiques irrationnelles des mouvements aberrants dans une sorte d’encyclopédie est, selon David Lapoujade, l’entreprise philosophique de Gilles Deleuze. Excellente idée. Rare et difficile.

Rare. On réduit trop souvent Deleuze à des types de philosophie : de l’événement, de la vie, de l’immanence, des machines abstraites, des rhizomes, des déterritorialisations, des multiplicités, etc. – pour les plus savantes. On fait pencher, sur un autre plan, Deleuze du côté du philosophique non-philosophique et inversement. C’est possible mais c’est insuffisant. « Evitons le savant comme le familier ».

Difficile. Difficile encyclopédie car les multiplicités précisément prolifèrent. Difficile de donner une définition : un mouvement aberrant échappant à la raison et même, à l’ordre des raisons.

Le bonheur est facile, Edney Silvestre

Ecrit par Didier Bazy , le Mardi, 20 Mai 2014. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Langue portugaise, Roman, Belfond

Le bonheur est facile, traduit du portugais (Brésilien) par Hubert Tézenas, mai 2014, 190 pages, 17 € . Ecrivain(s): Edney Silvestre Edition: Belfond

Peu d’ouvrages poussent aussi loin le suspense avec talent. Et ses lecteurs risquent fort d’être suspendus, tendus jusqu’à la fin, dénouement qui est posé dès les premières lignes : quel destin pour cette enfant sourde et muette, kidnappée à la place d’une autre par d’anciens agents de Pinochet dont les âmes se sont noyées depuis longtemps ?

A l’orée de la démocratie brésilienne du début des années 90, un riche publicitaire (Olavo) aux pratiques mafieuses est rançonné : il doit verser 2 millions de Dollars pour récupérer cette enfant qui n’est pas la sienne. Il connaît du monde, de tous les côtés du monde, dans nombre de mondes possibles. Stratège sans pitié, il laissera croire que l’enfant est bien sienne pour piéger les ravisseurs – du coup leurrés, ces abrutis. Sourd aux requêtes de sa femme, parviendra-t-il à ses fins ?

Cette femme, Mara, qui est-elle pour subir de tels traitements de la part de ce macho abject et tout-puissant ? Née dans la misère, elle a grandi dans les favelas, a survécu grâce au métier d’escort-girl, pour vivre aujourd’hui dans la prison dorée d’Olavo. Elle a tout accepté de lui, son mépris, sa lubricité, ses cruautés, son cynisme radical. L’overdose de l’humiliation touche le fond. Jusqu’où ?

Maluco, Napoleon Baccino Ponce De Leon

Ecrit par Didier Bazy , le Vendredi, 16 Mai 2014. , dans Actes Sud, La Une Livres, Critiques, Amérique Latine, Les Livres, Roman

Maluco, Napoleon Baccino Ponce De Leon, traduit de l’espagnol (Uruguay) par Nelly Lhermillier, 408 pages, 24,50 € . Ecrivain(s): Napoleon Baccino Ponce De Leon Edition: Actes Sud


S’il s’abaisse, je le vante

S’il se vante, je l’abaisse.

Jusqu’à ce qu’il comprenne

qu’il n’est qu’un monstre incompréhensible.

(Pascal)

 

Bienvenue dans la Nef des fous. Certains livres, discrets, sont de petits chefs-d’œuvre. Merci Claudine Chapuis pour ce livre Fou, Maluco. Merci pour le récit picaresque de ce gnome juif converti violemment sous les moulinettes de l’Inquisition, obligé de parjurer sinon sa foi, du moins son assignation à être juif : si Juanillo savait vaguement qu’il était un peu juif (on lui a dit que sa mère était une putain juive) quelques questions alambiquées et cruelles lui auront asséné la certitude de son devenir-juif.

Murmurer à l’oreille des femmes, Douglas Kennedy

Ecrit par Didier Bazy , le Mercredi, 07 Mai 2014. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Nouvelles, USA, Belfond

Murmurer à l’oreille des femmes, traduit de l’américain par Bernard Cohen, février 2014, 264 pages, 21 € . Ecrivain(s): Douglas Kennedy Edition: Belfond

 

 

Dans ce recueil de petites histoires (déjà publiées en revue), Douglas Kennedy montre une proximité quasi mimétique avec Raymond Carver. Femme d’aujourd’hui, c’est moi. Lui, c’est encore moi. Flaubert en revue, à peine corrigé.

Toutes sont des scènes de la vie extra-conjugale, tel pourrait être le fil majeur qui les lie. Chaque événement est décrit du dehors : et tout est extra dans les vies de couple, dans la vie des couples, dans l’avis des fautes, dans le lavis monochrome de la nostalgie, dans ces machineries grinçantes, dans ces machinations ridicules, dans les aveux mensongers, dans les rencontres impossibles et les rendez-vous manqués, dans le baiser impossible, dans la honte assumée avec la plus parfaite mauvaise foi, dans les regrets et les malentendus, dans les remords et les souvenirs épicés.

Pour quelques milliards et une roupie, Vikas Swarup

Ecrit par Didier Bazy , le Mardi, 15 Avril 2014. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Asie, Roman, Belfond

Pour quelques milliards et une roupie, traduit de l’anglais (Inde) par Roxane Azimi, avril 2014, 286 pages, 21,90 € . Ecrivain(s): Vikas Swarup Edition: Belfond

 

Un cocktail savamment ourdi. Ici le conte de fées se conjugue avec le manuel de management, la fable n’oublie jamais sa morale, le picaresque rivalise avec le roman d’apprentissage et l’aventure se décline en sept épreuves initiatiques.

On ne glosera pas sur le chiffre sept mais les symbolistes y trouveront sans doute ripailles.

De qui est-il question ? D’une jeune vendeuse dans la mouise. De quoi s’agit-il ? D’un deal qu’un milliardaire (on se demandera éternellement comment le milliardaire a trouvé cette jeune femme – la vérité romanesque est la fiancée du mensonge romantique) propose à la jeune femme : si vous traversez avec succès les sept épreuves que je vous impose, vous serez la patronne de mon empire industriel et financier…

Bon. La jeune femme, pleine de bon sens, n’en croit rien et elle a bien raison. Sauf que – très vite, roman oblige – l’héroïne, acculée par une série noire de déboires, n’ayant plus rien à perdre, a du coup (bien logique) tout à gagner. Et quand littérature et logique concluent un PACS, la philosophie surgit, diablesse improbable.