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Comment il ne faut pas écrire, Antoine Albalat (édition établie par Yannis Constantinidès)

Ecrit par Didier Bazy , le Mardi, 05 Janvier 2016. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Essais, Mille et une nuits

Comment il ne faut pas écrire, septembre 2015, 128 pages, 4 € . Ecrivain(s): Antoine Albalat Edition: Mille et une nuits

 

 

Si NE et PAS sont ici barrés dans le titre, ce n’est pas un effet de style. Ce n’est pas non plus du Le Clézio ou du Derrida. Cela désigne tout simplement et très directement la nature de l’ouvrage. De l’original centenaire sans barres, Y. Constantinidès extrait le positif et biffe le négatif. C’est bien beau de savoir comment il ne faut pas, c’est mieux de savoir comment il faut. Ecrire. Créer ?

D’abord lire. Lire et relire jusqu’à ce que l’écriture s’ensuive. Ou ne s’ensuive pas. Si possible et si nécessaire. Et se hisser sur les épaules des géants. Ce n’est pas forcément une affaire de quantité. Albalat osa user d’Oscar Wilde pour saisir Flaubert : « L’oreille est vraiment le seul sens auquel, du point de vue de l’art pur, la littérature devrait chercher à plaire et dont le plaisir devrait être la règle ». L’essentiel serait que des voix intérieures sourdent. Relire à voix haute. Ainsi les litanies de Péguy, à voix hautes. Fantômes intemporels.

Pierrot ou les secrets de la nuit, Michel Tournier

Ecrit par Didier Bazy , le Jeudi, 29 Octobre 2015. , dans La Une Livres, La rentrée littéraire, Critiques, Les Livres, Folio (Gallimard), Contes, Jeunesse

Pierrot ou les secrets de la nuit, Michel Tournier, Images Danièle Bour, 48 pages . Ecrivain(s): Michel Tournier Edition: Folio (Gallimard)

Ecrire n’importe quoi n’est pas très difficile. On peut même traîner en longueurs ennuyeuses. Les contes sont souvent tristes. La langueur les plombent et les lecteurs plongent, injustement contristés. Michel Tournier, écrivain soi-disant tardif, prend du temps pour écrire. Du long, bien connu. Du court, et même très court.

Avec Pierrot, on est contristé. Ça ne peut plus durer. Ça ne va pas durer. Parce que c’est dans la dure durée que toute vie change vite de modes. En 40 pages moins les images, à peine 20 pages, Michel Tournier nous initie, dès l’âge de 8 ans, à Spinoza. Tout simplement. Tournier l’a signalé. Plusieurs fois. En plusieurs endroits. Non sans fierté ou fausse modestie. En quelques phrases, le mythe de Pierrot la lune est élucidé et, dans le même temps, l’Ethique de Spinoza frappe comme un éclair.

Spinoza n’est pas plaqué sur le conte pour le raccourcir. L’éthique est (re)découverte par le traitement que Tournier opère à la chanson. Et c’est le raccourci, balai de sorcière, qui renvoie à Spinoza tout entier. Tournier prend Pierrot au pied du four de sa boulangerie nocturne. La pâte est posée, la Substance repose. Le mode de vie de Pierrot est tout entier à la pâte. Pierrot n’est pas la Substance mais déjà, il est installé à l’orée divine. C’est sa chance : il sent et expérimente qu’il est éternel. A condition de persévérer dans son être. Ce qu’il semble condamné à faire : pétrir ou périr.

Opération Napoléon, Arnaldur Indridason

Ecrit par Didier Bazy , le Lundi, 19 Octobre 2015. , dans La Une Livres, La rentrée littéraire, Critiques, Les Livres, Pays nordiques, Roman, Métailié

Opération Napoléon, octobre 2015, 350 pages, 20 € . Ecrivain(s): Arnaldur Indridason Edition: Métailié

 

Indridason invente l’Histoire. 1945. Un avion est pris dans une tempête. Crash. Le glacier islandais imprononçable Vatnajökull ensevelit l’engin. Et nous voici en 1999. Au miracle climatique, l’avion ressort le bout du cockpit. Les Américains qui voient tout désormais le repèrent sur leurs écrans de contrôle sophistiqué. Une section est envoyée sur place au mépris des autorités islandaises suffisamment colonisées. Des secouristes locaux, testant des snow-mobiles dernier cri, découvrent des soldats US et leur campement autour de l’épave. C’est parti. Que contenait cet avion allemand ? Des américains, des allemands, de l’or refondu en lingots, de la drogue, des documents secrets ? Un peu de tout ça et rien de tout ça. L’intrigue est campée, glaciale.

Ce livre est dangereux. Il pourrait donner du grain à moudre aux véhémentes victimes des pseudo-théories du complot. On y croit, on s’y croit, on y est. Parano. Indridason ficèle cette histoire de toutes pièces. Or, rien d’historique. Tout est imaginé. Et ça tient la route comme dans l’histoire officielle, genre les dossiers de l’écran désormais archives sur INA.fr.

Collection, une collection de plus ?

Ecrit par Didier Bazy , le Samedi, 29 Août 2015. , dans La Une CED, Les Dossiers

 

 

La Cause Littéraire a grandi, a grossi. Collection, avec les Editions de Londres, voudrait-elle imposer à la Cause une cure de rajeunissement, d'amaigrissement ? Pas toujours facile de se repérer dans cette somme de textes. Y voir un peu plus clair. En les mettant en boite dans des ebooks ? Collection veut simplifier et optimiser la lecture. Mettre en rayons numériques des textes déjà parus mais relus, revus, ajoutés, soustraits. Collection fait de la conservation de son patrimoine. L'atelier de rénovation va tourner au régime de six numéros par an. Les auteurs ont des droits du coup. Collection aime les auteurs autant que les lecteurs. Ils se ressemblent tant. Les quelques euros collectés iront, dans un an, amortir la maintenance du site La Cause Littéraire  ainsi que les investissements des Editions de Londres. Saluons le risque pris Vincent Potier, son fondateur hardi.

Une vraie jeune fille, Michel Host (2ème article)

Ecrit par Didier Bazy , le Mercredi, 27 Mai 2015. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Nouvelles

Une vraie jeune fille, Plumes du coq, Weyrich, février 2015, 200 pages, 14 € . Ecrivain(s): Michel Host

 

Sept nouvelles et trois contes. Un nouveau décalogue signé Michel Host ?

(Des dix injonctions nous n’en évoquerons que trois, au hasard)

Le genre de la nouvelle demande : que s’est-il passé ? Allons-y. Que s’est-il donc passé dans la nouvelle Une vraie jeune fille, long récit inaugural jusqu’au titre de l’éditeur ?

Première nouvelle.

Miss Atta est Une vraie jeune fille. Elle chasse à l’arbalète, à poil, en compagnie d’Holopherne, lui aussi à poil. Que chassent-ils ? Le plaisir ? Le bonheur ? Les chasseurs à fusils ? Que s’est-il passé pour qu’une jeune baronne en arrive là ? Comme le narrateur est ici enquêteur, on apprendra vite ce qui s’est passé. Mais on ne saura jamais comment ça s’est passé. Michel Host, loin des modes, casse le code de la nouvelle. Excellente nouvelle.