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Les Tréteaux du Diable (2) - Introduction 1, Résurgences (par Léon-Marc Levy & Avi Barack)

Ecrit par Léon-Marc Levy, Avi Barack , le Jeudi, 07 Avril 2016. , dans La Une CED, Etudes, Les Dossiers

 

Le Prince des Ombres n’est pas retiré des affaires. A s’en tenir à ses réapparitions itératives dans la littérature ou le cinéma, il faut bien reconnaître que le vieux Belzébuth exerce encore effets de terreur et de fascination sur l’imagination des hommes. L’Eglise l’avait tenu à bout de bras pour dociliser ses brebis et, si elle a perdu de son influence, la civilisation de l’image l’a amplement remplacée. A icône, icône et demi. On peut penser que ce fonds de commerce du Diable n’a d’autre sens que… le fonds de commerce justement. Mais le Diable a suffisamment fait escorte à l’histoire des hommes, suffisamment assisté à ses crises, insisté sur ses failles et brisures pour que nous nous permettions de balayer ses prestations récentes d’un mépris trop hâtif. Cette résurgence du nocturne démonologique dans notre société des images doit nous interroger : l’ombre qui refait surface à la lumière des discours de la Cité questionne toujours. Surtout dans une époque, la nôtre, où la Cité pare ses langages de toutes les apparences de la rationalité scientifique et organise ses métaphores autour d’une technologie toute-puissante. Cette floraison d’images nous interpelle du lieu même de son grand et régulier succès auprès des publics occidentaux.

Les Tréteaux du Diable (I) Avant-propos – Le Diable et l’Histoire (par Léon-Marc Levy & Avi Barack)

Ecrit par Léon-Marc Levy, Avi Barack , le Jeudi, 30 Avril 2015. , dans La Une CED, Etudes, Les Dossiers

« De la Ville, les mourants se lamentent

et l’âme des blessés crie au secours,

mais Eloah n’entend pas la prière !

Au petit jour se lève l’assassin,

Il tue le pauvre et l’indigent

Et l’œil de l’adultère épie le crépuscule

Il se dit : « un œil ne m’aperçoit point ! »

Et il met le voile sur sa face.

Et dans la nuit marche le voleur,

Il perfore, dans les ténèbres, les maisons

Qu’il a repérées le jour (…)

S’il n’en est pas ainsi, qui me convaincra

De mensonges et réduira à néant ma parole ? »

Job. XXIV. 12-25

Le Satan d'Amérique (par Avi Barack)

Ecrit par Avi Barack , le Lundi, 23 Juillet 2012. , dans Chroniques régulières, La Une CED, Les Chroniques

 

C’est avec un plaisir non mégoté que je viens de revoir, plusieurs fois, en version longue, « L’Exorciste » de William Friedkin. D’abord ça m’a rajeuni, ce qui n’est pas rien. La dernière fois c’était autour de 1995. Et puis ça m’a remis dans un questionnement sur une Amérique qui décidément m’obsède. Au moins autant que Satan – dirait quelque ayatollah.

Le nocturne refait surface à travers ce film, produit pur de la machine hollywoodienne. On se méfie donc, a priori, Hollywood nous en a fait tant voir dans son culte du couple culture/dollar. Autre raison de méfiance : le créneau de l’horrible nous a valu souvent de mémorables navets (j’ai souvenir des festivals du film d’hotteur, qui nous servaient régulièrement  des nuits à 3 navets pour le prix d’un !). Seulement voilà, la méfiance n’est jamais complètement innocente, elle ne peut l’être que partiellement. Ici encore, c’est le cas : d’une part un rejet louable d’une exploitation douteuse des fascinations troubles et perverses d’une époque et d’autre part un rejet, lui moins louable, de quelque chose qui interfère dans un champ bien clos et qui nous dérange au cœur même de l’affect.

John Steinbeck : De America (par Avi Barack)

Ecrit par Avi Barack , le Mardi, 05 Juin 2012. , dans Chroniques régulières, La Une CED, Les Chroniques

 

L'opinion la plus courante concernant John Steinbeck et son œuvre, et ce n’est innocent ni d’une conception inepte de la littérature ni d'un parti pris idéologique, est que le cadre du travail de Steinbeck, de son discours, serait en gros un regard « sur » l’Amérique. Et on en a tiré, à longueur d’études et de thèses à n’en plus finir, une vision parfaitement desséchée de ce trésor littéraire. Regard « sur » l’Amérique entend regard « sur » l’histoire de l’Amérique d’où coupure Histoire/sujet regardant : du coup, de papa Steinbeck, on attend une critique – tant qu’à faire "marxiste-léniniste" ne lésinons pas – de l’Histoire Yankee passée et présente ! Ben voyons. Il y a Steinbeck et il y a les USA donc tout est possible. Tout est possible oui, même l’aveuglement, même de passer les bornes. De se permettre un glissement de préposition s’érige en symptôme. Du « sur » au « de » c’est la frontière, rien que ça, entre idéalisme et matérialisme. Il n’y a pas de « ça-parle » de Steinbeck « sur » l’Amérique parce que l’enracinement symbolique est ce qui du réel intervient dans l’imaginaire. Du réel ou, il y en a qui disent de la « réalité ». On peut dire cela plus simplement (j’entends bien la rumeur de l’hystérie) : Le discours de John Steinbeck n’est pas « sur » l’Amérique mais « de » l’Amérique. L’Amérique n’est pas son propos mais son lieu, le socle émetteur de son écriture, sa source.

Peut-on ne pas aimer Céline ? (par Avi Barack)

Ecrit par Avi Barack , le Mardi, 08 Mai 2012. , dans La Une CED, Les Chroniques

 

La chose est des plus étranges. A force de se poser l’éternelle question du statut, voire de la légitimité – comment peut-on ? - de Louis-Ferdinand Céline dans le paysage littéraire (et autre) français, on a fini par rendre Céline obligatoirement aimable, génial, « incontournable » comme on dit chez les cuistres. Ce qui est aussi déplorable, au fond, que de le figer en « écrivain maudit ».

On peut oser sans problème ne pas aimer Proust, Gide, voire l’intouchable Camus. Personne ne vous conteste ce droit. Vous pouvez même les détester, il s’agit de goûts littéraires. Mais Céline, on ne peut pas. On ne peut plus. A la déclaration simple : « je n’aime pas Céline » est systématiquement accolée une suite tacite mais Ô combien assourdissante, « parce qu’il est antisémite ». Je n’aime pas Céline parce-qu’il-est-antisémite : c’est ce qu’on appelle en linguistique (Antoine Culioli) un « énoncé indissociable ». Avec Roland Barthes on parlerait d’holophrase. La première proposition (pourtant principale) « je n’aime pas Céline », comme elle est a priori considérée par votre interlocuteur comme subordonnée à la seconde (même non dite) « parce qu’il est antisémite », en devient du coup impossible. « Je n’aime pas Céline » est impossible (à dire, à écrire, à penser) puisque c’est une phrase tronquée, la seule phrase possible étant « je n’aime pas Céline parce qu’il est antisémite ».