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Roman

Campagne, Raymonde Vincent (par Anne Morin)

Ecrit par Anne Morin , le Mardi, 12 Septembre 2023. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres

Campagne, Raymonde Vincent, éditions Le Passeur, Coll. Les Pages Oubliées, mai 2023, 291 pages, 19 €

 

Le temps qui passe, le temps qui rythme l’activité et la vie, la rencontre, la concentration des forces et des vies humaines et de la vie de la nature.

Dans ce microcosme où les distances sont allongées par l’économie des moyens de transport, Marie vit jusqu’à son adolescence avec sa grand-mère jusqu’au jour où, la guerre s’annonçant, la vieille femme est emmenée avec petite-fille et bêtes, un peu contre son gré, tout à fait à contrecœur, chez des cousins lointains. Car ici, l’espace s’enclot, se referme sur êtres et bêtes. L’éternel retour des choses aboli par ce chemin qui s’ouvre peu à peu aux regards de Marie, sonne aussi comme un adieu à l’avant :

« Qu’y avait-il, là-bas au tournant du chemin, dont les hautes herbes semblaient défendre l’approche ? Tout était changé ; ces arbres, ces fougères, ce sentier frais, ces choses si familières, si quotidiennes, Marie croyait les voir pour la première fois. Brusquement elles avaient l’apparence de ces paysages dans les contes de fées que sa grand’mère lui disait parfois ; (…) La voix de Robert qui l’appelait fit rebrousser chemin à Marie » (p.38).

Rétrécissement, Frédéric Schiffter (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Mercredi, 06 Septembre 2023. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Le Cherche-Midi

Rétrécissement, Frédéric Schiffter, Le Cherche Midi, mai 2023, 192 pages, 19 € . Ecrivain(s): Frédéric Schiffter Edition: Le Cherche-Midi

 

« Ma bibliothèque intérieure, me suis-je dit, ne prendra ni place ni poussière et si des ouvrages disparaissent de mes souvenirs, elle n’en sera que plus légère. Je m’arrangerai de ces oublis. L’honnête homme que je me pique d’être ne se prend pas pour un érudit ».

Rétrécissement est le roman d’une chute, d’une disparition, d’une perte, d’un effacement, celui de Baudouin Villard, un professeur de philosophie, qui perd pied, après avoir été licencié par sa seconde épouse, avoir perdu son pied-à-terre partagé, sa bibliothèque et son seul ami. Ses grands inspirateurs l’accompagnent et agacent la galerie de ses rares fréquentations : Cioran, ce marathonien du nihilisme dont une citation ouvre ce roman, Vivre, c’est perdre du terrain ; mais aussi ce cher Montaigne, Thomas Bernard, ou encore Schopenhauer, autant de vitamines pour la pensée, dont le narrateur est friand, comme il l’est pour en rire cette fois, de tous les nouveaux bonimenteurs du bien-être, de la joie, et de la fraternité et de la philosophie pour les roublards.

Le Livre de Liane, Agathe Lemaitre (par Patrick Devaux)

Ecrit par Patrick Devaux , le Mercredi, 06 Septembre 2023. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres

Le Livre de Liane, Agathe Lemaitre, éditions Harper Collins Traversée, mars 2023, 290 pages, 19 €

 

Liane rêvait de devenir écrivaine. Sa sœur Louise apprend son suicide alors qu’elle s’apprête à fêter son anniversaire. Louise opère alors une démarche à deux voix rendant vie aux évènements qui ont mené sa sœur au drame, les faits étant rendus compréhensibles, notamment, à partir d’archives policières, courriels et journal intime de la défunte. Harcelée à l’école, la tragédie se révèle au grand jour tandis que les tentatives d’interventions, gardées secrètes à ses proches, ne s’avèrent d’aucune aide. Les traces laissées révèlent la forte personnalité de la personne meurtrie :

« Laissez-moi vous dire que je comprends votre point de vue. Je peux entendre que vous trouviez que la situation est au point mort. C’est vrai, j’ai déchiré plusieurs options que vous auriez pensé bénéfiques. J’ai rejeté la possibilité d’hospitalisation, ne pensant pas que cela aurait pu m’aider. J’ai refusé les traitements médicamenteux, et ce même si je suis à ce jour incapable de justifier pourquoi. Je mets en doute l’idée de contacter mes parents, car je ne ressens pas l’envie de m’expliquer avec eux, j’ai juste besoin d’être protégée d’eux ».

Sanctuaire (Sanctuary, 1931), William Faulkner (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mardi, 05 Septembre 2023. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Folio (Gallimard), En Vitrine

Sanctuaire (Sanctuary, 1931), William Faulkner, Folio, trad. américain, R.N. Raimbault, Henri Delgove, 376 pages . Ecrivain(s): William Faulkner Edition: Folio (Gallimard)

 

William Faulkner a déclaré dans une interview de 1951 qu’il avait composé ce roman violent en 1931 comme un simple gagne-pain. On pourrait, au premier abord, y croire : un mélodrame criminel glauque et brutal, loin de la veine moderniste des autres ouvrages du Faulkner de l’époque, The Sound and the Fury (1929) et As I Lay Dying (1930), Sanctuary pourrait bien n’être rien de plus qu’une tentative de best-seller, un livre bien ancré dans l’air de son temps, de l’époque « dure » de la littérature américaine. Et ça a marché : ce roman a rapporté à Faulkner plus de renommée et d’argent que toutes ses œuvres publiées jusqu’alors. Même la noirceur du tableau social du Sud pauvre et arriéré pourrait entrer dans l’intention d’offrir au public ce qu’il voulait alors, les lecteurs des villes – qui sont évidemment les plus nombreux – étaient alors friands de récits graveleux issus de ce « Tiers-Monde » des USA que constituait le Sud, avec ses viols, ses incestes et ses meurtres sauvages, tout en gardant la conscience nette, comme si leur intérêt pour ces histoires était une forme de charité.

La Jolie Madame Seidenman, Andrzej Szczypiorski (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Lundi, 04 Septembre 2023. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Pays de l'Est, Editions Noir sur Blanc

La Jolie Madame Seidenman, Andrzej Szczypiorski, Les Éditions Noir Sur Blanc, mai 2023, trad. polonais, Gérard Conio, 272 pages, 23 € Edition: Editions Noir sur Blanc

 

Le titre choisi pour l’édition française du septième roman d’Andrzej Szczypiorski (1928-2000), le plus connu avec Messe pour la ville d’Arras, est malheureux, La Jolie Madame Seidenman (1986), bien que permettant d’articuler un réseau d’interactions après son arrestation dans la Varsovie de 1943, n’est au fond qu’un prétexte pour l’auteur destiné à montrer l’état d’esprit de cette Varsovie au travers du sort et des réflexions d’une poignée de personnages, certains récurrents, d’autres passagers clandestins, la narration oscillant entre le point de vue d’un narrateur omniscient et celui des différents personnages. Le titre polonais est Le Commencement, comme celui d’une Pologne qui doit continuer après la Seconde Guerre mondiale, écartelée, perdant peu à peu sa polonitude, si l’on permet ce barbarisme. Même si le texte de quatrième de couverture présente Irma Seidenman, devenue Maria Magdalena Gotomska afin d’échapper aux persécutions allemandes, comme le personnage auquel le lecteur va s’attacher, au fond, le vrai personnage central de ce roman, c’est la Pologne.