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Roman

Opus 77, Alexis Ragougneau (par Marc Ossorguine)

Ecrit par Marc Ossorguine , le Lundi, 03 Février 2020. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Viviane Hamy

Opus 77, Alexis Ragougneau Edition: Viviane Hamy

 

L'opus 77 qui est au centre de ce récit, c'est le 1er concerto pour violon de Dimitri Chostakovitch (aussi connu sous le numéro d'opus 99). Une œuvre que le compositeur, tour à tour réprouvé et honoré par le régime stalinien, composera dans une période pour lui sombre, en 1947-48 et qui sera créé en octobre 55 par le violoniste David Oistrakh et le chef Evguéni Mravinski. Pour autant ce n'est pas de Chostakovitch dont il est question dans ce 10e opus publié par Alexis Ragougneau (5 textes de théâtre et 5 romans).

Opus 77 nous introduit dans les secrets de famille d'un chef d'orchestre prestigieux, ancien pianiste, et dont la fille est aussi une pianiste de 25 ans dont la carrière internationale s'ouvre et s'annonce des plus remarquables, guidée par un imprésario de talent. Le récit s'ouvre sur les obsèques du père, Classaens, chef de l'Orchestre de la Suisse romande *. Sa fille, doit jouer une pièce pour piano avant de débuter la cérémonie, elle ne sait pas vraiment quoi jouer, après avoir passé ces derniers jours au chevet de son père agonisant.

Le Bon Sens, Michel Bernard (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Vendredi, 31 Janvier 2020. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, La Table Ronde

Le Bon Sens, janvier 2020, 208 pages, 20 € . Ecrivain(s): Michel Bernard Edition: La Table Ronde

 

« La parole de Jeanne s’enlaçait comme une liane vigoureuse, verdoyante, au questionnement sec et abstrait des prêtres, professeurs et maîtres qui la jugeaient, et montait plus haut. Il comprenait mieux comment elle avait pu séduire et entraîner seigneurs et soldats. Et puis elle était morte, encore une enfant, horriblement ».

Le Bon Sens poursuit ce chemin littéraire et historique ouvert avec Le Bon Cœur par Michel Bernard, écrivain de passions et de raisons. Jeanne d’Arc a été condamnée et mise à mort, Charles VII s’emploie à rendre la France à la France et à en chasser les anglais, fidèle à la mission que s’était fixée la Pucelle. Le Bon Sens est le livre de cette reconquête, celui du pardon royal pour ceux qui ont fait alliance avec les envahisseurs, mais aussi celui du procès en vérité de Jeanne, et la proclamation de l’arrêt annulant sa condamnation, le 7 juillet 1456. Michel Bernard s’attache et nous attache à ces hommes de Bon Sens qui vont participer à la mise au jour de la vérité, à la conquête d’une parole juste, à la mise en lumière des accusations et du jugement du tribunal qui l’a condamnée au bûcher pour sorcellerie.

Puisque voici l’aurore, Annie Cohen (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Jeudi, 30 Janvier 2020. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Biographie, Editions Des Femmes - Antoinette Fouque

Puisque voici l’aurore, Annie Cohen, janvier 2020, 160 pages, 14 € Edition: Editions Des Femmes - Antoinette Fouque

 

La mort de la maladie

Dans le dernier livre d’Annie Cohen, Puisque voici l’aurore – dont elle illustre la couverture, où l’on voit l’orée d’un bois la nuit, ou, vu en plongée, un paysage arboré où d’étranges figurines se tapissent –, l’auteure compare l’écriture à « un crash sur la feuille du carnet noir » – peut-être l’évocation du choc d’un avion qui s’écrase dans le désert de l’Algérie en guerre ? Annie Cohen transpose des fragments de présent, ajournés, dans la réduplication de l’acte d’écrire, son activité principale, qui la relie à son passé, au Mexique, aux Caraïbes, à l’Algérie. La narratrice porte des « bracelets en argent », le signe d’appartenance des Kabyles et des nomades, ainsi qu’une « chaîne en or », celui des Algérois citadins. Les mots sont sous escorte, depuis « la morsure aigüe, vivace » du scorpion, la morphine pour en diminuer la douleur, les antidépresseurs pour réguler les humeurs, des « effluves de cannabis » pour apaiser les traumatismes, « une canne », « un infirmier » pour se diriger après « les suites de l’AVC ». A. Cohen dit « je » pour « toute une vie d’écriture marquée de dépression et de réappropriation ». Et elle l’affirme « du haut de la judéité, comme un fondement ».

Briser en nous la mer gelée, Erik Orsenna (par Parme Ceriset)

Ecrit par Parme Ceriset , le Jeudi, 30 Janvier 2020. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Gallimard

Briser en nous la mer gelée, janvier 2020, 462 pages, 22 euros . Ecrivain(s): Erik Orsenna Edition: Gallimard

 

Le livre d’Erik Orsenna « Briser en nous la mer gelée » est un merveilleux voyage au cœur de l’esprit humain, une véritable exploration de l’amour. Pour reprendre les mots du narrateur, c’est au départ « l’histoire d’une gratitude » : un homme, Gabriel, écrit à une juge aux affaires familiales pour la remercier d’avoir tenté de le dissuader de divorcer de Suzanne, la femme qu’il aime.

C’est aussi l’histoire d’un double cheminement, celui de Gabriel l’écrivain et de l’évolution de ses projets artistiques, et celui de l’homme, du couple même, car si certains amants ont la force « d’entrer tout de suite dans leur vérité », pour d’autres, « il faudra beaucoup, beaucoup voyager…Ils ne se retrouveront que s’ils ont de la chance ».

Et le lecteur voyage lui aussi, il embarque sur la rivière de l’amour fou qui unit dès le premier regard les deux héros, Gabriel, ingénieur en transport fluvial et Suzanne, vétérinaire et passionnée de chauves-souris.

Moustiques, William Faulkner (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mercredi, 29 Janvier 2020. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Points

Moustiques (Mosquitoes, 1927). Traduit de l’américain par Jean Dubramet. 328 p. 8,80 € . Ecrivain(s): William Faulkner Edition: Points

 

Ecrire, ne serait-ce que quelques lignes, sur un roman de William Faulkner semble toujours être d’une audace présomptueuse. Tant a été dit, écrit, analysé, disséqué sur l’œuvre du maître du Mississippi qu’il peut paraître inutile de dire encore quelque chose. Plus d’audace encore que de dire dans ce propos que le roman considéré est, probablement, le moins grand de son auteur. Mais le « moins grand » Faulkner ne serait-il pas aussi un grand roman ?

Un bateau de loisirs, la Nausicaa, en croisière sur un lac (probablement le Pontchartrain, jamais nommé dans le roman), appartenant à une grande bourgeoise créole, Mrs Maurier, emmène pour une croisière de quelques jours une bande de personnages « Bourgeois Bohêmes » – déjà – artistes, mécènes, jolies filles, bourgeois sudistes de la Jet-Society orléanaise. Croisière qui s’avèrera mouvementée mais surtout un moment d’échanges vides entre personnages qui ne le sont pas moins. Amour, argent, succès, déceptions – l’occasion est rêvée pour ces gens de trimbaler leur égocentrisme, de se l’envoyer à la figure à longueur de temps, dans une joute permanente lors de laquelle les « passions tristes » spinoziennes vont tenir la barre.