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Roman

Dans la mansarde, Marlen Haushofer (par Delphine Crahay)

Ecrit par Delphine Crahay , le Mercredi, 15 Janvier 2020. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Langue allemande, Babel (Actes Sud)

Dans la mansarde, Marlen Haushofer, août 2019, 222 pages, 7,80 € Edition: Babel (Actes Sud)

 

« Il est difficile d’imaginer à quel point

nous avons rendu notre univers étriqué et misérable »

 

Un drôle d’oiseau

Dans la mansarde commence et se termine un dimanche, au réveil, dans le lit conjugal de la narratrice qui rend compte, à chaque fois, d’une de ces sempiternelles et oiseuses chamailleries de vieux couple, devenues rituelles et qui en étayent l’édifice branlant et fissuré. Entre ces deux matins, une semaine comme les autres, à un détail près : un épisode éprouvant de son passé ressurgit inopinément, sous la forme d’enveloppes jaunes déposées dans sa boîte aux lettres et qui contiennent chacune une partie du journal intime qu’elle avait écrit à cette époque, frappée d’une soudaine surdité, elle avait été envoyée quelques mois dans une cabane forestière, sous la surveillance d’un garde-champêtre peu amène.

Le soleil sur ma tête, Geovani Martins (par Cathy Garcia)

Ecrit par Cathy Garcia , le Mercredi, 15 Janvier 2020. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Amérique Latine, Gallimard

Le soleil sur ma tête, Geovani Martins, octobre 2019, trad. portugais (Brésil) Matthieu Dosse, 135 p. 15 € Edition: Gallimard

« – C’est parce-que le monde entier est foncedé, frère. Comme si tu ne savais pas ça. Je te le répète : une semaine sans came et tout Rio de Janeiro s’arrête. Plus de médecins, plus de chauffeurs de bus, plus d’avocats, plus de policiers, plus d’éboueurs, plus rien. Tout le monde va devenir ouf à cause de l’abstinence. Cocaïne, Rivotril, LSD, ecstasy, crack, cannabis, antidouleurs, peu importe, frère. La came c’est le combustible de la ville.

– La came et la peur, j’ai ajouté ».

Ceci n’est pas un livre qui parle des favelas de Rio, ce sont les favelas qui y prennent la parole et donnent à voir une autre image, bien plus réelle, de cette ville qui fait rêver avec sa façade de carte postale, ses plages faussement paradisiaques, son carnaval à paillettes, sa samba perpétuelle. Rio de Janeiro a un autre visage, un visage balafré par la violence, fille bâtarde de l’exclusion sociale, un visage recouvert de la poussière humaine déposée par les exodes ruraux, populations nordestines et d’ailleurs, fuyant l’aridité extrême de leur existence et dont les espoirs s’échouent dans les quartiers nord et les bidonvilles nommés ici favelas, en mémoire d’une fleur qui pousse – poussait ? – sur les mornes abrupts qui dominent la ville.

Le Dernier Grenadier du monde, Bakhtiar Ali (par Cathy Garcia)

Ecrit par Cathy Garcia , le Vendredi, 10 Janvier 2020. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Pays arabes, Métailié

Le Dernier Grenadier du monde, Bakhtiar Ali, août 2019, trad. kurde sorani, Sandrine Traïdia, 336 pages, 22 € Edition: Métailié

 

« Au-dessus de sa tête, il voit les branches d’un grenadier. Il entend le bruit de la destruction et de la pulvérisation des objets, il a entendu parler de la poussière mortelle de verre que le vent répand la nuit sur le monde ».

Un roman bien déstabilisant que nous offre ici cet auteur d’origine kurde, un roman dont le rythme et la narration sont tout à fait atypiques pour un lecteur occidental, comme une litanie qui s’étire, se distend, se ressasse par des répétitions, comme un conteur qui aurait un peu perdu la tête, une sorte d’errance littéraire traversée de fulgurances d’une beauté telle, que le livre reste collé aux mains du lecteur.

« Regardez, toutes les histoires sont comme un tout petit ruisseau qui, à la fin, vient se jeter dans la vaste mer, riche de milliers d’autres histoires… Et chaque fois qu’un conteur meurt en chemin, il faut qu’un autre conteur prenne sa place et que, rivière après rivière et mer après mer, il poursuive cette histoire ».

L’Amour du monde, Charles-Ferdinand Ramuz (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 09 Janvier 2020. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Zoe

L’Amour du monde (1925), 200 pages, 10 € . Ecrivain(s): Charles Ferdinand Ramuz Edition: Zoe

 

Il y a toujours quelque chose d’étrange, de décalé dans les romans de Charles-Ferdinand Ramuz. Cela tient à ses univers dépouillés, ses récits d’une simplicité biblique, ses personnages frustes et surtout à son style si particulier, fait d’un mélange de sophistication et d’expression élémentaire. Il faudrait imaginer un Giono en plus épuré encore pour se rapprocher de l’écriture ramuzienne. Il faut cependant dire clairement que ce livre dépasse dans l’étrangeté tous les romans de Ramuz.

Ici encore, on retrouve son éternelle bourgade suisse – ici au bord du Léman – et ses personnages archétypiques, qui s’occupent au petit négoce, aux travaux domestiques, aux enterrements et aux amours des jeunes gens. Le monde de Ramuz – celui d’Aline* – fermé sur lui-même, coupé du temps et de l’espace environnant, un microcosme de passions simples et de drames privés.

« Il faut dire que nous sommes ici une petite ville de 4 ou 5000 habitants, pas plus, et qui s’était toujours tenue en dehors de la circulation. Nous sommes bien sur la ligne des grands rapides internationaux, mais ils passent sans s’arrêter.

Rhapsodie des oubliés, Sofia Aouine (Par Sandrine Ferron-Veillard)

Ecrit par Jeanne Ferron-Veillard , le Jeudi, 09 Janvier 2020. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, La Martinière

Rhapsodie des oubliés, Sofia Aouine, août 2019, 201 pages, 18 € Edition: La Martinière

 

« Je te dirai juste que je suis un esquiveur : je fais croire que je sais rien, comme ça ceux qui savent, savent que je sais. T’as pas compris, c’est pas grave, tu pigeras plus tard ».

Tu vas piger très vite. S’accrocher à la paroi ou disparaître, il n’y a que ça à faire pour vivre. Tu le sais. Passer d’une vie à une autre ? Le ton, la langue et toutes les musiques des langues sont des portes-cloisons. Alors tu lis pour passer au travers.

« Un écrivain est né », écrit François Busnel au sujet de Sofia Aouine.

Sofia l’écrivain, Abad le narrateur. Soit. Abad a treize ans, treize ans de peau, treize ans de battements, le flux sous la peau et autant entre les lignes. Des mots, des tas de mots qui t’explosent dans la bouche parce que tu lis à voix haute tellement c’est vivant. Bagnette, pignole, daron, grailler, khlasser, gow, pilon, les timpes et les Batmans. Entre autres. Des références, tu en trouveras, des clins d’œil adressés aux plus grands du cinéma ou de la littérature. Des bandes-son comme autant de djinns penchés sur ce premier roman réussi. Régale-toi.