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Récits

Sur les nerfs, Larry Fondation

Ecrit par Yan Lespoux , le Vendredi, 03 Février 2012. , dans Récits, Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Fayard

Sur les nerfs (Angry Nights, 1994), trad. de l’anglais (américain) par Alexandre Thiltges, janvier 2012, 120 p., 14 € . Ecrivain(s): Larry Fondation Edition: Fayard


« Pour certains, Los Angeles, c’est des bougainvilliers et des plantes tropicales luxuriantes dans le désert, tout ça soigneusement entretenu par des jardiniers. Un coin romantique. Les films. Un endroit où l’on peut tenter sa chance. Le cœur du rêve américain.

Ce n’est pas là qu’on est ».


Là, on est dans l’est de Los Angeles, quelque part entre les années soixante et juste après la première guerre du Golfe, dans ces quartiers où se croisent white trash, noirs et latinos. Skinheads et gangs mexicains. Bibine et flingues. Baises plus ou moins consenties et couteaux à cran d’arrêt. Shoots dans des squats ou sur des parkings de centre commerciaux abandonnés et chasse aux rats dans les caves.

Et c’est ainsi que Larry Fondation nous livre ces chroniques. Flash, fulgurances. Comme les pièces éparpillées d’un puzzle que l’on ne reconstituera pas mais dont chacune nous laisse présager de ce qu’il pourrait représenter. Et ce n’est pas beau.

Dieu, ma mère et moi, Franz-Olivier Giesbert

Ecrit par Valérie Debieux , le Mercredi, 01 Février 2012. , dans Récits, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Biographie, Gallimard

Dieu, ma mère et moi. janvier 2012. 192 p. Prix : 16.90 € . Ecrivain(s): Franz-Olivier Giesbert Edition: Gallimard

Le titre, un programme à lui seul. Le thème, l’auteur en trace les contours dès les premières lignes :

« Je sais déjà que je vais déranger en me mêlant de ce qui ne me regarde pas. De philosophie et de théologie, par exemple. Pardonnez-moi. Je ne suis qu’un amateur ».

Si le sujet a des allures de sérieux, le ton, par effet contrastant, se fait désinvolte :

« Tant pis si on me cherche des poux : j’ai eu envie de reprendre une conversation avec ma mère dont la mort, il y a longtemps déjà, a brisé le fil ». Et l’ouvrage de commencer par une déclaration péremptoire, une posture théologique, un acte de foi : « Je n’ai jamais eu à chercher Dieu : je vis avec lui. […] Il m’accompagne tout le temps. Même quand je dors. C’est ma mère qui m’a inoculé Dieu. […] Je suis sûr qu’elle avait de l’eau bénite en guise de liquide amniotique. Elle exsudait la foi. […] Je suis né avec la foi, une foi increvable qui a inscrit sur mon visage, entre deux crises de mélancolie, cet air de niaiserie ébahie, que l’on retrouve dans les monastères où la vie semble un sourire inaltérable ».

Les cahiers de Lili Rose, neuf ans en 1940, Marie Faucher

Ecrit par Valérie Debieux , le Mercredi, 18 Janvier 2012. , dans Récits, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Biographie, Carnets Nord

Cahiers de Lili Rose, neuf ans en 1940. Ed. Carnets Nord. 208 p. 17 €. Janvier 2012 . Ecrivain(s): Marie Faucher Edition: Carnets Nord


Cahiers d’enfance. Juin 1940. Région parisienne. La «drôle de guerre» touche à sa fin. Un seul espoir, l’exode vers le Sud. L’indicible horreur a pris, elle aussi, le convoi en marche. Mort, souffrance, peur, privation, chagrin. Mots et perception d’enfant au bout de son crayon, Marie, à la demande de sa mère, témoigne, sur ses cahiers, crayon en main : « Je m’appelle Marie-Julie Rosenrot, j’ai neuf ans. […] On vit tous ensemble à Robinson pas loin de Paris, Papa, Maman, Boum et Pierrot, et Mémé qui est la mère de ma mère. […] C’est la guerre ! Voilà ! C’est comme ça la guerre, et nous dedans ! Et nous on est encore vivants et à côté ils sont morts » ! […] Je me rappelle que le 3 juin, il y a eu un très gros bombardement, et avec Boom et Pierrot on regardait par la fenêtre ; on ne voulait pas descendre à la cave, on voulait voir tomber les bombes sur Billancourt. Je sais que c’était le 3 juin parce que tout le monde répétait : «Le terrible bombardement du 3 juin.» Et nous les enfants, on n’avait même pas peur du tout. Les parents, oui.»

Calligraphie des rêves, Juan Marsé

Ecrit par Anne Morin , le Lundi, 16 Janvier 2012. , dans Récits, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Biographie, Christian Bourgois

Calligraphie des rêves, traduit de l’espagnol par Jean-Marie Saint-Lu, 412 p. 20 € . Ecrivain(s): Juan Marsé Edition: Christian Bourgois


Une lettre à l’adresse indécise, mal adressée, un messager hésitant entre la littérature et la musique, deux manières d’exprimer la moelle d’une réalité qu’il préfère placer à côté, ou mettre de côté. Un mal entendu, le doigt manquant, celui qui échappe à Ringo, l’empêchant de devenir pianiste et/mais l’obligeant à s’appliquer à tenir le stylo entre pouce et majeur, ne pas écrire n’importe quoi, repasser la phrase dans sa tête, avant de jeter les mots : chacun aura sa place comme les notes sur une portée : « (…) l’autre (main) s’obstine à cacher, avec pudeur, la première annotation, quand, attentif à d’autres échos et à un autre rythme, il décide de corriger et de préciser davantage. (…) Il croit que ce n’est que dans ce territoire ignoré et abrupt de l’écriture et de ses résonances qu’il trouvera le passage lumineux qui va des mots aux faits, endroit propice pour repousser l’environnement hostile et se réinventer soi-même » (p.207).

L’ « art de bien écrire », la transmutation. Fixer des rêves comme des vertiges, les laisser s’imprégner de réalité : « (…) C’est peut-être la première fois que ce garçon pressent, ne serait-ce que de façon imprécise et fugace, que ce qui est inventé peut avoir plus de poids et de crédit que la réalité, plus de vie propre et plus de sens, et par conséquent plus de possibilités de survie face à l’oubli » (p.19).

Non à l'individualisme, Collectif (direction Muriel Szac)

Ecrit par Laetitia Steinbach , le Vendredi, 30 Décembre 2011. , dans Récits, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Actes Sud

Non à l’individualisme, Actes Sud Junior ; octobre 2011 ; 7,80€ . Ecrivain(s): Collection Ceux qui ont dit non, Actes Sud Junior Edition: Actes Sud


« Le ton triomphant, le gérant ajoute : «Et récurez bien !» C'est la première fois que j'ai vu Yolande pleurer. Depuis, elle a pleuré plus d'une fois. Et bien d'autres ont pleuré comme elle. Ce jour-là, je ne me suis pas levée pour lui tendre un Kleenex ou lui tapoter la main dans le dos » ;


Une histoire banale ? Oui, certainement. Et oui, c’est bien cette banalité qui fait froid dans le dos, cette généralisation de l’individualisme, de l’égoïsme, du « chacun pour soi » qui mine notre quotidien.

Six romanciers en résidence dans la Drôme pour Actes Sud Junior ont, de ce fait, décidé de prendre la plume, comme on prend les armes, pour empoigner notre indifférence à bras le corps et nous infliger un sain électrochoc. Six romanciers donc, six univers différents qui touchent et questionnent des adolescents curieux d’apprendre ou de réapprendre le sens des mots solidarité ou altruisme. Six aventures, qui balayent le temps et l’espace, allant de la deuxième guerre mondiale au 31e siècle, de Paris à l’Amérique latine en passant par l’Afrique.