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Récits

La conversation, Jean D'Ormesson

Ecrit par Valérie Debieux , le Mardi, 04 Octobre 2011. , dans Récits, Les Livres, Recensions, La Une Livres, La rentrée littéraire, Héloïse D'Ormesson

La conversation. 120 p. 15€ . Ecrivain(s): Jean D'Ormesson Edition: Héloïse D'Ormesson


Au travers de cet ouvrage, Jean d’Ormesson nous convie à assister à un dialogue imaginaire entre Napoléon Bonaparte et Jean-Jacques Régis de Cambacérès, un soir du début d’hiver 1803-1804, aux Tuileries. Cette conversation prend place à un moment où Napoléon, seul maître de la France après le coup d’Etat du 18 Brumaire suivi de la proclamation de la Constitution du 22 Frimaire, n’a eu de cesse, depuis lors, de réorganiser le pays [création de la Banque de France, mise sur pied du corps préfectoral, création de Chambres de commerce] et de renforcer son pouvoir intérieur [signature du Concordat et Constitution du 16 Thermidor] et ce, parallèlement aux victoires militaires [Héliopolis, Marengo, Hohenlinden] et la signature de traités de paix avec l’extérieur [Lunéville, Florence, Paris et Amiens (paix rompue l’année suivante)] nécessaires à ses réformes. Il ne reste plus au Premier Consul qu’à régler une seule question pour asseoir définitivement son statut de souverain et garantir la pérennité de son œuvre : celle de sa succession. Le seul titre trouvant grâce à ses yeux sera celui d’empereur avec, pour symbole, l’abeille, et pour principe, la récompense du talent. Ce choix, il souhaite s’en ouvrir auprès du deuxième consul, Cambacérès.

Deux enfants, Pierre Vavasseur

Ecrit par Sophie Adriansen , le Vendredi, 30 Septembre 2011. , dans Récits, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Editions du Moteur

Deux enfants, Editions du Moteur, septembre 2011, 42 pages, 9,50 euros . Ecrivain(s): Pierre Vavasseur Edition: Editions du Moteur

On ne met pas longtemps à comprendre qui sont les deux enfants. François et son papa forment un tandem improbable, tendre et extrêmement touchant, lorsque la mère qui gérait le foyer avec autorité s’en va retrouver un autre homme. A moins que, finalement, il ne s’agisse des deux parents, bien moins adultes que leur fils ?

Car le petit François prend la situation en main, avec l’instinct qui pousse l’être humain, même jeune, à combler le manque lorsqu’il prend conscience de celui-ci.

« Nous avons repris le cap. La gare est au bout de la rue. Le restaurant sur la droite. Il s’appelle Le Terminus. La dernière fois qu’il a mangé ailleurs, c’était pour son mariage. Quant à moi, ça ne m’est jamais arrivé. Je ne sais pas comment on fait pour manger au restaurant. J’ai que dix ans » (p.16).

L’écriture de Pierre Vavasseur, simple et émouvante, regorge d’images. En quelques lignes, on est propulsé plusieurs décennies en arrière, dans une époque, un décor, un mode de vie dépeints avec une grande justesse. Les dialogues sont une merveille, comme si l’économie de mots aussi était nécessaire lorsqu’on est dans le besoin.

Darling River, Les Variations Dolorès, Sara Stridsberg

Ecrit par Paul Martell , le Samedi, 02 Juillet 2011. , dans Récits, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Nouvelles, Stock

Darling River, les variations Dolorès, Stock La Cosmopolite – 350 pages, 20,50 € . Ecrivain(s): Sara Stridsberg Edition: Stock

Darling River, les variations Dolores est, comme son titre l’indique, une série de variations. Variations autour du Lolita de Vladimir Nabokov et de son personnage principal devenu figure symbolique. Variations à travers quatre destins de lolitas.

La première de ces lolitas, Lo, a treize ans. Son père l’a baptisée Dolorès en hommage au roman de l’écrivain russe qu’il aime tant. Le soir venu, ils montent dans sa voiture et parcourent les routes, à travers un paysage apocalyptique de forêts ravagées par des incendies. Ils roulent toute la nuit et ne reviennent qu’à l’aube. A l’occasion, le père percute des animaux sur le bord de la route ou arrête son engin pour s’exercer au tir sur des robes et des chemises ayant appartenu à sa femme, la mère de Lo, aujourd’hui disparue.

Lo ne le considère pas comme un père, mais plutôt comme un frère, comme s’ils étaient tous les deux des orphelins abandonnés par leur mère.

« Papa adorait rouler en voiture. […] il prenait le volant et emmenait maman pour de longues promenades la nuit. Ils faisaient l’amour dans la voiture, mangeaient et dormaient dans la voiture garée sur la place. […]. Quand maman n’a plus voulu l’accompagner, j’ai pris sa place ».

La garçonne et l'assassin, Fabrice Virgili et Danièle Voldman

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Dimanche, 19 Juin 2011. , dans Récits, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Payot Rivages

La garçonne et l’assassin, 2011, 173 pages, 16€. . Ecrivain(s): Fabrice Virgili et Danièle Voldman Edition: Payot Rivages

Quand l’Histoire rattrape la Littérature… elle dévoile une histoire d’amour insolite sur fond de guerre mondiale et de violences conjugales, de travestissement et d’inversion, soutenue par un récit et des documents efficaces.

Paul et Louise convolent et vivent heureux jusqu’à l’entrée en guerre. Paul déserte, et pour échapper aux poursuites, se travestit en femme. Suzanne et Louise cohabitent, couple de garçonnes accepté par le voisinage. En 1925, Suzanne cède le pas à Paul qui est gracié mais qui ne se remettra jamais de ce retour à une virilité forcée. Splendeurs et décadences d’un travesti. La tragédie succède au burlesque et le déserteur se fait bourreau. La deuxième partie du livre interroge la culpabilité de Paul et celle de Louise, tous deux victimes de leur amour et de leur passé.

« Le tourbillon des amours multiples n’apaisa pas Suzanne, oscillant entre deux identités, Paul le proscrit, Suzanne la galante. […] Ni homme ni femme, elle pratiquait une bisexualité, avec la peur d’être découverte, voire dénoncée, elle qui portait un double secret. Rien dans la loi ne réprimait explicitement l’homosexualité ou le travestissement masculin. Cependant, au nom de la morale, ces pratiques étaient pourchassées par la force publique sous le chef d’accusation d’attentat à la pudeur ».

Le poids du papillon, Erri de Luca

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Dimanche, 05 Juin 2011. , dans Récits, Les Livres, Recensions, Critiques, La Une Livres, Bassin méditerranéen, Gallimard

Le poids du papillon, mai 2011, 9 euros 50. . Ecrivain(s): Erri de Luca Edition: Gallimard


Il faut s’asseoir au coin d’un feu imaginaire et écouter le merveilleux conteur qu’est Erri De Luca, ce livre mince comme un papillon ouvert dans les mains qui gardent le poids des images contenues dans les pages. Des pages, qui, quand elles sont tournées, restent présentes quelque part. La langue de De Luca est nue, rocailleuse parfois, un peu à l’image de l’homme qui aime les choses simples, le café, les aliments que l’on trempe dans la tasse et que l’on mange en s’ébouillantant presque, en écoutant le chant du silence, à l’ombre des arbres qui murmurent leur solitude. Ou le cœur pris dans le chant des grillons.

Ici la langue de ce grand écrivain atteint l’épure (grâce aussi au talent de Danièle Valin – cet ouvrage fut initialement publié en italien en 2009), suivant les fils d’un premier conte (« Le poids du papillon ») qui est presque une parabole (le livre est constitué de deux courts textes) et suivant l’harmonie d’un récit (« Visite à l’arbre ») non pas clôturant l’ouvrage mais le suspendant dans un silence plein de tous les mots qui se sont précipités jusque-là avec leur rudesse et leur simplicité chantante, un silence qui se découvre, presque à sa propre surprise, harmonique.