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Récits

Le poids du papillon, Erri de Luca

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Dimanche, 05 Juin 2011. , dans Récits, Les Livres, Recensions, Critiques, La Une Livres, Bassin méditerranéen, Gallimard

Le poids du papillon, mai 2011, 9 euros 50. . Ecrivain(s): Erri de Luca Edition: Gallimard


Il faut s’asseoir au coin d’un feu imaginaire et écouter le merveilleux conteur qu’est Erri De Luca, ce livre mince comme un papillon ouvert dans les mains qui gardent le poids des images contenues dans les pages. Des pages, qui, quand elles sont tournées, restent présentes quelque part. La langue de De Luca est nue, rocailleuse parfois, un peu à l’image de l’homme qui aime les choses simples, le café, les aliments que l’on trempe dans la tasse et que l’on mange en s’ébouillantant presque, en écoutant le chant du silence, à l’ombre des arbres qui murmurent leur solitude. Ou le cœur pris dans le chant des grillons.

Ici la langue de ce grand écrivain atteint l’épure (grâce aussi au talent de Danièle Valin – cet ouvrage fut initialement publié en italien en 2009), suivant les fils d’un premier conte (« Le poids du papillon ») qui est presque une parabole (le livre est constitué de deux courts textes) et suivant l’harmonie d’un récit (« Visite à l’arbre ») non pas clôturant l’ouvrage mais le suspendant dans un silence plein de tous les mots qui se sont précipités jusque-là avec leur rudesse et leur simplicité chantante, un silence qui se découvre, presque à sa propre surprise, harmonique.

Le poids du papillon, Erri de Luca

Ecrit par Laurence Pythoud Grimaldi , le Dimanche, 05 Juin 2011. , dans Récits, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Bassin méditerranéen, Gallimard

Le poids du papillon, mai 2011, 9 euros 50. . Ecrivain(s): Erri de Luca Edition: Gallimard

« Le présent est la seule connaissance qui est utile. L’homme ne sait pas vivre dans le présent ».

C’est un conte merveilleux. Une merveille de légèreté qui se lit à tout âge. Mais certes pas avec la même profondeur. La confrontation entre la proie et le chasseur est un thème « classique », mais lorsqu’il s’agit de symbole, le détail est tout. Dans l’écriture, dans l’élément nouveau, dans la vérité surtout de l’idée pure qui sous-tend la fable. On suit cette histoire montée dans une tension retenue, avec fièvre presque, émus de plus en plus. Ravis au sommet.

Un chamois magnifique à son dernier combat, et un chasseur redoutable mais à la fin de sa vie : deux regards qui se fondent, deux mâles dominants, deux mondes imperméables, et la vie.

« Les chamois ne vont pas jusqu’au bout dans un combat, ils décident du vainqueur aux premiers coups ».

Le combat se décide bien en amont, le combat se prépare intérieurement (oui, pour la bête aussi). C’est une sorte de danse, comme l’est celle de la séduction. Une danse du désir. Le désir qui parle autant à la vie qu’à la mort. Mais vie et mort ont-ils encore un sens distinct à l’acmé ?

La dernière bagnarde, Bernadette Pécassou-Camebrac

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Jeudi, 02 Juin 2011. , dans Récits, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Flammarion

La Dernière bagnarde, Bernadette Pécassou-Camebrac, Flammarion, 2011, 312 pages, 20 €. . Ecrivain(s): Bernadette Pécassou-Camebrac Edition: Flammarion


La campagne menée par Albert Londres dans les années 20 et 30 a permis la fermeture des bagnes en 1938 (Au bagne, 1923 ; Maisons de supplices, 1936). Effectifs dès le XVIIIe siècle, les bagnes portuaires vont offrir à partir de 1848 la possibilité aux prisonniers de vivre une aventure exotique dans les bagnes d’outre-mer. Si Cayenne a pu faire l’objet de rêveries de la part de Jean Genet dans Miracle de la rose, ce nom évoque surtout l’horreur d’un enfer. Aujourd’hui, l’histoire des bagnes est connue, elle a été de nombreuses fois mise en fiction. On peut penser au film Papillon où un Dustin Hoffman aussi timoré qu’ingénieux tente de périlleuses évasions au côté de l’intrépide Steve Mac Queen.

La Dernière bagnarde apporte un nouveau volet à cette sombre histoire du bagne : celle des convois de femmes, soit prêt de deux mille bagnardes livrées à elles-mêmes et à de multiples tortionnaires, sans espoir de retour. Le récit se concentre autour de la figure de Marie Bartête qu’Albert Londres rencontra bel et bien en 1923.

Mensonges, Valérie Zenatti

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Dimanche, 29 Mai 2011. , dans Récits, Les Livres, Recensions, La Une Livres, L'Olivier (Seuil)

Mensonges, Avril 2011. 92 p. 10 € . Ecrivain(s): Valérie Zenatti Edition: L'Olivier (Seuil)

Fugues et variations sur le thème de … Aharon Appelfeld. Il fallait oser écrire après et sur un tel magicien de l’écriture ! Valérie Zenatti l’a fait, avec amour, talent, énergie, passion.

Mensonges est un exercice de style sur l’acte littéraire et les chemins qu’il autorise. « F for Fake » disait Orson Welles dans un film célèbre sur l’art des faussaires. Ca ne veut pas dire que Valérie Zenatti triche avec Appelfeld. Certes non. Elle compose, à partir des thèmes chers au grand Aharon, des nouvelles brèves, ciselées, qui vont constituer une gamme de « mensonges » littéraires.

La première, « apparence », contient dans son titre le défi d’écriture. Valérie Zenatti fait en quatre pages l’ « autobiographie » d’Erwin, le jeune héros d’ « un garçon qui voulait dormir » et double d’Aharon Appelfeld. Biographie qui semble continuer/compléter le roman du maître et qu’elle avoue, en bout de texte, fausse, bien sûr.

 

Je ne m’appelle pas Aharon Appelfeld.

Patty Diphusa, la vénus des lavabos, Pedro Almodovar

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Samedi, 28 Mai 2011. , dans Récits, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Espagne, Points

Patty Diphusa, La Vénus des lavabos, traduit de l’espagnol par Gérard de Cortanze et Patricia Rey, 2011, 161 pages, 6€ . Ecrivain(s): Pedro Almodovar Edition: Points


Almodovar a tout du magicien : il sait métamorphoser les univers les plus fous et les plus sordides en décors baroques et sublimes, il fait de ses travestis et ses prostituées des princesses vacillantes, séduisantes et courageuses. Il en va de même de la rayonnante « star internationale du porno », Patty Diphusa, muse des plus grands artistes, écrivain à ses heures. Ses mémoires forment un cocktail détonant de mauvais goût, de bon sens et de drôlerie. Flanquée de ses amies Mary Von Ethique et Addy Peuse, elle écume les rues de Madrid et tombe amoureuse d’un chauffeur de taxis, sosie de Robert Mitchum, entre deux orgies. « Femme publique », Patty a d’énormes responsabilités. Elle se doit de rappeler à l’ordre les grands de ce monde qui, face à elle, « se découvrent tous un cœur et une queue ».

L’autre personnage de ce recueil qui contient des articles, de courts essais, est Almodovar lui-même qui se révèle autant qu’il se voile, en revenant sur ses films, sur les films qu’il admire mais aussi sur son propre parcours de jeune provincial monté à la capitale. Il s’amuse du jeu de l’interview, qu’elle soit auto-interview ou faite par Patty elle-même.