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Récits

La mort de près, Maurice Genevoix

Ecrit par Guy Donikian , le Dimanche, 11 Décembre 2011. , dans Récits, Les Livres, Recensions, La Une Livres, La Table Ronde - La Petite Vermillon

La mort de près, La table ronde, "la petite vermillon", 141 p. 7 € . Ecrivain(s): Maurice Genevoix Edition: La Table Ronde - La Petite Vermillon

 

« Une longue existence, lorsqu’elle approche de son terme, propose des perspectives plus spacieuses et plus simples, en quelque sorte désencombrées. »


C’est en ces termes que Maurice Genevoix, clôt son récit. Un récit qui paraît en 1972, alors que l’auteur est déjà âgé, et qu’il sent sa fin proche. Si « Ceux de 14 » était le récit cathartique du jeune normalien où le rythme du récit est lié au besoin de témoigner de l’horreur, « La mort de près » apparaît comme apaisé, débarrassé des scories de l’émotion, désencombrées dit-il. Et plus loin : « ce qui a compté s’affirme, s’impose, avec une évidence qui devient vite impérative, car la conviction l’accompagne que cet acquis ne nous appartient pas ». L’essentiel, voilà ce dont veut témoigner Genevoix. Foin des apitoiements, l’heure pour lui n’est plus à la plainte, à la dénonciation ou à l’expression de son indignation. Il s’agit plutôt de dire par le menu la souffrance, les blessures, la mort, à l’aide de descriptions minutieuses, l’écrit est plus méthodique, plus précis, au service de l’essentiel, de ce qui devra servir à la postérité.

Habitare secum, François Léotard

Ecrit par Martine L. Petauton , le Samedi, 10 Décembre 2011. , dans Récits, Les Livres, Recensions, La Une Livres

Habitare secum, Editions Sudarènes, Juillet 2011, 3,90 € . Ecrivain(s): François Léotard

Serait ce une réponse à cet « Indignez-vous ! » de S. Hessel que tout le monde, et même un peu plus, est censé avoir lu ? Un autre cri, après celui de l’anarcho-médiatique, un autre avertissement, venu cette fois d’une Droite républicaine se voulant morale et réfléchie, un peu sortie de l’ombre…

Et bien non ; cet Habitare secum (habiter avec soi-même – de Saint-Benoît) est d’un bien autre – et, meilleur, disons-le d’entrée – tonneau.

Ça commence par du Cendrars : « demain, quand nous prendrons la fuite… » ; ça nous parle de Joyce ; « le silence, l’exil, la ruse » ; on est dans quelque chose d’écrit – et, bien, ça se lit d’un coup d’ailes, mais en traversant un flot de paysages intenses qui ne nous lâchent pas ; sans tapage inutile et en rien racoleur ; il y a tout du long de ce petit opuscule, au format pratique et à la présentation soignée, cette constante élégance qui va avec l’auteur.

Qui n’a connu le Ministre, l’habitué des médias, le courtisé des projecteurs ; le ferrailleur courtois, mais acéré de débats ? Qui n’a en mémoire des valeurs revendiquées, posées, défendues par un homme que même la Gauche… Qui ne se souvient, au moins à la même aune, de l’autre face de la médaille : caricatures, controverses vénéneuses ; chasse à l’homme politique, qui, en nos climats, remplace quelquefois les safaris d’antan.

Journal de guerre, Ingeborg Bachmann

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Dimanche, 27 Novembre 2011. , dans Récits, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Langue allemande, Biographie, Actes Sud

Journal de guerre, 2011, Trad. De l'allemand Françoise Rétif, 119 p. 16 € . Ecrivain(s): Ingeborg Bachmann Edition: Actes Sud

Le « Journal » de guerre d’Ingeborg Bachmann, à proprement parler, occupe dans ce petit livre 15 pages. 15 pages écrites par une jeune fille de 18 ans, autrichienne, fille d’un père nazi convaincu et d’une famille et d’un voisinage qui ne le sont pas moins. On est en 1945 et les alliés (essentiellement les Britanniques) occupent le pays après la libération.

La première surprise du lecteur est là. Ces pages de journal d’adolescente n’ont rien d’éblouissant, ni dans la forme, ni dans le contenu et à la page 34 (fin du « journal » déjà !) on se demande un peu s’il était besoin de publier ces lignes somme toute banales, ne présentant apparemment d’autre intérêt que d’être les premières traces d’écriture de celle qui va devenir la plus grande poétesse et auteure de langue allemande de l’après-guerre.

Oui mais. Un événement nous a retenus un peu dans le « journal » : la rencontre d’Ingeborg avec un jeune soldat « libérateur » britannique. Jack Hamesh. Il a une double particularité identitaire : il est autrichien et juif. Pendant la montée des persécutions antisémites, en 1938, il a réussi à s’enfuir vers l’Angleterre. Et son engagement dans l’armée britannique, sa connaissance parfaite de l’allemand, l’ont ramené en 45 vers sa terre natale.

Scènes de vie villageoise, Amos Oz

Ecrit par Anne Morin , le Jeudi, 17 Novembre 2011. , dans Récits, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Nouvelles, Folio (Gallimard), Israël

Scènes de vie villageoise, 6,20€. . Ecrivain(s): Amos Oz Edition: Folio (Gallimard)

Pardon à ? - pour ? - ceux qui voient ces Scènes de vie villageoise comme une comédie humaine, au prétexte aussi que les personnages resurgissent d'une histoire à l'autre. Peut-être n'ont-ils pas effleuré le sommaire :


Les héritiers

Les proches

Creuser
Perdre
Attendre
Les étrangers

...Chanter
Ailleurs, dans un autre temps.

Autoportrait du professeur en territoire difficile, Aymeric Patricot

Ecrit par Sophie Adriansen , le Mardi, 15 Novembre 2011. , dans Récits, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Gallimard

Autoportrait du professeur en territoire difficile, avril 2011, 120 p. 9,50 € . Ecrivain(s): Aymeric Patricot Edition: Gallimard

Aymeric Patricot enseigne la littérature dans des établissements situés dans ce que l’on nomme des quartiers sensibles – des Zones d’Education Prioritaires, selon l’appellation officielle. Il y découvre un monde à mille lieux de tout ce qu’il a connu lui-même en tant qu’élève, un monde, surtout, auquel rien ne l’avait préparé.

« Je crois pouvoir affirmer qu’il existe ainsi deux métiers : dans les collèges favorisés, le professeur transmet des connaissances, identifie les progrès à faire, exerce les élèves ; dans les défavorisés, le professeur contient la violence, lutte contre le bavardage, œuvre pour ce qu’on appelle la vie de classe, égrène les principes du « vivre ensemble » et s’estime heureux lorsqu’il fait apprendre, pendant l’année scolaire, quelques maigres notions comme le présent de l’indicatif ou les grandes lignes de l’Odyssée. Certains redoutent l’avènement d’un système à deux vitesses. Il me parait évident qu’il existe déjà » (page 28).

Après quelques années d’expérience, il tente un premier bilan, mettant en regard ses désillusions et les promesses qui ont jalonné sa formation, pointant aussi les inepties du système et la double peine dont sont victimes les enseignants malmenés par les élèves, et qui ne trouvent aucun soutien de la part des directeurs d’établissement.