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Récits

Non à l'individualisme, Collectif (direction Muriel Szac)

Ecrit par Laetitia Steinbach , le Vendredi, 30 Décembre 2011. , dans Récits, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Actes Sud

Non à l’individualisme, Actes Sud Junior ; octobre 2011 ; 7,80€ . Ecrivain(s): Collection Ceux qui ont dit non, Actes Sud Junior Edition: Actes Sud


« Le ton triomphant, le gérant ajoute : «Et récurez bien !» C'est la première fois que j'ai vu Yolande pleurer. Depuis, elle a pleuré plus d'une fois. Et bien d'autres ont pleuré comme elle. Ce jour-là, je ne me suis pas levée pour lui tendre un Kleenex ou lui tapoter la main dans le dos » ;


Une histoire banale ? Oui, certainement. Et oui, c’est bien cette banalité qui fait froid dans le dos, cette généralisation de l’individualisme, de l’égoïsme, du « chacun pour soi » qui mine notre quotidien.

Six romanciers en résidence dans la Drôme pour Actes Sud Junior ont, de ce fait, décidé de prendre la plume, comme on prend les armes, pour empoigner notre indifférence à bras le corps et nous infliger un sain électrochoc. Six romanciers donc, six univers différents qui touchent et questionnent des adolescents curieux d’apprendre ou de réapprendre le sens des mots solidarité ou altruisme. Six aventures, qui balayent le temps et l’espace, allant de la deuxième guerre mondiale au 31e siècle, de Paris à l’Amérique latine en passant par l’Afrique.

L'or des rivières, Nimrod

Ecrit par Theo Ananissoh , le Lundi, 26 Décembre 2011. , dans Récits, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Afrique, Roman, Actes Sud

L’or des rivières, 2010, 126 p. 13 € . Ecrivain(s): Nimrod Bena Djangrang (Nimrod) Edition: Actes Sud

L’Or des rivières est un roman en sept récits. On peut le lire en commençant par le quatrième « chapitre » intitulé Les arbres. C’est, me semble-t-il, le moyen d’apprécier d’emblée le projet rare qu’accomplit Nimrod. Ce projet, le poète tchadien l’énonce dans le troisième récit intitulé Le retour : « Mon voyage n’avait pour unique objet que celui d’inscrire ma présence dans le paysage ». C’est le retour d’un « orgueilleux qui a les poches vides » dans un pays où la guerre, sporadique, dure depuis trente ans, dans un Tchad dont les paysages, jadis, émurent André Gide. Et comme Gide autrefois, Nimrod décrit en se décrivant et en se voyant sentir. Il parvient ainsi à ne pas rendre les armes devant une réalité qui est faite à la fois de beauté et de laideurs.

Face au pays dont, sans en avoir l’air, il n’escamote rien des afflictions, Nimrod oppose donc sa sensibilité et son esprit. C’est plus qu’un simple rempart. L’affaire est d’importance. Ce n’est pas impunément que le poète remet les pieds là où il est né. D’emblée, il s’agit de défendre et de se défendre. Les gens ici sont occupés à faire des révolutions ineptes, à rouler en Land Cruiser, à ignorer la beauté des lieux où ils se démènent ainsi. En réalité, le poète est au front. Dans Voyage au Congo, André Gide s’exclame presque : « A présent je sais ; je dois parler ». Par ces mots, il ne signifie pas qu’il doit s’engager, prendre parti, combattre, mais plutôt se défendre contre l’horreur de ce qui est, affirmer l’intégrité de son esprit.

Tu ne mourras plus demain, Anouar Benmalek

Ecrit par Mohammed Yefsah , le Mercredi, 21 Décembre 2011. , dans Récits, Les Livres, La Une Livres, Maghreb, Fayard

Tu ne mourras plus demain, Octobre 2011.17,00 € . Ecrivain(s): Anouar Benmalek Edition: Fayard

Tu ne mourras plus demain est le dernier livre de Anouar Benmalek, écrit après la mort de sa mère, dans lequel il lui rend hommage en tentant de remonter sa généalogie aux innombrables croisements. Le romancier, docteur en mathématiques et poète, a voulu cette fois-ci résoudre l'équation de ses propres origines, lui qui s'est souvent intéressé aux racines des autres, notamment dans ses romans, O Maria, Les amants désunis et L'enfant du peuple ancien.

Issue de l'union d'une suisse et d'un marocain, une rencontre qui « n'avait donc pas dû être évidente à l'époque ségrégationniste du protectorat » (p.26), la mère s'installe ensuite en Algérie, le pays de son époux, après l'indépendance. Par ce récit émouvant, Benmalek a voulu trouver entre les blancs de la mémoire la voix de sa mère, une voix qui avait essayé de vaincre le silence, de donner de l'amour à ses enfants, le goût des livres et de la lecture à son fils futur écrivain, mais qui se taisait devant l'exil et la tourmente de l'Histoire. La maman de l'écrivain a vécu avec l'angoisse d'être refoulée de son pays d’accueil à cause du conflit des frontières entre le Maroc et l'Algérie. Aux silences des siens, à l'intolérance des autres, au mutisme d'un père décédé  emportant avec lui les mots de tendresse qu'il ne savait que chuchoter quand ses enfants s'endormaient, Benmalek questionne le passé.

L'enchanteur. Nabokov et le bonheur, Lila Azam Zanganeh

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Samedi, 17 Décembre 2011. , dans Récits, Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Biographie, L'Olivier (Seuil)

L’Enchanteur. Nabokov et le bonheur. Trad. (anglais USA) Jakuta Alikavazovic. Octobre 2011. 228 p. 20 € . Ecrivain(s): Lila Azam Zanganeh Edition: L'Olivier (Seuil)

 

Que faire de mieux, quand on écrit un livre qui porte le nom de bonheur dans son titre, que d’en faire un livre plein de bonheur ? Lila Azam Zanganeh n’y manque pas ! Son Nabokov, l’Enchanteur, est un remède contre toute forme déclarée ou pernicieuse, de déprime.

Ce livre est d’abord, bien sûr, une déclaration d’amour passionné à Vladimir Nabokov. « C’est là que j’ai découvert la texture du bonheur ». Rien moins ! Il nous faut avouer que cette entrée surprend a priori : Nabokov n’est pas – toujours – l’écrivain qui incarne le bonheur dans notre imaginaire de lecteur. On y voit volontiers des ombres, des malaises, une sexualité compliquée. Humbert Humbert, le héros de Lolita, ne symbolise guère un ciel sans nuage ! Non. C’est ailleurs que Lila Azam Zanganeh va chercher, au cœur de l’œuvre du maître, une source intarissable de bonheur. «  La joie profonde qu’inspirent Lolita ou Ada prend sa source ailleurs, dans une expérience de la marge et des limites (au sens quasi mathématique d’ouverture), qui devient celle de la poésie. Et cette poésie est félicité ou, comme le disait VN dans sa langue maternelle, en russe : blazhenstvo »

Et rester vivant, Jean-Philippe Blondel

Ecrit par Sophie Adriansen , le Mercredi, 14 Décembre 2011. , dans Récits, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Buchet-Chastel

Et rester vivant, Août 2011, 250 p. 14,50 € . Ecrivain(s): Jean-Philippe Blondel Edition: Buchet-Chastel


Les faits racontés ici sont d’une rare violence. A l’âge où l’on passe son baccalauréat en toute insouciance, Jean-Philippe Blondel a perdu son frère et sa mère dans un accident de la route. Le père était au volant.

Quatre ans plus tard, celui-ci se tue à son tour, dans un autre virage.

Reste Jean-Philippe. Plus de famille, plus de comptes à rendre, rien qu’un bel héritage, et deux amis – en réalité une petite amie en passe de devenir une ex, et un meilleur ami en train de le remplacer dans le cœur de celle-ci. Avec eux, il s’envole de l’autre côté de l’Atlantique, poursuivant une chanson devenue obsession.


« Quand on me croise, on compatit. On me touche le coude, on m’effleure le bras, on refoule les larmes, on me dit que c’est bien, que je suis courageux, que ça va aller, hein ? Je ne réponds pas. Je laisse glisser. Je continuer d’enchaîner les longueurs dans ma piscine intérieure et je fais attention à ce que le chlore ne rougisse pas mes yeux » (pages 24-25).