Identification

Recensions

La lumière de ma mère, Mehdi Charef (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Jeudi, 30 Mars 2023. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, Biographie

La lumière de ma mère, Mehdi Charef, éditions Hors D’atteinte, mars 2023, 176 pages, 15 €

 

Après le beau livre sur son père (La Cité de mon père), le cinéaste et écrivain d’origine algérienne publie un admirable livre sur sa mère.

La mère, figure entre toutes, reçoit un hommage ciselé dans la tendresse, la vénération et la pudeur. Elle a vécu en Algérie jusqu’à la fin du conflit, est venue en France, a vécu dans le bidonville de Nanterre et a élevé huit enfants. Elle, qui a toujours parlé l’arabe, ne sait ni lire ni écrire mais s’est très vite intégrée à la culture française dans laquelle elle a voulu que ses enfants se développent. Charef, en très courts chapitres, restitue l’histoire, le vécu et le quotidien de celle qui l’a porté neuf mois.

Tout repasse : l’empreinte du pays natal, les gens qu’on a quittés, les habitudes, les mœurs, les us et coutumes, les habitudes des femmes, le lent apprentissage de l’ailleurs. Dans une langue, à la fois classique, chaleureuse, lyrique, Mehdi Charef donne vie et parfum à celle qui a toujours souhaité le meilleur pour les siens, qui a connu le plus grand chagrin, celui de la perte de l’une de ses filles, à l’âge de huit ans, là-bas au pays. En filigrane, c’est le pays d’origine que l’on suit, épisode après épisode, au moment même de la guerre quand le futur cinéaste avait à peine dix ans.

Corps de fille, corps de femme, Collectif (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Vendredi, 24 Mars 2023. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, Nouvelles, Editions Des Femmes - Antoinette Fouque

Corps de fille, corps de femme, Collectif, Voix d’écrivaines francophones, en partenariat avec le PEP, éd. des femmes Antoinette Fouque, mars 2023, 192 pages, 15 € Edition: Editions Des Femmes - Antoinette Fouque

 

La fabrication du corps

Cet ouvrage collectif renferme quinze textes d’autrices francophones, ayant pour sujet le corps féminin, envisagé comme véhicule de fantasmes, soumis à des dressages et des présupposés archaïques et contraignants, corps sous tutelle. Les questions de l’identité sociale et de l’identité sexuelles sont posées par des romancières, universitaires, poétesses et essayistes, regroupées au sein du Parlement des écrivaines francophones (PEP), qui ont chacune rendu une nouvelle courte au sujet de la fabrication de la féminité : Marie-Rose Abomo-Maurin ; Emna Belhaj Yahia ; Anissa Bellefqih ; Sophie Bessis ; Bettina de Cosnac ; Suzanne Dracius ; Alicia Dujovne Ortiz ; Sedef Ecer ; Lise Gauvin ; Viktor Lazlo ; Sylvie Le Clech ; Danielle Michel-Chich ; Madeleine Monette ; Cécile Oumhani ; Fawzia Zouari.

Il n’y aura pas de sang versé, Maryline Desbiolles (par Stéphane Bret)

Ecrit par Stéphane Bret , le Jeudi, 23 Mars 2023. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, Roman, Sabine Wespieser

Il n’y aura pas de sang versé, Maryline Desbiolles, éd. Sabine Wespieser, mars 2023, 148 pages, 18 € Edition: Sabine Wespieser

 

Les sans-grades, les oubliés de l’histoire, les invisibles, ne souffriront pas de ce statut dans le roman de Maryline Desbiolles, Il n’y aura pas de sang versé. Celui-ci met en scène quatre femmes, Toia, Rosalie Plantavin, Marie Maurier, Clémence Blanc. Elles ont peu de points communs quant au parcours initial de leurs vies, souvent caractérisé par la misère, une souffrance familiale, un manque d’éducation. Pour Maryline Desbiolles, c’est une comparaison sportive qui s’impose pour éclairer et expliciter le sort de ces femmes, et les relier entre elles, celle des relayeuses d’un parcours athlétique. Ces femmes ont en commun d’être des ouvrières ovalistes, lorsqu’elles sont embauchées à différents moments dans les usines textiles de l’agglomération lyonnaise. Leur rôle est de garnir les bobines des moulins ovales et de surveiller la torsion nécessaire à donner au fil grège.

Boire la lumière à la source, Parme Ceriset (par Patrick Devaux)

Ecrit par Patrick Devaux , le Mercredi, 22 Mars 2023. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, Poésie, Editions du Cygne

Boire la lumière à la source, Parme Ceriset, éditions du Cygne, janvier 2023, 54 pages, 10 € . Ecrivain(s): Parme Ceriset Edition: Editions du Cygne

 

Affichant un « nous » participatif à plusieurs niveaux, Parme Ceriset se sentant multiple comme les étoiles qui lui sont chères, savoure la conquête de multiples naissances ou renaissances ; celle de la vie elle-même, bien sûr, et celle de la poétesse en voie de confirmation définitive parmi les meilleurs.

Devenue fille de « l’aube éternisée », cette voix sortie de la nuit s’exprime désormais au grand jour.

Elle s’en réfère aux sources de l’être et de l’Humanité : « Dans le mystère évanescent/ de l’aube primordiale/tous creusaient déjà la terre/en quête de clartés vives/ puis les yeux se levaient vers le ciel » et ramène l’émotion primordiale avec le « nous pluriel » évoqué par des amants combatifs sur la durée à promouvoir cette grandiose complicité où « plus rien ne vit en dehors de leurs yeux ».

Les Miscellanées d’un bouquineur, Virgile Stark (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Mardi, 21 Mars 2023. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, Anthologie, Les Belles Lettres

Les Miscellanées d’un bouquineur, Virgile Stark, Les Belles-Lettres, novembre 2022, 156 pages, 17,70 € Edition: Les Belles Lettres

 

On peut passer sa vie professionnelle à vendre des livres dans une librairie ou à les prêter et en assurer le retour dans une bibliothèque publique sans jamais en lire un seul. Le fait que le prix d’un volume soit désormais imprimé au bas de sa quatrième de couverture évite au commerçant de feuilleter le volume pour établir sa facture. Dans les bibliothèques publiques où un ouvrage se réduit désormais à un code-barre, le seul membre du personnel amené à ouvrir un volume est celui chargé de le cataloguer – et encore peut-il se contenter de copier les informations fournies par une base de données. Bref, ceux qui vivent au milieu des livres ne sont pas ipso facto les mieux placés pour en parler. Bien entendu, il existe d’heureuses exceptions et Virgile Stark en constitue une, qui manipule des livres les jours ouvrables à la bibliothèque où il travaille et bouquine sur ses heures de loisir. De sa longue et assidue fréquentation des livres, il a tiré un volume de Miscellanées d’un bouquineur, auxquelles les Belles-Lettres ont donné une forme particulièrement agréable, originale et réussie.