Identification

Pays de l'Est

Guerre & guerre, Laszlo Krasznahorkai (par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Jeudi, 19 Mars 2026. , dans Pays de l'Est, Les Livres, Les Chroniques, La Une CED, Babel (Actes Sud)

Laszlo Krasznahorkai, Guerre & guerre, éd Babel, 338 pp, 9,30€

 

Lisons un Nobel, ça donne à lire le monde lointain, et celui, si proche des révolutions littéraires que Nobel n’ennoblit pas à chaque fois (LF Céline, Thomas Bernhard, Beckett).

Comment approcher László Krasznahorkai ?

Le lire suffit. Pas seulement le lire, se faire engloutir, se laisser couler, risquer la noyade, et se surprendre, remonter, mieux, voler ! Krasznahorkai ferait s’envoler un non-nageur au fond de n’importe quel abysse.

Lire Guerre & guerre. Cela prend un peu de temps, nécessite un certain, comment dit-on à présent, lâcher prise ! Calembredaine ! Fadaise ! Nous ne lâcherons rien mais nous lirons car, oui, il faut lâcher les rênes de nos imaginaires.

S’avouer en premier qu’on n’y comprend rien. Ne pas s’en défendre, voire même, suprême plaisir, aimer ne rien comprendre – car en vérité on ne comprend jamais grand-chose ! Perdons nos repères :

Le jardinier et la mort, Guéorgui Gospodinov, (par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Jeudi, 12 Février 2026. , dans Pays de l'Est, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Guéorgui Gospodinov, Le jardinier et la mort, Trad. du bulgare Marie Vrinat-Nikolov, 232 pp, 21,50 €

 

Soleil bulgare

Nous voilà dans le jardin le plus doux. Celui des quatre saisons et des gestes que les semaisons imposent. La mort du semeur y compris.

L’auteur, Guéorgui Gospodinov est bulgare et fils de son père, le jardinier qui est mort.

Il meurt en douceur. Au long d’un livre triste, mélancolique et joyeux comme des fleurs qui viennent au printemps, des fruits qu’on cueille à l’automne et l’odeur des terres, dans les mains, entre les ongles.

Gospodinov dit le deuil gai, le deuil doux, le deuil jardinier.

Énumération des maladies…. Mon père énumère ses maladies comme Homère les vaisseaux dans le Chant II de l’Iliade ou comme il décrit la fabrication du bouclier d’Achille au chant XVIII.

Abraxas, Bogdan-Alexandru Stanescu (par Anne Morin)

Ecrit par Anne Morin , le Mardi, 10 Février 2026. , dans Pays de l'Est, Critiques, La Une Livres, Roman, Gallimard, En Vitrine

Bogdan-Alexandru Stanescu, Abraxas, Gallimard, du monde entier, traduit du roumain par Nicolas Cavaillès, 654 pages, 27 € Edition: Gallimard

 

Abraxas, formule magique, appel à un élément divin, représentation païenne… Tout ce qui transpire dans ce livre parle de/à plusieurs voix. Chacun des personnages principaux est montré, faisant des allers-retours dans sa vie, telle qu’elle est, telle qu’il pense vouloir qu’elle soit, et telle qu’elle lui échappe.

Roman de la déchirure entre soi et la représentation de soi, entre le passé qui boucle, qui s’étonne et dont on s’étonne et le présent qui devient le cœur -et le chœur- du passé.

Un livre de mort, de passages entre la vie que l’on croit tenir et l’engloutissement, bouffi de créatures chimériques et la violence du présent.

La mélancolie de la résistance, Laszlo Krasznahorkai (par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Mercredi, 04 Février 2026. , dans Pays de l'Est, Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

La mélancolie de la résistance, Laszlo Krasznahorkai, Folio Gallimard, 443 pp

 

Fusion froide

Êtes-vous une seule fois descendus au fond d’un volcan, dans ce flux de lave froide, la lave y serait liquide, épaisse et glacée et au lieu de monter, elle descendrait ? Avez-vous eu cette expérience d’une fusion glaciale, avec des lames parsemées et des coups portés, sans rien y comprendre, le noir étant presque total ?

Alors, si vous n’avez pas fait cette expérience et si vous avez encore envie d’être digéré, aspiré, inhalé par la mauvaise haleine de la baleine, le monstre en fait, lire d’urgence le Prix Nobel de littérature 2025, Laszlo Krasznahorkai.

Comme un Garcia-Marques de l’Est, magyare, comme un Kafka moderne, d’ici.

Franz revisité d’outre-monde, d’outre-terre et d’outre-sens.

Krasznahorkai dans La mélancolie de la résistance, livre écrit en 1989, paru chez Gallimard en 2006, nous invite ailleurs, loin, peut-être ici, tout près, à travers une longue phrase souple, lourde, puissante, hypnotisante. De la lave sans fusion.

La Mélancolie de la résistance, László Krasznahorkai (par Mona)

Ecrit par Mona , le Mardi, 27 Janvier 2026. , dans Pays de l'Est, Les Livres, Les Chroniques, La Une CED, Roman

La Mélancolie de la résistance, László Krasznahorkai, Traduction Joelle Dufeuilly, Editions Gallimard, 2023, 443 pages, Folio poche, 9,50 €


Grand maître de la littérature hongroise et récent Prix Nobel, créateur d’une littérature exigeante, László Krasznahorkai écrit une puissante œuvre musicale et labyrinthique qui mêle une inquiétante étrangeté kafkaïenne, un grotesque grand guignol digne de Fellini et une mélancolie teintée de sarcasme à la Cioran (« celui qui croit que le monde est bon ou soutenu par la grâce de la beauté sombrera très vite dans les ténèbres »). Ce somptueux roman baroque adapté au cinéma par le réalisateur hongrois Béla Tarr, résiste à l’interprétation : à la fois opéra tragique, « mélodrame si brutalement instructif », allégorie politique et parabole métaphysique où forces de chaos et forces de l’harmonie se livrent « un combat d'une nature obscure commencé depuis longtemps et dont l'issue était déjà jouée ». « Maître de l’apocalypse », selon Susan Sontag, l’écrivain brouille les pistes : son roman offre aussi bien « le spectacle d'une ville avant l'apocalypse que d'une ville après l'apocalypse ».